Les Aratars : Voir le sujet - [Traduction - HoMe X] Les Annales d'Aman
Les Aratars Index du Forum Les Aratars
Forum créé par les Gremlin's
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil  AbréviationAbréviation   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 
Les liens et partenairesLiens et partenaires


 
[Traduction - HoMe X] Les Annales d'Aman

Utilisateurs enregistrés: Aucun
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.    Les Aratars Index du Forum -> Annúminas
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3439
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 15 Mar 2006 11:41     Sujet du message: [Traduction - HoMe X] Les Annales d'Aman Répondre en citant

À côté du développement du Quenta Silmarillion, Tolkien s'est très tôt attelé à la présentation du Conte d'Arda sous la forme d'Annales, c'est-à-dire un récit structuré par année. Dans les années 50, la forme de ces Annales était globalement stabilisée (à l'inverse du fond) en deux grandes séries :


Ce qui suit est donc la traduction intégrale officieuse des Annales d'Aman, contenues dans le 10ème volume de la série HoMe, Morgoth's Ring (pp. 47-138, Ed. HarperCollins, 2002). Pour plus de facilités, le texte a été divisé :


N.B. :
  • Le texte en taille normale est le texte de Tolkien, celui en taille petite est de Christopher Tolkien (sauf pour l'introduction qui suit). Les notes sont de Christopher Tolkien sauf si autrement précisé.
  • Les pages indiquées sans référence à un livre renvoient aux pages de HoMe X, le volume contenant ce texte.
  • Les autres volumes des HoMes sont référencés par de simples chiffres romains, les pages l'étant par des chiffres arabes (ex. : XI.226 renvoie à HoMe XI, p. 226).
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3439
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 15 Mar 2006 11:51     Sujet du message: Répondre en citant

LES ANNALES D'AMAN




Introduction



La seconde version (pré-Seigneur des Anneaux) des Annales de Valinor (AV 2) a été publiée en V.109 et suivantes. J'y mentionnais que la première partie d'AV 2 était - des années plus tard - recouverte de modifications et d'ajouts, et que ce nouveau travail était le brouillon original des Annales d'Aman. Dans ce cas, je ne perdrai pas de temps avec le brouillon original, excepté pour quelques points y étant soulevés qui sont mentionnés dans les notes. Il ne s'étend pas bien loin - même pas aussi loin que la création des Deux Arbres, et aussi loin qu'il aille, il reste extrêmement proche des Annales d'Aman; mais mon père décida clairement très tôt de commencer un texte complètement nouveau.

Des Annales d'Aman, auxquelles je me référerai tout du long par l'abréviation "AAm", il existe un manuscrit bien clair, avec un nombre honnête de corrections en plusieurs "couches". Des modifications appartenant à la période de composition, ou peu après, furent apportées; et le manuscrit donne l'impression d'être une "copie au propre", un second texte. Mais, alors que des passages de brouillon puissent avoir été perdus, je doute fort qu'un "premier texte" complet des Annales ait existé (voir plus loin p. 121, note 17). Le travail appartient sans aucun doute au large développement et à la refonte des Récits des Jours anciens que mon père entreprit lorsque Le Seigneur des Anneaux fut achevé (voir p. 3), et il est en relation étroite avec la révision à cette époque des parties correspondantes du Quenta Silmarillion (V.204-43, référé tout du long par QS), le texte qui avait été abandonné fin 1937. De manière tout aussi claire, il suit le dernier texte de l'Ainulindalë (D).

Il existe un tapuscrit amanuensis d'AAm contenant des modifications tardives et des notes, avec sa copie carbone portant des modifications très peu nombreuses, mais différentes; je suis enclin à dater ce texte de 1958, bien que la preuve de ceci soit une question de déductions et de suggestions (voir pp. 141-2, 300). Il existe aussi un tapuscrit intéressant, divergent, de la première partie du travail, fait par mon père (pp. 64-8, pp. 79-80).

Je livre le texte entier de la narration des Annales, en incorporant les modifications qui lui ont été apportées; quand des lectures précédentes présentent un intérêt, elles figurent dans les notes. J'ai numeroté les paragraphes pour pouvoir m'y référer subséquemment, et vu que le texte est long, je l'ai divisé en six sections pour plus de confort. Les sections sont suivies par des notes de texte numérotées (pas dans le cas de la section 2), et puis par un commentaire se référençant au paragraphes numérotés.

Les dates des annales des Années des Arbres furent changées très fréquemment - dans certains cas, il y a jusqu'à six substitutions - et je ne donne que la forme finale. Comme le changement continu des dates ne semble en aucun cas lié à des changements de la narration propre, et comme l'articulation finale des dates semble avoir été accomplie avant l'achèvement du manuscrit, je pense qu'il est suffisant de noter que mon père au départ permit un plus grand intervalle d'années entre la création des Arbres et leur destruction. Ainsi au départ, les Silmarils furent achevés par Fëanor en l'An des Arbres 1600 (plus tard, 1450), et Tulkas fut envoyé affronter Melkor en 1700 (plus tard, 1490) - bien que d'autres dates fussent proposées et rejetées comme celles-ci. À partir de ce point, l'audace de révision (1490-1500) est la seule, mais ici aussi les dates furent beaucoup modifiées dans le détail, et le résultat final n'est pas en tout point parfaitement clair.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3439
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 21 Mar 2006 21:47     Sujet du message: Répondre en citant

Première section des Annales d'Aman



La première page des AAm est conservée sous deux formes, deux beaux manuscrits, identiques en tout au niveau du texte mais différant au niveau du titre et du bref préambule. Le premier porte le titre Les Annales de Valinor, et commence ainsi : "Ici commencent les Annales de Valinor, qui traitent de la venue des Valar en Arda"; sous le titre fut ajouté : "Celles-ci furent écrites par Quennar i Onótimo qui apprit beaucoup, et emprunta beaucoup aussi, de Rúmil; mais elle furent élargies par Pengoloð." Cette dernière partie fut biffée, et le titre et le préambule furent modifiés en la forme qu'ils ont sur la seconde copie, comme publié ci-dessous, avec Valinor > Aman et l'addition des mots "que Rúmil écrivit (fit)". J'imagine que mon père recopia la page parce qu'il la voulait au propre, et qu'il l'avait salie avec ces changements. Le titre Annales d'Aman apparut à ce moment, par conséquent, tout comme très probablement la signification finale du nom Aman : il apparaît une fois dans l'Ainulindalë D, mais en tant qu'ajout au texte (p. 33, §32).


LES ANNALES D'AMAN



Ici commencent les Annales d'Aman, que Rúmil rédigea, qui traitent de la venue des Valar en Arda:

§1 Au Commencement, Eru créa Ëa, le Monde qui est,1 et les Valar y entrèrent, et ils sont les Puissants d'Ëa. Ceux-ci sont les neuf chefs des Valar qui résidèrent en Arda : Manwë, Ulmo, Aulë, Oromë, Tulkas, Ossë, Mandos, Lorien,2 et Melkor.

§2 D'entre eux, Manwë et Melkor étaient les plus puissants, et ils étaient frères. Manwë est le seigneur des Valar, et sacré; mais Melkor inclina vers la soif du pouvoir et l'orgueil, et devint mauvais et violent, et son nom est maudit, et n'est pas prononcé; il est nommé Morgoth. Oromë et Tulkas étaient plus jeunes dans la pensée d'Eru avant la conception du Monde, et Tulkas arriva en dernier au royaume d'Arda. Les reines des Valar sont sept : Varda, Yavanna, Niënna, Vairë, Vana, Nessa, et Uinen. Elles ne sont pas moindre en puissance et en majesté que les chefs, et elles siègent toujours aux conseils des Valar.

§3 Varda était la compagne de Manwë depuis le début, mais Aulë prit pour compagne Yavanna, sa sœur, en Ëa.3 Vana la belle, sa sœur cadette, est la femme d'Oromë; et Nessa, la sœur d'Oromë, est la femme de Tulkas; et Uinen, la dame des mers, est la compagne d'Ossë. Vairë la Tisseuse habite avec Mandos. Ulmo n'a pas de compagne, tout comme Melkor. Niënna la triste, reine d'ombre, la sœur de Manwë et de Melkor, n'a pas d'époux. La femme de Lorien est Estë la Pâle, mais elle ne se rend pas aux conseils des Valar et n'est pas comptée parmi les dirigeants d'Arda, mais est la principale des Maiar.

§4 Avec ces grands puissants vinrent beaucoup d'autres esprits de la même espèce mais de puissance et d'autorité moindres; ce sont les Maiar, les Beaux4, le peuple des Valar. Et avec eux sont aussi comptés les Valarindi, la descendance des Valar, leurs enfants engendrés en Arda, et pourtant de la race des Ainur qui furent avant le Monde; ils sont nombreux et beaux.

En cet endroit, mon père écrivit : Ceci est tiré de l'œuvre de Quennar Onótimo. Ces mots se réfèrent non pas à ce qui précède mais au passage suivant, intitulé Du Commencement du Temps et de son Comput (bien que dans le préambule - biffé - de la première page rejetée d'AAm Quennar i Onótimo est dit avoir été l'auteur des Annales en entier, ci-dessus).

La section complète traitant du Comput du Temps fut par après commentée au crayon : "Transférer vers le Récit des Ans". Le Récit des Ans, une liste chronologique du même genre que celle de l'Appendice B du Seigneur des Anneaux, existe sous différentes formes, associées aux premières et dernières Annales; la dernière forme, étroitement associée à AAm et à son compagnon les Annales Grises (Annales de Beleriand), est peut-être le texte le plus complexe et le plus difficile de tout ce que mon père laissa derrière lui. Ceci ne doit pas nous concerner ici; mais lui sont liés deux très beaux manuscrits (l'un d'entre eux, le plus tardif des deux, un des plus beaux qu'il ait réalisés : voir le frontispice) reproduisant sous une forme presque identique le même texte Du Commencement du Temps et de son Comput que celui trouvé ici en AAm, mais le plaçant en ouverture du Récit des Ans et en prélude à la liste chronologique des événements. Ces deux manuscrits sont bien sûr plus tardifs que le texte en AAm, et les lectures dans lesquelles ils divergent sont données dans les notes. AAm se poursuit :


Ceci est tiré de l'œuvre de Quennar Onótimo.5

Du Commencement du Temps et de son Comput


§5 Le Temps commença en effet avec le commencement d'Ëa, et en ce commencement, les Valar vinrent dans le Monde. Mais la mesure que les Valar firent des âges de leurs labeurs n'est connue d'aucun des Enfants d'Ilúvatar, jusqu'à la première floraison de Telperion en Valinor. Par après, les Valar mesurèrent le temps par les âges de Valinor, dont chaque âge contenait cent des Années des Valar; mais chacune de ces années était plus longue que ne le sont neuf années sous le Soleil.6

§6 À présent, mesurées par la floraison des Arbres, il y avait douze heures dans chaque Jour des Valar, et un millier de tels jours les Valar prenaient-ils pour faire une année dans leur royaume. Il est en effet supposés par les Savants que les Valar conçurent ainsi les heures des Arbres afin que cent de telles années ainsi mesurées devaient être en durée égales à un âge des Valar7 (tels que ces âges étaient à l'époque de leurs labeurs avant la fondation de Valinor).8 Néanmoins ceci n'est pas connu de manière certaine.

§7 Mais en ce qui concerne les Années des Arbres et celles qui vinrent après,9 une telle Année était plus longue que neuf de ces années qui sont à présent. Car il y avait dans chacune de ces Années douze mille heures. Déjà, les heures des Arbres étaient chacune sept fois aussi longue que l'est une heure d'un jour entier en Terre du Milieu de lever de soleil à lever de soleil, quand jour et nuit sont également divisés.10 Par conséquent, chaque Jour des Valar durait quatre-vingt-quatre de nos heures, et chaque Année quatre-vingt-quatre mille : ce qui est autant que trois mille cinq cents de nos jours, et qui est un peu plus que neuf et demi de nos années (neuf et demi et huit centièmes et un peu plus).11

§8 Il est raconté chez les Savants que ce n'est pas exactement ainsi que les Valar l'avaient prévu à la création et à l'ordonnancement12 de la Lune et du Soleil. Car il était leur intention que dix années du Soleil, ni plus ni moins, soient aussi longues qu'une Année des Arbres l'était; et il était leur intention que chacune des années du Soleil doive contenir sept cents périodes de soleil et de clair de lune, et que chacune de ces périodes doive contenir douze heures, chacune de la durée d'un septième d'une heure des Arbres. De par ce comput, chaque année du Soleil contiendrait trois cent cinquante journées entières de mi-clair de lune et de mi-soleil, c'est-à-dire huit mille quatre cents heures, équivalant à douze cents heures des Arbres, ou un dixième d'une Année valienne. Mais la Lune et le Soleil se montrèrent plus indisciplinés et plus lents dans leur passage que ce que les Valar avaient voulu, comme il est dit par après,13 et une année du Soleil est un peu plus longue que ne l'était un dixième d'une Année dans les Jours des Arbres.

§9 L'année du Soleil plus courte fut ainsi faite14 en raison de la plus grande vitesse de toute croissance, et de même de tout changement et de tout dépérissement, que les Valar savaient devoir arriver après la mort des Arbres. Et après que ce mal fut accompli, les Valar computèrent le temps en Arda par les années du Soleil, et le font encore, même après le Changement du Monde et la dissimulation d'Aman; mais dix années du Soleil, ils les comptent à présent comme une année,15 et mille comme un siècle. Ceci est tiré du Yénonótië de Quennar : dixit Pengoloð.16

§10 Il est calculé par les savants que les Valar arrivèrent au royaume d'Arda, qui est la Terre, cinq mille Années valiennes avant le premier lever de la Lune, ce qui est autant que de dire quarante-sept mille neuf cent une de nos années. De celles-là, trois mille cinq cents (ou trente-trois mille cinq cent trente de notre comput) passèrent avant que la première mesure du temps connue par les Eldar ne commençât avec la floraison des Arbres. Ceux-là étaient les Jours d'avant les jours. Par après, mille quatre cent quatre-vingt-cinq Années valiennes (ou quatorze mille trois cent vingt-deux de nos années) suivirent durant lesquelles la Lumière des Arbres brilla en Valinor. Ceux-là furent les Jours de Félicité. En ces jours, en l'Année mille cinquante des Valar, les Elfes s'éveillèrent à Kuiviénen et le Premier Âge des Enfants d'Ilúvatar commença.17

1 La Première Année des Valar en Arda


§11 Après des âges de labeurs dépassant la connaissance ou le comput dans les grands espaces d'Ëa, les Valar descendirent en Arda au commencement de son existence, et ils y commencèrent leurs travaux assignés à la mise en forme de ses terres et de ses eaux, des fondations aux plus hautes tours de l'Air.

§12 Mais leurs travaux furent contrariés et déviés de leur plan, car Melkor convoitait la domination d'Arda, et il revendiquait la royauté et était en conflit avec Manwë. Et Melkor causait de grandes ruines par le feu et le froid mortel et marrissait tout ce que les autres Valar faisaient.

1500


§13 Il en vint à arriver que, ayant eu vent de loin de la guerre en Arda, Tulkas le Fort s'y rendît hors des régions lointaines d'Ëa à l'aide de Manwë. Alors Arda fut remplie du son de son rire, mais il tourna une face de colère vers Melkor; et Melkor fuit devant sa colère et son hilarité, et quitta Arda, et il y eut une longue paix.

§14 À présent les Valar recommencèrent leurs travaux; et quand les terres et les eaux furent ordonnées, les Valar eurent besoin de lumière, afin que les graines conçues par Yavanna puissent grandir et vivre. Aulë fabriqua donc deux grandes lampes, comme si elles étaient d'argent et d'or et pourtant translucides, et Varda les remplit de feu consacré, afin de donner la lumière à la Terre. Illuin et Ormal furent-elles appelées. 1900 Et elles furent installées sur des piliers puissants comme des montagnes au milieu d'Arda, au nord et au sud.

§15 Alors les Valar continuèrent leurs travaux jusqu'à ce que tout le royaume d'Arda fût ordonné et achevé, et les arbres et les herbes crurent, et les bêtes et les oiseaux apparurent et s'installèrent dans les plaines et dans les eaux, et les montagnes étaient vertes et belles à contempler. Et les Valar installèrent leur résidence sur une île verte au milieu d'un lac; et ce lac se situait entre Illuin et Ormal au point le plus proche du milieu d'Arda; et là, sur l'île d'Almaren, en raison du mélange des lumières, toutes les choses étaient plus riches en croissance et plus belles en couleurs. Mais les Valar s'y assemblaient rarement en compagnie, car toujours ils voyageaient au loin en Arda, chacun pour ses propres affaires.

§16 Et il en vint à arriver qu'enfin les Valar fussent satisfaits, et ils avaient l'intention de se reposer un temps de leurs travaux et de regarder la croissance et le déploiement des choses qu'ils avaient conçues et commencées. Par conséquent, Manwë ordonna une grande fête, et convoqua tous les Valar et les reines des Valar en Almaren, avec tous leurs suivants. Et ils répondirent à son invitation; mais Aulë, est-il dit, et Tulkas étaient fatigués; car l'art d'Aulë et la force de Tulkas avaient été au service de tous sans interruption dans les jours de leurs travaux.

§17 À présent Melkor savait tout ce qui avait été fait; car même alors il avait des amis secrets et des espions parmi les Maiar qu'il avait convertis à sa cause, et de ceux-ci le principal, comme il fut connu plus tard, était Sauron, un grand artisan de la maison d'Aulë. Et au loin dans les endroits obscurs, Melkor était plein de haine, étant jaloux de l'œuvre de ses pairs, qu'il désirait assujettir à lui-même. Dès lors il rassembla autour de lui des esprits des vides d'Ëa qu'il avait pervertis à son service, et il s'estima fort. Et voyant à présent son heure, il se rapprocha à nouveau d'Arda, et la regarda, et la beauté de la Terre en son Printemps l'emplit encore plus de haine.

3400


§18 À présent donc, les Valar étaient réunis sur Almaren et festoyaient et se réjouissaient, ne craignant aucun mal, et en raison de la lumière d'Illuin ils ne perçurent pas l'ombre au nord projetée de loin par Melkor, car il était devenu sombre comme la Nuit du Vide.18 Et il est chanté que lors de cette fête du Printemps d'Arda, Tulkas prit pour compagne Nessa, la sœur d'Oromë, et Vana [l']habilla de ses fleurs, et elle dansa devant les Valar sur l'herbe verte d'Almaren.

§19 Alors Tulkas s'endormit, fatigué et satisfait, et Melkor jugea que son heure était venue. Et il passa dès lors au-dessus des Murs de la Nuit19 avec son armée, et il arriva en Terre du Milieu au nord; et les Valar n'en furent pas conscients.

§20 À présent Melkor commença le creusement et la construction d'une vaste forteresse loin sous la Terre, sous de sombres montagnes où la lumière d'Illuin était faible.20 Cette forteresse fut nommée Utumno. Et bien que les Valar n'en sussent encore rien, le mal de Melkor et le fléau de sa haine se propagèrent toutefois, et le Printemps d'Arda fut marri, et les choses vivantes devinrent malades et pourrirent, ou furent corrompues en formes monstrueuses.

3450


§21 Alors les Valar surent en effet que Melkor était à nouveau à l'œuvre, et ils se mirent à la recherche de sa cachette. Mais Melkor, confiant en la force d'Utumno et en la puissance de ses serviteurs, partit soudainement en guerre, et frappa le premier coup, avant que les Valar ne fussent préparés. Et il assaillit les lumières d'Illuin et d'Ormal, et abattit leurs piliers, et brisa leurs lampes. Alors dans le renversement des puissants piliers, les terres furent brisées et les mers se levèrent en tumulte; et quand les lampes furent jetées à terre, une flamme destructrice fut versée sur la Terre. Et la forme d'Arda et la symétrie de ses eaux et de ses terres furent marries en cet instant, de telle sorte que les premières conceptions des Valar ne furent jamais restaurées par après.

§22 Dans la confusion et l'obscurité, Melkor s'échappa, bien que la peur lui fût tombée dessus; car par dessus le grondement des mers il entendit la voix de Manwë comme un vent puissant, et la terre trembla sous les pieds de Tulkas. Mais il arriva à Utumno avant que Tulkas ne pût le rattraper; et là il se tint caché. Et les Valar ne purent à ce moment-là le vaincre, car la plus grande part de leur force était nécessaire pour contenir les tumultes de la Terre, et pour sauver de la ruine tout ce qui pouvait être sauvé de leurs travaux; et par après, ils redoutèrent de dévaster la Terre à nouveau, jusqu'à ce qu'ils sussent où les Enfants d'Ilúvatar se trouvaient, eux qui devaient encore arriver en un moment qui était caché aux Valar.

§23 Ainsi se termina le Printemps d'Arda. Et la résidence des Valar sur Almaren fut finalement détruite, et les dieux n'avaient plus de demeure sur la surface de la terre. Par conséquent, ils se retirèrent de la Terre du Milieu et se rendirent au Pays d'Aman, qui était la plus occidentales de toutes les terres sur les frontières du monde; car ses rives occidentales donnaient sur la Mer extérieure qui encerclait le royaume d'Arda, et au-delà de laquelle étaient les Murs de la Nuit.21 Mais les rives orientales d'Aman sont la limite extrême de la Grande Mer de l'Ouest; et comme Melkor était revenu en Terre du Milieu, et qu'ils ne pouvaient pas encore le vaincre, les Valar fortifièrent leur habitation, et sur les rives de la Mer ils dressèrent les Pelóri, les Montagnes d'Aman, les plus hautes sur terre. Et plus haute que toutes les montagnes des Pelóri était cette hauteur qui fut appelée Taniquetil, sur le sommet de laquelle Manwë installa son trône. Mais derrière les murs des Pelóri, les Valar établirent leurs demeures et leurs domaines dans cette région qui est appelée Valinor. Là, dans le Royaume gardé, ils rassemblèrent de grandes quantités de lumière et toutes les plus belles choses qui furent sauvées de la ruine, et bien d'autres encore plus belles refirent-ils, et Valinor devint encore plus beau que la Terre du Milieu dans le Printemps d'Arda; et il était béni et sacré, car les dieux y habitaient, et là rien ne disparaissait ni ne se flétrissait, tout comme il n'y avait aucune tâche sur les fleurs ou sur les feuilles en ce pays, ni aucune corruption ou maladie en rien qui y vivait; car les pierres et les eaux même étaient consacrées.

§24 Dès lors, les Valar et leur beau peuple étaient à nouveau joyeux, et pendant longtemps furent-ils bien satisfaits, et ils venaient rarement au-delà des montagnes des Terres extérieures; et la Terre du Milieu restait dans la pénombre sous les étoiles que Varda avait créées au cours des âges oubliés de ses travaux en Ëa.

3500


§25 Et il en vint à arriver que, après que Valinor fut achevé et les demeures des Valar établies et leurs jardins et bois arrangés, les Valar construisirent leur ville au milieu de la plaine au-delà des Pelóri. Cette ville ils nommèrent Valmar la Bénie. Et devant sa porte occidentale, il y avait un monticule vert, et il était nu excepté une pelouse d'herbe éternelle.

§26 Alors Yavanna et Niënna vinrent à ce Monticule vert; et Yavanna le consacra, et s'y assit longtemps sur l'herbe verte et chanta un chant d'un grand pouvoir, dans lequel furent placées toutes ses pensées des choses qui grandissent dans la terre. Mais Niënna pensa en silence, et arrosa le monticule de larmes. Alors tous les Valar se réunirent pour prêter oreille au chant de Yavanna; et le monticule était au milieu du Cercle de Justice devant les portes de Valmar, et les Valar s'assirent en rond en silence sur leurs trônes de conseil, et leur peuple se plaça à leurs pieds. Et comme les dieux regardaient, ô ! sur le monticule jaillirent deux arbrisseaux verts, et ils grandirent et devinrent beaux et grands, et ils vinrent à fleurir.

§27 Ainsi là s'éveillèrent au monde les Deux Arbres de Valinor, des choses croissantes les plus belles et les plus célèbres, dont le sort est lié à celui d'Arda. Le plus vieux des Arbres fut nommé Telperion, et ses fleurs étaient d'un blanc brillant, et une rosée de lumière argentée se répandait d'elles. Laurelin le plus jeune Arbre fut-il appelé; ses feuilles vertes étaient bordées d'or, et ses fleurs étaient semblables à des grappes de flammes jaunes, et une pluie d'or s'égouttait d'elles sur le sol. De ces Arbres venait une grande lumière, et tout Valinor en était empli. Alors la félicité des Valar augmenta; car la lumière des Arbres était sacrée et d'un grand pouvoir, de telle sorte que, si quelque chose était bon ou aimable ou de valeur, en cette lumière son amabilité et sa valeur étaient pleinement révélées; et tout ce qui marchait dans cette lumière avait le cœur heureux.

§28 Mais la lumière qui s'égouttait des Arbres subsistait longtemps, avant d'être prise dans les airs ou absorbée par la terre pour leur fertilisation. Dès lors, de cette abondance Varda désira faire de grandes provisions, et elle était amassée dans de puissantes cuves près du Monticule vert. De là les Maiar en prélèveraient et en apporteraient dans les bois et dans les prairies, même à ceux loin de Valmar, afin que toutes les régions de Valinor fussent nourries et crûssent encore plus belles.

§29 Ainsi commencèrent les Jours de la Félicité de Valinor, et ainsi commença aussi le compte du Temps. Car les Arbres croissaient jusqu'à une floraison et une lumière maximale, et décroissaient à nouveau, sans cesse, sans changement de vitesse ou d'intensité. Telperion fleurissait le premier, et un peu avant qu'il ne cesse de briller, Laurelin commençait à bourgeonner; et à nouveau, avant que Laurelin ne se fût affaibli, Telperion s'éveillait une fois de plus. Par conséquent, les Valar prirent le temps d'une floraison, d'abord de Telperion et puis de Laurelin, pour être pour eux un Jour en Valinor; et le temps pendant lequel chaque Arbre fleurissait seul, ils le divisèrent en cinq heures, chacune égale au temps du mélange de leurs lumières, deux fois par Jour. Il y avait donc douze de ces heures en chaque Jour des Valar; et un millier de ces Jours fut considéré comme une Année, car alors les Arbres produiraient une nouvelle branche et leur stature augmenterait.

La section d'ouverture des Annales d'Aman se termine ici; elle est suivie d'un titre Ici commence un nouveau Comput dans la Lumière des Arbres, avec des dates commençant à YT 1, la Première Année des Arbres.


Notes :

1 La définition de Ëa en tant que "le Monde qui est" se retrouve également à l'occurrence du nom dans un ajout au texte de l'Ainulindalë D, p. 31, §20. Je le donne tout du long sous la forme qu'il a dans les textes, Ea, Ëa, .

2 La forme originelle du nom était Lórien, mais elle fut changée en Lorien dans le manuscrit QS.

3 AV 2 avait ici (V.110) "Yavanna, qu'Aulë prit plus tard pour compagne dans le monde, en Valinor"; lors de la réécriture tardive du manuscrit AV 2 qui déboucha directement sur AAm (Introduction), cela devint " Yavanna, qu'Aulë pris pour compagne en Arda", alors que AAm a "en Ëa".

4 AV 2 avait ici (V.110) "ce sont les Vanimor, les Beaux", changé lors de la réécriture tardive (voir note 3) en "ce sont les Mairi...", et ensuite en "ce sont les Maiar...". C'était probablement où le mot Maiar apparut pour la première fois.

5 Dans le premier (seul) des deux manuscrits de l'ouverture du Récit des Années, le titre Du Commencement du Temps et de son Comput fut subséquemment allongé par l'ajout de D'après l'œuvre de Quennar Onótimo; voir note 6.

6 Cette phrase, telle qu'originellement écrite dans le texte brouillon du début de AAm (la réécriture de AV 2), se lisait : "chacune de ces années est égale en longueur à dix années du Soleil qui existe à présent"; i.e. mon père conservait encore le vieux comput beaucoup plus simple qui remontait via AV 2 (V.110) à AV 1 (IV.263). Ceci fut changé dans le texte brouillon en "chacune de ces années est plus longue que ne le sont neuf années du Soleil qui existe à présent". Dans la plus ancienne version du Récit des Années, les mots "tel qu'il existe à présent" furent recouverts au crayon par "neuf années sous le Soleil", tandis que la seconde se lit "que ne le sont à présent neuf années sous le Soleil".
La seconde version du Récit des Années, qui ne se réfère pas à Quennar Onótimo dans le titre Du Commencement du Temps et de son Comput (note 5), a ici : "Ainsi parlait Quennar Onótimo au sujet de cette question". Ce qui suit à partir de ce point est dans les trois textes écrit en plus petit, de telle sorte que la référence à Quennar semble la plus appropriée ici.

7 La dernière (seulement) des versions du Récit des Années a "un cinquième d'un âge des Valar" à la place de "un âge des Valar".

8 La première des versions du Récit des Années ajoute ici : "alors que chaque âge des Valar est une partie exacte (grande ou petite, eux seuls le savent) de l'histoire entière d'Ëa. Mais ces choses ne sont pas connues de manière certaine même des Eldar"; la dernière débute le passage additionnel de la même manière, mais se termine : "... de l'histoire entière d'Ëa de son commencement à la Fin qui sera. Mais ces choses ne sont pas connues de manière certaine même des Vanyar."

9 Les versions du Récit des Années ont ici : "En ce qui concerne les Années des Arbres en comparaison de celles qui vinrent après", ce qui rend le sens clair.

10 Dans la première version du Récit des Années, "de lever de soleil à lever de soleil" fut changé au crayon en "de coucher de soleil à coucher de soleil" et la phrase suivante "quand jour et nuit sont également divisés" fut mise entre crochets. La seconde version se lit différemment "de coucher de soleil à coucher de soleil sur les Rives de la Grande Mer".

11 Dans les versions du Récit des Années, les mots "(neuf et demi et huit centièmes et un peu plus)" sont omis.

12 Dans les versions du Récit des Années, les mots "et à l'ordonnancement" sont omis.

13 Pour "comme il est dit par après" (ce qui se réfère au texte sur le Soleil et la Lune plus loin en AAm), les versions du Récit des Années ont "comme il est dit ailleurs".

14 Pour "fut ainsi faite", les versions du Récit des Années ont "fut fixée par les Valar".

15 "comme une année" devient dans les versions du Récit des Années "comme un an pour eux-mêmes".

16 Les versions du Récit des Années ont ici "Ainsi parle le Yénonótië de Quennar". Pour Yénonótië, cf. Yénië Valinóren "Annales de Valinor" sur les pages de titre de QS (V.202), et le nom Onótimo lui-même; voir les Étymologies, racine NOT "compte", YEN "année" (V.378, 400).

17 Le paragraphe 10 avait cette forme dans le texte brouillon du commencement d'AAm :
    Il a été calculé par les Maîtres du Savoir que les Valar arrivèrent au Royaume d'Arda, qui est la Terre, quarante-cinq mille années de notre temps avant le premier lever de la Lune. De celles-ci, trente mille passèrent avant que la mesure du Temps ne commençât avec la floraison des Arbres. Ceux-là étaient les Jours d'avant les Jours. Et quinze mille années suivirent durant lesquelles la Lumière des Arbres vivait encore, et près de six cents en plus de celles des Nouveaux Soleil et Lune après la mort des Arbres. Et ceux-là sont appelés les Jours anciens, et à leur fin finit le Premier Âge du Temps, et Melkor fut expulsé du monde.
Donc, alors qu'en AV 1 et AV 2, le comput était (VY = Année(s) Valienne(s), SY = Année(s) du Soleil) :
    VY 1000 = SY 10.000 Première floraison des Arbres
    VY 3000 = SY 30.000 Lever de la Lune
la première révision donne :
      SY 30.000 Première floraison des Arbres
      SY 45.000 Lever de la Lune
Ce comput fut remplacé à nouveau :
    VY 3500 = SY 33.530 Première floraison des Arbres
    VY 5300 = SY 50.775 Lever de la Lune
Ces données montrent un ration de 1 VY = 9,58 SY (voir le commentaire sur les §§ 5-10, pp. 59-60). Ce dernier comput est la forme écrite en premier en AAm, qui changea de nombreuses fois pour donner le texte imprimé.

18 Le texte écrit avait "sombre comme la nuit d'avant Ea", changé plus tard en "sombre comme la Nuit du Vide".

19 Le texte écrit en premier avait "au-dessus des frontières d'Ëa"; ce fut changé plus tard en "au-dessus des Murs de la Nuit sur les frontières d'Arda", et puis "sur les frontières d'Arda" fut rayé.

20 Le texte écrit en premier avait "loin de la lumière d'Illuin".

21 Le texte écrit avait "qui est la plus occidentale de toutes les terres" et "donne sur la Mer extérieure qui encercle le royaume d'Arda"; les changements vers le passé furent peut-être effectués à l'époque de la rédaction, vu que la phrase suivante, "et au-delà de laquelle étaient les Murs de la Nuit" était déjà au passé. D'un autre côté, la phrase suivante est au présent ("Mais les rives orientales d'Aman sont la limite extrême de la Grande Mer de l'Ouest"), où sont fut autorisé à rester.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3439
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Mar 2006 0:45     Sujet du message: Répondre en citant

Commentaires sur la première section des Annales d'Aman


§§1-3 Sur l'occurrence du nom Eru, voir p. 7. Le récit des interrelations des Valar et des reines des Valar reste étroitement basé sur celui d'AV 2 (V.110), et conserve de vieilles phrases (comme "Manwë et Melkor étaient les plus puissants, et ils étaient frères") remontant aux Annales originelles (IV.263). Il y a cependant de nouveaux développements dans la section d'ouverture. Sur la phrase du §2, " Oromë et Tulkas étaient plus jeunes dans la pensée d'Eru avant la conception du Monde", voir V.120. Que Tulkas arrivât en dernier en Arda dérive de l'Ainulindalë réécrite (§31).
Il n'est pas dit à présent, comme ce l'était en AV 2, qu'Oromë était le fils de Yavanna. D'un autre côté, il est à présent dit, comme dans le Quenta (Q) et dans QS, que Vana était la sœur de Yavanna (et de Varda), alors que ce n'était pas dit en AV 2. Ces différences sont peut-être connectées; car si les deux récits sont combinés, la femme d'Oromë est la sœur de sa mère. Mais ce serait probablement adopter une vue trop conventionnelle des relations divines.
Les affirmations qu'Estë "ne se rend pas aux conseils des Valar et n'est pas comptée parmi les dirigeants d'Arda", et qu'elle est la principale des Maiar (voir note 4 ci-dessus) sont entièrement nouvelles.

§4 Le passage concernant les "esprits moindres" ne montre pas de développement significatif de celui d'AV 2 (V.110) excepté pour le remplacement de Vanimor par Maiar (traduit "les Beaux" comme Vanimor l'était); les Valarindi, Enfants des Valar, "engendrés en Arda" et comptés parmi les Maiar, subsistent. Sur l'histoire antérieure de ces conceptions, voir V.120-1; et voir plus loin p. 69.

§5 Telperion apparut en premier dans QS §16 (V.209), mais pas en tant que premier nom de l'Arbre aîné, qui restait Silpion. Telperion, utilisé dans Le Seigneur des Anneaux, devint à présent son premier nom.

§§5-10 Le récit du Comput du Temps est à première vue quelque peu déconcertant, mais il peut être clarifié.
    (i) Selon le comput des Arbres
    12 heures (une floraison complète des Deux Arbres) = 1 jour
    1 000 jours (12 000 heures) = 1 an
    100 ans = 1 âge des Valar (comme les Valar computaient les âges avant les Arbres, selon une supposition des Savants des Elfes; voir notes 7 et 8 du texte)
    (ii) Relation du comput des Arbres au comput du Soleil
    1 heure des Arbres = 7 heures de notre temps
    1 jour des Arbres = (7x12) 84 heures de notre temps
    1 année des Arbres = (7x12 000) 84 000 heures de notre temps
    Il y a (365,25 x24) 8 766 heures dans une Année du Soleil et donc :
    1 année des Arbres = (84 000/8 766) 9,582 Années du Soleil*
    (iii) Intention originelle des Valar pour le nouveau comput du Soleil et de la Lune
    12h de clair de Lune
    12h de Soleil
    } 24 heures = 1 jour entier
    700 périodes de Soleil et de clair de Lune = 350 jours entiers = 1 Année du Soleil
    1 heure = 1/7 d'1 heure des Arbres et donc :
    1 Année du Soleil compterait (24x350) 8 400 heures = (8 400/7) 1 200 heures des Arbres = 1/10 d'une Année valienne (voir (i) ci-dessus)
    donc 1 Année valienne = 10 Années du Soleil
    La question peut être exprimée de manière plus concise :
    1 année des Arbres = (7x12 000) 84 000 heures de notre temps
    84 000/ (350x24) 8 400 = 10
    mais
    84 000/ (365,25x24) 8 766 = 9,582
    (iv) Les dates de la première floraison des Arbres et du premier lever de la Lune (§10)
    Les Arbres fleurirent pour la première fois après que 3 500 Années valiennes eurent passé, ce qui est dit être égal à 33 530 Années du Soleil (ceci présuppose une équivalence de 9,58; 9,582 donne 33 357). La Lune se leva pour la première fois après que 5 000 Années valiennes eurent passé, ce qui est dit être égal à 47 901 Années du Soleil (ceci présuppose une équivalence de 9,5802; si l'équivalence est de 9,582, le nombre d'Année du Soleil serait 47 910, si 9,58, le nombre serait 47 900).
    Les Arbres brillèrent durant 1 495 Années valiennes, ce qui est dit être égal à 14 322 Années du Soleil (ceci présuppose une équivalence de presque exactement 9,58).
§§11-29 La grande expansion de la narration pré-Seigneur des Anneaux (QS, AV 2) dérive en partie de la dernière Ainulindalë (qu'AAm suive la dernière version, D, de ce récit est démontré par des détails divers, comme par exemple les noms Ëa, Illuin, et Ormal, le premier d'entre eux entrant dans D par un ajout tardif , et ceux des Lampes remplaçant Forontë et Hyarantë par correction). Mais nombre de choses y sont entièrement nouvelles : tel que Manwë tint une grande fête sur l'île d'Almaren, où Tulkas prit Nessa pour compagne; que Sauron était "un grand artisan de la maison d'Aulë"; que les Valar étaient incapable de vaincre Melkor à ce moment à cause de la nécessité de contenir le tumulte de la Terre et de préserver ce qu'ils pourraient de ce qu'ils avaient accompli; et d'autres choses mentionnées ci-dessous. La question de la cosmologie est discutée à la fin de ce commentaire.

§15 L'affirmation selon laquelle sous la lumière des Lampes "les arbres et les herbes crurent, et les bêtes et les oiseaux apparurent" (cf. aussi §18, où Vana habilla Nessa de fleurs lors de la fête d'Almaren) vient de l'Ainulindalë (§31) : "des fleurs aux nombreuses couleurs, et des arbres dont les fleurs étaient telles la neige sur les montagnes ... des bêtes et des oiseaux arrivèrent" - où cependant le texte fut corrigé ("Jusque là nulle fleur n'avait encore éclos, et nul oiseau n'avait encore chanté"). Voir p. 22 note 17, et p. 38, §31.

§20 Une différence structurelle entre AAm et l'Ainulindalë est que dans la dernière, Melkor ne commença le creusement d'Utumno qu'après le renversement des Lampes et sa fuite des Valar (§32) - une histoire qui remonte jusqu'aux textes de la vieille "Esquisse de la Mythologie". Dans AAm, de l'autre côté, Melkor construisit Utumno, ou était à tout le moins très avancé dans le travail, avant que les Valar ne fussent conscients de lui, et ce fut d'Utumno que la pourriture et la corruption vinrent; les Valar perçurent ensuite sa présence en Arda et "se mirent à la recherche de sa cachette", et ce fut ceci (comme il apparaît) qui mena au soudain départ en guerre de Melkor et à la destruction des Lampes.

§22 L'attaque de Melkor par les Valar revenant de Valinor, décrite dans l'Ainulindalë (§32), n'est pas mentionnée dans AAm, qui dit seulement qu'ils "ne purent à ce moment-là le vaincre", reprenant les mots de QS §12 (V.208). Que l'idée ait été abandonnée se remarque subséquemment, p. 78, §47.

§23 Que toute vie en Aman fût libre de toute disparition ou flétrissement, et libre de la pourriture et de la maladie, n'avait en fait pas été dit dans de précédents textes.

§24 Alors que dans les textes des années 30, la vieille idée des Contes perdus selon laquelle les étoiles furent créées en deux actes séparés (I.69, 113-14, 133) avait été abandonnée, elle réapparaît à présent : Varda créa les étoiles "au cours des âges oubliés de ses travaux en Ëa", et plus tard en AAm (p. 71, §35) il est dit qu'"elle fit des étoiles plus nouvelles et plus brillantes" avant l'éveil des Elfes. Cela doit vraisemblablement être associé à la conception dans la dernière Ainulindalë (§§14, 28) de l'établissement d'Arda "au milieu d'étoiles innombrables".

§§25-26 Que les Arbres crûssent sur un monticule vert dans le Cercle de Justice est un nouveau détail, bien que QS §14 (V.209) implique que les Arbres étaient dans le Cercle. Le Cercle et le Monticule sont dit ici être situés devant la porte occidentale de Valmar; dans les Contes perdus les Arbres étaient situés au nord de la ville, et en outre "séparés de plusieurs lieues" l'un de l'autre (I.71, 143).

§28 Ce récit de la lumière qui s'égouttait des Arbres étant prélevée par des Maiar des cuves de Varda pour "arroser" toutes les régions de Valinor trouve sa racine dans la vieille idée selon laquelle les Arbres "doivent être arrosés de lumière pour avoir de la sève et vivre" (I.73).

§29 À la fin de ce paragraphe se trouve un nouveau détail remarquable, selon lequel après mille jours, les Arbres produisaient une nouvelle branche; et que c'était pourquoi une Année valienne était constituée de la sorte. Il est évident - et mentionné ici expressément - que le jour valien comprenait douze heure parce que la période de lumière mélangée était exactement cinq fois plus courte que la période de floraison entière de lumière de soit Telperion, soit Laurelin; si elle avait été trois fois plus courte, le jour aurait compris huit heures, etc. Le jour valien relevait donc de la nature des Arbres. Nous apprenons à présent que l'année valienne de 1.000 jours était aussi due à la nature des Arbres, vu qu'après ce temps, les Arbres produiraient une nouvelle branche.
Il n' y a pas de suggestion ici que le calcul suivant selon lequel cent ans constituaient un âge valien (qui remonte aux première Annales, IV.263) était relié à la structure interne des Arbres; mais il est dit dans la section Du Commencement du Temps et de son Comput (§6) que les Savants supposaient "que les Valar conçurent ainsi les heures des Arbres afin que cent de telles années ainsi mesurées devaient être en durée égales à un âge des Valar (tels que ces âges étaient à l'époque de leurs labeurs avant la fondation de Valinor)" - i.e., avant les Arbres. Comme les deux passages sont seulement séparés par quelques pages d'un même manuscrit, la présomption est qu'ils ne sont pas contradictoires; et pris globalement, le sens peut seulement être que les périodes des Arbres, qui relevaient de leur nature, étaient néanmoins reliées à un mode de mesure du temps avant que les Arbres n'existassent. Ceci semble à son tour exiger que les Valar connaissaient, et avaient "conçus", avant même que Yavanna et Nienna ne vinssent sur le Monticule vert, la nature périodique de la lumière des Arbres.

La question cosmologique reçoit ici de nouveaux éléments. Les affirmations relevantes dans cette première section d'AAm sont les suivantes :
§1 Ëa est "le Monde qui est"; les Valar sont "les Puissants d'Ëa".
§11 Après des âges de labeur "dans les grands espaces d'Ëa, les Valar descendirent en Arda au commencement de son existence".
§13 Tulkas vint en Arda "hors des régions lointaines d'Ëa".
§17 Melkor réunit des esprits "des vides d'Ëa".; et il "se rapprocha à nouveau d'Arda, et la regarda".
§18 Les Valar ne perçurent pas l'ombre sombre "projetée de loin par Melkor".
§19 Melkor "passa au-dessus des frontières d'Ëa" > "passa au-dessus des Murs de la Nuit sur les frontières d'Arda" > "passa au-dessus des Murs de la Nuit" (note 19).
§23 La Mer extérieure "encerclait le royaume d'Arda, et au-delà étaient les Murs de la Nuit".
Les Murs de la Nuit n'ont été nommés nulle part ailleurs : mais il est difficile de voir, spécialement au regard de la phrase citée du §23, comment ils ne peuvent être identifiés avec les Murs du Monde. J'ai dit (p. 29) que le départ de Melkor d'Arda dans l'Ainulindalë - la nouvelle histoire qui apparut après Le Seigneur des Anneaux - soulève la question du passage des Murs du Monde et de la forme que cette conception prit alors. L'idée d'un tel passage apparut en fait, et de manière très déconcertante, durant la période antérieure, à la fin de Q, où il est dit que certains pensent que par moments Melkor revient vers le monde, et qu'il "revient en rampant, surmontant les Murs" (IV.164, 253). Le passage d'AAm §19 (tel que modifié) est sans équivoque : Melkor passa au-dessus des Murs de la Nuit. Nous sommes donc de retour à l'imagination originelle de Murs : cf. mes remarques dans I.227, "il semble donc évident que les Murs furent originellement conçus comme les murs de villes terrestres, ou de jardins – des murs avec une limite, un « haut » : une « clôture encerclante »." Ainsi, nous pouvons le supposer, Melkor pouvait "regarder Arda" (§17); ainsi sa vaste ombre pouvait être projetée avant même qu'il ne passât au-dessus des Murs (§18); et ainsi Tulkas (§13) et les esprits convoqués par Melkor (§19) pouvaient entrer dans la "région clôturée" (telle qu'Arda est définie, p.7).
Mais la phrase "il passa au-dessus des Murs de la Nuit" était une modification de ce que mon père écrivit avant: "il passa au-dessus des frontières d'Ëa". Cela peut-il signifier autre chose que, en entrant en Arda, Melkor quitta Ëa ? Avec cette connexion, on peut revenir aux deux schémas de l'Ambarkanta sur "Ilu" (IV.242-5), sur lesquels, bien plus tard (peut-être en cette période), mon père corrigea au crayon Ilurambar "les Murs du Monde", le changeant en Ëarambar ("les Murs d'Ëa"). (Bien sûr, si les Murs ne sont plus conçus comme une coque sphérique - d'où l'expression "englobée parmi le Vide", comme utilisée dans les versions antérieures de l'Ainulindalë - mais comme un rempart surmontable, l'Ëarambar ne peut pas être considéré comme la même conception que l'Ilurambar, mais seulement comme un nouveau nom pour les Murs, à présent conçus différemment; et la substitution du nouveau nom à l'ancien sur les vieux schémas est par conséquent dans cette mesure trompeuse.) Il est tout autant difficile de voir ce qu'Ëarambar signifie d'autre que "les Murs qui clôturent et excluent les sombres étendues des "vides d'Ëa"" (une expression utilisée au §17), en contraste avec Ilurambar "les Murs qui clôturent et incluent Ilu".
La difficulté avec ceci, bien sûr, est qu'Ëa est définie ailleurs comme l'"Univers de ce qui Est" (p.7), "Création, l'Univers" (p. 39), et qu'Ëa contient par conséquent Arda; il est en tout cas très clair dans tous les textes de la période tardive qu'Arda est en Ëa. Mais il se peut qu'Arda puisse néanmoins être considérée comme séparée d'Ëa lorsque Ëa est considérée comme "l'Espace".
Parmi toutes les ambiguïtés (très spécialement, dans l'emploi du mot "Monde"), il semble y avoir un témoignage de ce que, dans ces textes, l'image du monde de l'Ambarkanta survécut au moins dans la conception de la Mer extérieure s'étendant jusqu'aux Murs du Monde, maintenant appelés les Murs de la Nuit - bien que les Murs en soient venus à être conçus différemment (voir aussi p. 135, §68). Maintenant, dans la révision du "Silmarillion" effectuée en 1951, la phrase de QS §12 (V.209) "les Murs du Monde clôturaient et excluaient le Vide et les Premières Ténèbres" - une phrase en parfait accord bien sûr avec l'Ambarkanta - fut conservée (p. 154). C'est une difficulté centrale en relation avec l'Ainulindalë, où il est rendu aussi clair que souhaitable qu'Ëa vint à exister dans le Vide, elle était englobée au sein du Vide (§§11, 20, et voir pp. 37-38); comment alors les Murs d'Arda peuvent-ils "clôturer et exclure le Vide et les Premières Ténèbres" ?
Une explication possible, d'une certaine manière, peut être devinée par les mots suscités de AAm §17 : Melkor réunit des esprits hors des vides d'Ëa. Il se peut que, bien que AAm ne soit pas très éloigné en temps de la dernière version (D) de l'Ainulindalë, la conception de mon père ne s'accordait pas en fait complètement avec ce qu'il avait écrit là; que (comme je l'ai suggéré, p. 39), il pensait alors à Arda comme étant "établie dans une immensité indéfinie dans laquelle toute la "Création" est comprise", plutôt qu'à une Eä limitée elle-même établie "au milieu du Vide". Alors, au-delà des Murs de la Nuit, les limites d'Arda, s'étendent "les vides d'Ëa". Mais cette suggestion ne résout, bien entendu, pas tous les problèmes, les ambigüités et les contradictions apparentes dans la cosmologie de la période tardive, qui ont déjà été discutés.


*


J'ai mentionné (
p. 47) le fait qu'il existe un tapuscrit de la première partie d'AAm qui est assez distinct de la copie de secrétaire du texte entier. Je n'étais pas conscient de son existence quand le texte du Silmarillion fut préparé pour publication. Il était directement pris de et étroitement basé sur le manuscrit AAm, et il fut certainement fait par mon père, qui introduisit des changements par rapport au manuscrit alors qu'il tapait. Il contient en fait beaucoup de changements, la plupart mineurs ou très mineurs, mais aussi quelques modifications importantes et des ajouts; et il ne comprend pas la section Du Commencement du Temps et de son Comput. Aucun de ces changements n'apparaît dans les corrections faites au tapuscrit amanuensis ou à sa copie carbone, excepté le retrait de la section sur le Comput du Temps (p. 68).
Je me référerai à ce texte par "AAm*". Il semble qu'il n'y ait pas moyen de déterminer avec certitude quand il fut rédigé, et je peux seulement consigner mon sentiment qu'il appartient à la période de rédaction du manuscrit AAm plutôt qu'à une période plus tardive. En tout cas, mon père l'abandonna tôt (voir p. 80). Il se peut que l'ayant mis de côté, il l'ait oublié, ou perdu; et quand l'opportunité se présenta d'avoir le texte tapé par une secrétaire qui était une dactylo entraînée (comme cela semble être le cas), il transmis simplement le manuscrit AAm tel quel (incluant donc la section sur le Comput du Temps, bien qu'en AAm* il l'eût retirée).
Je livre à présent les changements intéressants de AAm* (qui s'étend un peu plus loin que le point atteint dans cette première section; pour le reste du texte, voir pp. 79-80).
Le préambule
    Ici commencent les "Annales d'Aman". Rúmil les rédigea dans les Jours anciens, et elle furent conservées par les Exilés. Ces parties que nous avons apprises et retenues furent donc consignées en Númenor avant que l'Ombre ne la recouvre.
Ceci est spécialement intéressant vu que cela montre un mode de transmission différent de la tradition "Pengoloð - Ælfwine" : les Annales sont conçues comme un œuvre réalisée en Númenor, provenant des "Exilés", les Noldor en Terre du Milieu, qui eux-mêmes la tenaient de l'œuvre de Rúmil. L'idée que Númenor était un élément essentiel de la transmission des légendes des Jours anciens réapparaîtra (voir en particulier pp. 370, 373-4, 401-2).
§1 À la place de "chefs des Valar", AAm* a "seigneurs des Valar", et subséquemment. Lorien a été changé au crayon sur le tapuscrit en Lorion (mais pas dans le passage cité sous le §3 ci-dessous).
§2 En AAm, la vieille phrase "Manwë et Melkor étaient les plus puissants, et ils étaient frères" a été préservée, mais AAm* a ici :
    Melkor et Manwë étaient frères dans la pensée d'Eru, et les aînés de leur espèce, et leur puissance était égale et plus grande que celle de tous les autres qui résidaient en Arda. Manwë est Roi des Valar...
Il est dit dans la dernière Ainulindalë (§§5, 9) que Melkor était le plus puissant des Ainur, et ceci remonte en fait au texte B pré-Seigneur des Anneaux de l'Ainulindalë (voir V.164, note 4 pour les différentes affirmations à ce sujet). Plus tard en AAm (p. 97, §102), Fëanor "claqua les portes de sa maison à la face du plus puissant de tous les résidents d'Ëa".
Ce texte a "Oromë et Tulkas étaient les plus jeunes dans la pensée d'Eru" là où AAm a "plus jeunes".
§3 Il y a un mélange bizarre de présents et de passés dans ce passage : ainsi "Vána la Belle est la femme d'Oromë", "Vairë la Tisseuse habite avec Mandos", mais "Ulmo n'avait pas de compagne, tout comme Melkor", "Nienna n'avait pas d'époux", "la femme de Lorien était Estë la Pâle". Sur cette question, voir pp. 204-5.
Il n'est pas dit à présent que Vana (marquée Vána à la première occurrence mais pas subséquemment) était la sœur de Yavanna (voir p. 59).
Tel que tapé, le passage commençant par "Nienna n'avait pas d'époux" (ainsi épelé, et non Niënna, dans toutes les occurrences d'AAm*) continuait ainsi :
    Nienna, la reine de l'Ombre, la sœur de Manwë, n'avait pas d'époux. La femme de Tulkas était Nessa la Jeune; et la femme de Lorien était Estë la Pâle. Celles-ci ne siègent pas aux conseils des Valar mais sont les plus grandes des Maiar.
En AAm, il est dit d'Estë seule qu'"elle ne se rend pas aux conseils des Valar", et son nom n'apparaît pas dans la liste des reines des Valar : elle est "la principale des Maiar". Dans le texte présent, en dépit de l'exclusion de Nessa des conseils, et l'affirmation selon laquelle elle et Estë "sont les plus grandes des Maiar", son nom figure toujours dans la liste des reines. Des modifications contemporaines au manuscrit produisent ce changement remarquable :
    Nul compagnon n'avait Nienna, la sœur de Manwë; tout comme Nessa l'Eternelle Demoiselle. La femme de Tulkas était Lëa la Jeune; et la femme de Lorien était Estë la Pâle ...
Le texte continue alors comme auparavant, de telle sorte que les deux qui ne siègent pas aux conseils des Valar et sont "les plus grandes des Maiar" deviennent Lëa et Estë. Il n'y a aucune trace de ce développement dans aucun autre texte, mais Lëa apparaît à nouveau en AAm* tel que le texte fut tapé (voir sous le §18 ci-dessous).
§4 Ce paragraphe a été substantiellement étendu :
    Avec ces grands puissants vinrent beaucoup d'autres esprits de la même espèce, engendrés par la pensée d'Eru avant la création d'Eä, mais de puissance et d'autorité moindres; ce sont les Maiar, le peuple des Valar.; ils sont beaux, mais leur nombre n'est pas connu et peu ont un nom parmi les Elfes ou les Hommes.
    Il y a aussi ceux que nous appelons les Valarindi, qui sont les Enfants des Valar, engendrés de leur amour après leur entrée en Eä. Ils sont les premiers enfants du Monde; et bien que leur existence ait commencé à l'intérieur d'Eä, ils sont pourtant de la race des Ainur, qui furent avant le Monde, et leur puissance et leur rang ne sont précédés que par ceux des Valar.
§12 À la fin de ce paragraphe, AAm* ajoute : "Ainsi s'écoulèrent en conflits de nombreuses années des Valar."
§14 La date 1900 de l'établissement des Lampes est omise en AAm*.
§15 AAm* conserve les mots d'AAm, " et les arbres et les herbes crurent, et les bêtes et les oiseaux apparurent..." Voir le commentaire sur ce passage, p. 60 : la référence à l'apparition des oiseaux et des fleurs à cette époque avait été retirée de l'Ainulindalë D par ce qui semble être un changement très rapide du texte, et il y a en cela une suggestion que les deux versions de l'ouverture des Annales d'Aman appartiennent à la même époque (voir p. 64).
§17 Ce paragraphe a subi plusieurs modifications :
    À présent Melkor savait tout ce qui avait été fait; car même alors il avait des amis secrets parmi les Maiar, qu'il avait convertis à sa cause, que ce soit dès l'accomplissement de l'Ainulindalë ou par après en Eä. De ceux-ci le principal, comme il fut connu plus tard, était Sauron, un grand artisan de la maison d'Aulë. Ainsi au loin dans les endroits obscurs d'Eä, où il s'était retiré, Melkor était plein d'une nouvelle haine, étant jaloux de l'œuvre de ses pairs, qu'il désirait assujettir à lui-même. Dès lors il avait rassemblé autour de lui des esprits des vides d'Ëa qui le servaient, jusqu'à ce qu'il s'estimât fort; et voyant à présent son heure, il se rapprocha à nouveau d'Arda; et il la regarda, et la beauté de la Terre en son Printemps l'emplit de surprise, mais parce qu'elle n'était pas sienne, il se résolut à la détruire.
§18 Ici apparaît à nouveau la femme de Tulkas, Lëa la Jeune, dans le texte tel que tapé et non par modification (voir sous le §3 ci-dessus), nommée à présent Lëa-vinya ("Lëa la Jeune") :
    Il est dit que lors de cette fête du Printemps d'Arda, Tulkas épousa Lëa-vinya, la plus belle des servantes de Yavanna, et que Vana la para de fleurs, qui s'ouvrirent alors pour la première fois; et elle dansa devant les Valar...
Sur la référence aux premières fleurs, voir sous le §15 ci-dessus.
§19 AAm* a "les Murs de Nuit" pour "les Murs de la Nuit", et idem au §23.
§20
    À présent Melkor commença le creusement et la construction d'une vaste forteresse profondément sous la Terre, [biffé : sous les racines de] loin de la lumière d'Illuin; et il éleva de grandes montagnes au-dessus de ses halls. Cette forteresse fut nommée Utumno la Profondément Cachée; et bien que les Valar n'en sussent pendant longtemps rien ...
En AAm, Utumno fut creusée "sous de sombres montagnes"; le nouveau texte, dans lequel Melkor éleva des montagnes au-dessus (comme Thangorodrim au-dessus d'Angband), a surgi au moment où il fut tapé.
§21 Là où AAm a "Et il assaillit les lumières d'Illuin et d'Ormal", AAm* a :
    Il descendit du nord comme une tempête noire, et il assaillit les lampes d'Illuin et d'Ormal.
§22 La conclusion de ce paragraphe en AAm, " eux qui devaient encore arriver en un moment qui était caché aux Valar", est omise en AAm*.
§23 Le mot "dieux" a été enlevé en AAm* pour les deux occurrences : au début du paragraphe "les dieux n'avaient plus de demeure" devient "ils n'avaient plus", et près de la fin "car les dieux y habitaient" devient "car les Serviteurs d'Ilúvatar y habitaient".
Le Pays d'Aman était "sur les frontières de l'ancien monde" (i.e. le monde avant le Cataclysme); "sur les frontières du monde" AAm. Le passage concernant le Taniquetil a été changé pour se lire ainsi :
    Mais au-dessus de toutes les montagnes des Pelóri était cette hauteur qui fut appelée Taniquetil Oiolossë, le pic étincelant, l’Eternelle Blancheur, sur le sommet de laquelle Manwë installa son trône, devant les portes des halls en dômes de Varda.
§25 Dans AAm, il est dit que "les Valar construisirent leur ville"; AAm* donne :
    ... au milieu de la plaine à l'ouest des Pelóri, Aulë et ses gens leur construisirent une belle cité. Cette ville ils nommèrent Valimar la Bénie.
Ceci réapparaît des Contes perdus; cf. I.77 : "Maintenant ai-je raconté et décrit les demeures de tous les grands Dieux qu’Aulë de son travail et de son métier éleva en Valinor." - Il s'agit de la première occurrence de la forme Valimar (idem dans les §§26 et 28 de ce texte).
§26 Après les mots "Mais Nienna pensa en silence, et arrosa le monticule de larmes", il y a une note de bas de page dans la nouvelle version :
    Car il est dit que même à la Musique Nienna ne prit qu'une petite part, mais écouta attentivement tout ce qu'elle entendit. Par conséquent, elle était riche en souvenirs, et prévoyante, percevant comment les thèmes devraient se déployer dans le Conte d'Arda. Mais elle avait peu de joie, et tout son amour était mélangé à de la pitié, éplorée en raison des blessures du monde et des choses qui échouaient à s'épanouir. Si grand était son chagrin, est-il dit, qu'elle ne put résister jusqu'à la fin de la Musique. Dès lors, elle n'a pas l'espoir de Manwë. Il voit plus loin; mais la Pitié est dans le cœur de Nienna.
Sur ce passage, voir p. 388 et note 2. L'affirmation ici selon laquelle Nienna "ne put résister jusqu'à la fin de la Musique", et que "dès lors, elle n'a pas l'espoir de Manwë", est très frappante; mais il n'est pas dit en quoi réside l'espoir de Manwë. Il peut peut-être être relevant de mentionner la note de bas de page de Pengoloð à l'Ainulindalë D, §19 (p. 31) :
    Et certains ont dit que la Vision s'était interrompue avant l'accomplissement de la Domination des Hommes et l'affaiblissement des Premiers Nés ; c'est pourquoi, bien que la Musique soit au-dessus de tout, les Valar n'ont pas vu de leurs yeux les Âges Tardifs, ou la fin du Monde.
§28 Pour "amassée dans de puissantes cuves", AAm* donne "amassée dans de profonds bassins".


*


Il reste à se pencher sur les quelques corrections faites au tapuscrit amanuensis d'AAm dans cette section d'ouverture, et celles (presque entièrement différentes) faites à la copie carbone. Ces changements étaient rapides, et occasionnels, en aucun sens une révision véritable de l'œuvre. Ils furent faits un certain temps après, que je suis incapable de définir; mais ils ont pour effet d'accorder l'ouverture d'AAm à la forme la plus tardive de l'autre tradition, découlant du chapitre I de QS, "Des Valar", et aboutissant finalement à l'œuvre courte et indépendante, le Valaquenta.
Sur la première copie du tapuscrit, il n'y eut pas que la section sur le Comput du Temps à être barrée (voir p. 64), mais également le récit résumé des Valar au commencement : une note sur la page de couverture du texte indique que les Annales doivent commencer à la Première Année des Valar en Arda (§11 [ici]). Mais des changements au crayon avaient été apportés aux §§1-4 avant ceci :
§1 "neuf chefs" > "sept chefs"; Ossë et Melkor ont été rayés de la liste. Sur le retrait d'Ossë, voir p. 91, §70.
§2 Le mot "aussi" ajouté dans "Les reines des Valar sont aussi sept"; Estë ajoutée, et Uinen retirée, de telle sorte que la liste devient "Varda, Yavanna, Nienna, Estë, Vairë, Vana, et Nessa".
§3 "Varda était la compagne de Manwë depuis le début" > "Varda était la compagne de Manwë depuis le début d'Arda".
"et Uinen, la dame des mers, est la compagne d'Ossë" a été rayé (une simple conséquence du fait qu'Ossë n'est plus compté parmi les "chefs").
"la sœur de Manwë et de Melkor" (à propos de Nienna) a été rayée.
"mais elle ne se rend pas aux conseils des Valar et n'est pas comptée parmi les dirigeants d'Arda, mais est la principale des Maiar" (à propos d'Estë) a été rayé (une conséquence du fait qu'Estë est maintenant inclue dans les "reines").
§4 "Et avec eux sont aussi comptés les Valarindi..." jusqu'à la fin du paragraphe a été rayé (voir ci-dessous).
§28 "de puissantes cuves" > "des sources brillantes" (cf. le changement fait en AAm*, p. 68).
Des changements assez différents furent apportés à la copie carbone de cette section sur les Valar. Au §3, "la femme d'Oromë" et "la femme de Tulkas" furent changés en "la compagne d'Oromë" et "la compagne de Tulkas"; "Nienna n'a pas d'époux" fut changé en "Nienna n'a pas de compagnon"; et en marge à côté de ces changements, mon père écrivit :
    Notez que "compagne" signifie seulement une "association". Les Valar n'avaient pas de corps, mais pouvaient revêtir des formes. Après l'arrivée des Eldar, ils utilisèrent le plus souvent des formes "humaines", quoique plus grandes (pas gigantesque) et plus magnifiques.
Au même moment, le passage concernant les Valarindi, les Enfants des Valar, à la fin du §4, fut rayé (tout comme sur la première copie), vu que cette note est l'affirmation la plus définitive qu'une telle conception était hors de question.
Quelques autres ajouts au crayon furent faits en des points subséquents de la copie carbone :
§20 À côté d'Utumno, il est écrit : "Utupnŭ √TUI ? recouvrir, cacher"; sur ceci, cf. AAm* §20 (p. 67) : "cette forteresse fut nommée Utumno la Profondément Cachée", et voir les Étymologies (V.394), racine TUB, où la forme originale du nom est donnée comme *Utubnu.
§23 Là où le mot "dieux" fut remplacé par "les Serviteurs d'Ilúvatar" en AAm* (p. 67), [Tolkien] le corrigea sur la copie carbone du tapuscrit en "les Immortels". À l'occurrence de "dieux" au début du paragraphe, il fit le même changement (en "ils") que dans AAm*.
§25 Après "un monticule vert" est ajouté Ezellohar; et en §26, Ezellohar remplace "ce Monticule vert".



Note :

* Cf. le texte (§7) : "neuf et demi et huit centièmes et un peu plus".
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3439
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 28 Avr 2006 16:44     Sujet du message: Répondre en citant

Deuxième section des Annales d'Aman



Ici commence un nouveau Comput dans la Lumière des Arbres

1*


§30 Pendant mille années des Arbres, les Valar vécurent dans la félicité de Valinor par delà les Montagnes d'Aman, et l'entièreté de la Terre du Milieu reposa dans un crépuscule sous les étoiles. Les Valar s'y rendaient rarement, excepté seulement Yavanna et Oromë; et Yavanna marchait souvent là-bas dans les ténèbres, chagrinée parce que toutes la croissance et les promesses du Printemps d'Arda étaient enrayées. Et elle plongea dans le sommeil beaucoup des belles choses qui s'étaient éveillées en ce Printemps, à la fois arbre et herbe et bête et oiseau, afin qu'ils ne vieillissent pas mais qu'ils attendissent le moment du réveil qui devait pourtant arriver. Mais Melkor demeurait en Utumno, et il ne dormait pas, mais observait, et œuvrait; et les choses maléfiques qu'il avait perverties marchaient au loin, et les forêts sombres et endormies étaient hantées de monstres et de formes de terreur. Et en Utumno il créa la race des démons que les Elfes nommèrent par après les Balrogs. Mais ceux-ci ne sortaient pas encore des portes d'Utumno, en raison de la vigilance d'Oromë.

§31 À présent Oromë aimait tendrement toutes les œuvres de Yavanna, et il répondait toujours présent à son appel. Et pour cette raison, et parce qu'il désirait de temps en temps chevaucher dans des forêts plus grandes et plus larges que les bois de Valinor, il venait souvent aussi en Terre du Milieu, et y allait chasser sous les étoiles. Alors son cheval blanc, Nahar, brillait comme l'argent parmi les ombres; et la terre endormie tremblait aux battements de ses sabots d'or. Et Oromë soufflait dans son puissant cor, après quoi les montagnes tremblaient, et les choses du mal s'enfuiyaient; mais Melkor tremblait en Utumno et n'osait pas se risquer à sortir. Car il est dit que comme sa malice croissait , ainsi que la force de sa haine, le cœur de Melkor faiblissait; et avec tout son savoir et sa puissance et ses nombreux servants, il devint lâche, ne livrant bataille qu'à ceux de faible force, tourmentant les faibles, et se fiant toujours à ses esclaves et créatures pour faire son travail maléfique. Pourtant toujours sa domination s'étendait vers le sud sur la Terre du Milieu, car alors même qu'Oromë disparaissait, les servants de Melkor s'assemblaient à nouveau; et la Terre était remplie d'ombres et de tromperie.

1000


§32 Il en vint à arriver que les Valar tinrent conseil, car ils devenaient préoccupés par les nouvelles que Yavanna et Oromë rapportaient des Terres extérieures. Et Yavanna parla devant les Valar, et prédit que l'arrivée des Enfants d'Ilúvatar se rapprochait, bien que l'heure et le lieu de cette arrivée ne fussent connus que d'Ilúvatar. Et Yavanna implora Manwë d'apporter la lumière à la Terre du Milieu, pour arrêter les maléfices de Melkor et pour le confort des Enfants; et Oromë et Tulkas parlèrent de même, étant impatients d'en découdre avec Utumno.

§33 Mais Mandos parla et dit que, bien que l'arrivée fût préparée, elle ne devait pas avoir lieu avant plusieurs années; et que les Aînés des Enfants devaient arriver dans l'obscurité et poser d'abord le regard sur les Etoiles. Car ainsi cela était-il prescrit.

§34 Alors Varda quitta le conseil, et elle regarda vers l'extérieur depuis la hauteur du Taniquetil, et considéra l'obscurité de la Terre sous les étoiles innombrables, pâles et lointaines. Ensuite elle commença un grand labeur, la plus grande de toutes les œuvres des Valar depuis leur arrivée en Arda.

1000-1050


§35 À présent Varda prit de la lumière qui était produite par Telperion et était conservée en Valinor, et elle créa des étoiles plus nouvelles et plus brillantes. Et nombre des anciennes étoiles elle réunit et disposa en tant que signes dans les cieux d'Arda. Le plus grand d'entre eux était Menelmakar, l'Épéiste du Ciel. Ceci, est-il dit, était un signe de Túrin Turambar, qui devait venir au monde, et un signe avant-coureur de la Dernière Bataille qui aura lieu à la fin des Jours.

1050


§36 En dernier Varda créa le signe d'étoiles brillantes qui est appelé la Valakirka, la Faucille des Dieux, et ceci elle le fixa vers le nord, comme une menace sur Utumno et une marque du destin de Melkor.

§37 En cette heure, est-il dit, les Quendi, les Enfants Aînés d'Ilúvatar, s'éveillèrent : ceux-ci, les Hommes les ont appelés les Elfes, et par bien d'autres noms. Auprès des Eaux de l'Éveil, Kuiviénen, il se levèrent du sommeil d'Ilúvatar et leurs yeux virent en tout premier les étoiles du ciel. Par conséquent, ils ont toujours aimé la lumière des étoiles, et ont révéré Varda Elentárië parmi tous les Valar.

§38 Avec les changements du monde, les contours des terres et des mers ont été brisés et redessinés; des rivières n'ont pas conservé leurs cours, de même des montagnes ne sont pas restées inébranlables; et vers Kuiviénen, il n'y a pas de retour. Mais on dit parmi les Quendi qu'il se trouvait très loin en Terre du Milieu, à l'est d'Endon (qui en est le point central), et vers le nord; et il s'agissait d'une baie sur la Mer intérieure d'Helkar. Et cette mer se situait là où jadis furent les racines de la montagne d'Illuin avant que Melkor ne la renversât. De nombreux cours coulaient de ces hauteurs dans l'est, et le premier son qui fut perçu par les oreilles des Elfes fut le son de l'eau qui coulait, et le son de l'eau tombant sur la pierre.

§39 Longtemps les Quendi vécurent-ils en leur première patrie près des eaux sous les étoiles, et ils marchaient sur la Terre avec émerveillement; et ils commencèrent à parler et à donner des noms à toutes les choses qu'ils percevaient. Et ils se nommèrent les Quendi, signifiant ceux qui parlent avec des voix; car jusqu'alors, ils n'avaient encore rencontré aucune autre créature parlante ou chantante.

§40 À cette époque également, dit-on, Melian, la plus belle des Maiar, désirant regarder les étoiles, grimpa sur le Taniquetil, et soudainement elle désira voir la Terre du Milieu, et elle quitta Valinor et marcha dans la pénombre.

1085


§41 Et lorsque les Elfes eurent vécu dans le monde trente-cinq Années des Valar (ce qui équivaut à trois cent trente-cinq de nos années), il arriva par chance qu'Oromë chevaucha vers Endon au cours de sa chasse, et il obliqua au nord par les rives d'Helkar et passa sous les ombres des Orokarni, les Montagnes de l'Est. Et tout à coup Nahar poussa un grand hennissement et s'arrêta ensuite. Et Oromë s'interrogea et s'assit en silence, et il lui sembla que dans le calme de la terre sous les étoiles, il entendit au loin de nombreuses voix chantant.

§42 Ainsi advint-il que les Valar trouvèrent enfin, comme si c'était par chance, ceux qu'ils avaient si longtemps attendus. Et quand Oromë les regarda, il s'emplit d'émerveillement, comme s'ils étaient des choses imprévues et inimaginées; et il aima les Quendi, et les nomma les Eldar, le peuple des étoiles.

La page originale manuscrite a été interpolée en cet endroit, un passage étant écrit dans la marge comme suit:
    Pourtant, par des connaissances ultérieures, les savants disent tristement qu'Oromë ne fut pas, probablement, le premier des Grands à regarder les Elfes. Car Melkor était sur ses gardes, et ses espions étaient nombreux. Et on pense que, cachés à proximité, ses servants dévoyèrent certains Quendi qui s'étaient aventurés au loin, et qu'ils les emmenèrent en captivité à Utumno, et les y asservirent. De ces esclaves, considère-t-on, provinrent les Orkor qui furent par après les principaux ennemis des Eldar. Et les mensonges de Melkor se propagèrent rapidement, de telle sorte que des murmures furent entendu parmi les Quendi, les avertissant que si quiconque de leur espèce disparaissait dans les ombres et n'était plus revu, ils devaient se méfier d'un chasseur cruel, car c'était lui qui les emmenait pour les dévorer. Ce fut en conséquence de ceci qu'à l'approche d'Oromë, de nombreux Quendi fuirent et se cachèrent.
Le texte original continue alors, avec une nouvelle date 1086, "Rapidement Oromë chevaucha-t-il vers Valinor et apporta-t-il des nouvelles aux Valar" (voir le §46 ci-dessous). Mais le passage interpolé juste donné fut subséquemment remplacé sur une nouvelle page par le long et important passage suivant des §§43-5 (trouvé tapé dans le tapuscrit) :


§43 Pourtant de nombreux Quendi furent effrayés par sa venue. C'était le fait de Melkor. Car par des connaissances ultérieures, les savants disent que Melkor, toujours à l'affût, fut le premier au courant de l'éveil des Quendi, et envoya des ombres et des esprits maléfiques les surveiller et les attaquer. Ainsi arrivait-il, quelques années avant l'arrivée d'Oromë, que si des Elfes erraient au loin, seuls ou en petit groupe, ils disparaissaient souvent et ne revenaient jamais; et les Quendi disaient que le Chasseur les avait attrapés, et ils avaient peur. Pourtant, dans les plus anciens chants de notre peuple, dont certains échos sont encore préservés dans l'Ouest, nous entendons parler des formes d'ombres qui marchaient dans les collines autour de Kuiviénen, ou qui passaient soudainement sur les étoiles; et du Cavalier noir sur son cheval sauvage qui poursuivait ceux qui se promenaient, pour les prendre et les dévorer. Maintenant, Melkor haïssait et craignait les chevauchées d'Oromë, et soit il envoya vraiment ses sombres serviteurs comme cavaliers, soit il propagea des rumeurs mensongères, dans l'objectif que les Quendi évitassent Oromë, si par chance ils se rencontraient.

§44 Ainsi en était-il que, lorsque Nahar hennit et qu'Oromë vint en effet parmi eux, certains des Quendi se cachèrent, et certains fuirent et s'égarèrent. Mais ceux qui eurent le courage de rester perçurent rapidement que le Grand Cavalier était noble et beau et non une forme des Ténèbres; car la Lumière d'Aman couvrait son visage, et tous les plus nobles des Quendi se tournèrent vers lui.

§45 Mais de ces malheureux qui furent pris au piège par Melkor, peu est su de manière certaine. Car qui des vivants est descendu dans les puits d'Utumno, ou a exploré les ténèbres des pensées de Melkor ? Pourtant ceci est tenu pour vrai par les sages d'Eressëa : que tous ceux des Quendi qui tombèrent dans les mains de Melkor, avant qu'Utumno ne fût détruit, furent jetés en prison, et par de lents artifices de cruauté et de méchanceté, furent corrompus et asservis. Ainsi Melkor produisit-il l'hideuse race des Orkor par envie et moquerie des Eldar, dont ils devinrent par après les ennemis les plus acharnés. Car les Orkor avaient la vie et se multipliaient à la manière des Enfants d'Ilúvatar; et nulle chose ayant une vie propre, ni une semblance de vie propre, ne pouvait être créée par Melkor depuis sa rébellion lors de l'Ainulindalë avant le Commencement : ainsi disent les sages. Et loin en leurs sombres cœurs, les Orkor haïssaient le Maître qu'ils servaient par crainte, le créateur seulement de leurs souffrances. Ceci fut peut-être l'acte le plus vil de Melkor et le plus vil envers Eru.

1086


§46 Oromë s'attarda un temps parmi les Quendi, et ensuite il chevaucha rapidement jusqu'en Valinor et apporta les nouvelles aux Valar. Et il parla des ombres qui troublaient Kuiviénen. Alors les Valar tinrent conseil et débattirent longuement de ce qui était le mieux à faire pour la garde des Quendi; mais Oromë retourna aussitôt en Terre du Milieu et demeura parmi les Elfes.

1090


§47 Manwë resta longtemps assis, pensif, sur le Taniquetil, et il se résolut enfin à faire la guerre à Melkor, bien qu'Arda pût pourtant recevoir plus de blessures de cette lutte. Pour la première fois, dès lors, les Valar assaillirent Melkor, et non lui les Valar, et ils partirent en guerre dans toute leur puissance, et ils le défirent en fin de compte. Ils le firent au nom des Elfes, et Melkor le savait bien, et il ne l'oublia point.

1090-1092


§48 Melkor fit face à l'assaut des Valar au nord-ouest de la Terre du Milieu, et toute cette région fut grandement brisée. Mais cette première victoire des armées de l'Ouest fut rapide et facile, et les serviteurs de Melkor s'enfuirent devant elles en Utumno. Alors les Valar marchèrent sur la Terre du Milieu, et mirent en place une garde autour de Kuiviénen; et par la suite les Quendi ne surent rien de la Grande Guerre des Dieux, excepté que la Terre trembla et gémit sous eux, et que les eaux furent agitées; et au nord il y eut des lumières pareilles à de puissants feux. Mais après deux ans, les Valar passèrent à l'extrême-nord et commencèrent le long siège d'Utumno.

1092-1100


§49 Ce siège fut long et pénible, et de nombreuses batailles prirent place devant ses portes dont rien si ce n'est la rumeur n'est connu des Quendi. La Terre du Milieu fut gravement secouée en cette époque, et la Grande Mer qui la séparait d'Aman s'élargit et s'approfondit. Et les terres du lointain Nord devinrent désolées en ces jours, et le sont toujours restées depuis; car là fut excessivement profondément creusée Utumno, et ses puits et cavernes descendaient très loin sous la terre, et ils étaient remplis de feux et de grandes armées de serviteurs de Melkor.

1099


§50 Il arriva qu'enfin les portes d'Utumno furent enfoncées et ses halls mis à jour, et que Melkor se réfugiât dans le dernier puits. De là, voyant que tout était perdu (en cet instant), il envoya soudainement une armée de Balrogs, les derniers de ses serviteurs survivant, et ils assaillirent l'étendard de Manwë, comme s'il s'agissait d'une marée de feu. Mais ils s'évanouirent dans le vent de sa colère et furent tués par l'éclat de sa lame; et Melkor se retrouva enfin seul. Alors, vu qu'il était seul contre beaucoup, Tulkas s'avança en tant que champion des Valar et lutta avec lui et lui fit mordre la poussière, et le lia avec la chaîne Angainor. Ainsi se termina la première guerre de l'Ouest et du Nord.


Note :

* Écrit au crayon au côté du "1" figure "YT" ("Year of the Trees" [NdTr : "Année des Arbres]), et aussi "YV 3501" (i.e. "Year of the Valar" [NdTr : "Année des Valar"]) - les dates "YT" furent souvent modifiées sur le manuscrit, et en certains endroits il est difficile d'interpréter les changements; je donne uniquement les formes finales (voir p. 47-8).


Commentaires sur la deuxième section des Annales d'Aman


(Il n'y a pas de notes de texte sur cette section du texte.) Dans la portion donnée ci-dessus, les Annales d'Aman correspondent à l'ouverture du chapitre 3 La venue des Elfes dans l'autre tradition ou tradition "Silmarillion" (QS §§18-21, V.211-13). Contemporaine (plus ou moins) à la rédaction des Annales d'Aman était la révision majeure du Quenta Silmarillion, mais ici la comparaison doit visiblement se restreindre au texte pré-Seigneur des Anneaux, ainsi qu'aux AV2, annales 1000-1090 des Années des Valar (V.111-12).

§30 Dans AAm apparaît à présent la mise en place par Yavanna d'un sommeil sur les choses vivantes qui s'étaient éveillées lors du Printemps d'Arda, dont il n'y a pas de trace en QS (ou dans les réécritures ultérieures).
La création des Balrogs est ensuite mentionnée; et tandis que en AAm (§17), le passage sur l'"armée" de Melkor, des esprits "des vides d'Ëa" et "des amis secrets et des espions parmi les Maiar", est plus complet que dans l'autre tradition à n'importe quelle étape, les Balrogs sont toujours fermement déclarés être des démons de sa propre création, et en outre avoir été créé en Utumno en cette époque. Sur la conception des Balrogs en AAm, voir plus loin §§42-5, 50 de ce commentaire, et en particulier p. 79, §30.
§31 Que le cheval d'Oromë soit blanc et ferré d'or est mentionné en QS (§24) et Q (§2), mais c'est la première apparition du nom du cheval, Nahar. Oromë est ici représenté en tant qu'une présence de garde en Terre du Milieu, à un tel point que même les Balrogs ne sortaient pas d'Utumno à cause de lui (§30); cf. AV 2 (V.111) "Morgoth reculait face à son cor".
§§34-6 Au sujet des deux créations d'étoiles, voir p. 61, §24. On trouve ici la remarquable affirmation que Menelmakar (Orion) était "un signe de Túrin Turambar, qui devait venir au monde, et un signe avant-coureur de la Dernière Bataille qui aura lieu à la fin des Jours." Il s'agit d'une référence à la Seconde Prophétie de Mandos (dans le Quenta, IV.165) :
    Alors se déroulera sur les terres de Valinor la Dernière Bataille. En ce jour, Tulkas combattra Melko, et à sa droite sera Fionwë, et à sa gauche sera Túrin Turambar, fils de Húrin, Conquérant du Destin, de retour des Cavernes de Mandos; et l'épée noire de Túrin apportera à Melko sa mort et sa fin définitive; et ainsi les Enfants de Húrin et de tous les Hommes seront-ils vengés.
Le nom quenya Menelmacar est mentionné dans l'appendice E (I) du Seigneur des Anneaux; dans La Communauté de l'Anneau apparaît la forme sindarine : "l'Épéiste du Ciel, Menelvagor à la brillante ceinture".
§37 Que les Elfes s'éveillèrent au premier éclat de la Faucille des Dieux est mentionné en AV 2 (V.111); "à l'éclosion des premières étoiles" QS §20.
§38 La référence au site de Kuiviénen est intéressante. À ce sujet, il n'est dit dans l'autre tradition rien d'autre qu'il se situait "à l'est de la Terre du Milieu" (QS §20, préservé dans les textes ultérieurs). En AAm, Kuiviénen se situe au nord-est d'Endon, le point central. Dans la liste des noms accompagnant l'Ambarkanta (IV.241) apparaît "ambar-endya ou la Terre du Milieu dont Endor est le point central", et Endor est inscrit au milieu de la terre centrale dans les diagrammes de l'Ambarkanta (IV.243, 245) - sur la carte (IV.248-9), il est inscrit en tant que point : "Endor milieu de la Terre", et ici il a été corrigé en Endon, la forme dans le présent passage d'AAm, bien que par après rechangé en Endor (de la même manière sur le tapuscrit d'AAm, mon père corrigea Endon en Endor ici et dans le §41). Voir IV.254-5.
En AAm, Kuiviénen était "une baie sur la Mer intérieure d'Helkar", en QS, c'est "le lac éclairé par les étoiles" (et aussi en Q), qui a été retenu dans les textes ultérieurs. Sur la carte de l'Ambarkanta, il est indiqué au nord-est d'Endor (Endon), et est marqué sur le côté oriental de la Mer d'Helkar; dans le texte, il est "près des eaux d'Helkar" (IV.239). Il n'est pas clair que ces affirmations relèvent d'une conception identique. Ici en AAm se trouve la première référence à la Mer d'Helkar (formée après la chute de la Lampe septentrionale) depuis l'Ambarkanta - dans le texte duquel la Lampe elle-même est appelée Helkar; voir IV.256.
§39 Cf. QS §20 : "Pendant un temps, [Oromë] demeura avec eux, et leur enseigna la langue des Dieux, d'après laquelle ils créèrent par après la belle langue elfe", et le Lhammas (V.168) : "D'[Oromë] ils apprirent selon le