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Les Aratars Forum créé par les Gremlin's
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Eru
Modérateur des TdM


Sexe: Inscrit le: 27 Jan 2006 Messages: 642 Localisation: Partout, comme il se doit
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Posté le: 19 Juil 2007 18:46 Sujet du message: [Traduction - HoMe XI] Les Errances de Húrin |
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I
LES ERRANCES DE HÚRIN
Dans Les Errances de Húrin ("EH"), il ne convient pas d'user de paragraphes numérotés, et le commentaire (pp.298 et s.) correspond ici aux notes numérotées du texte.
Le récit le plus ancien sur Húrin, après sa libération par Morgoth, se trouve dans le Conte de Turambar ([HoMe] II, pp.112-15, 135-6), qui mène à celui figurant dans l'Esquisse de la Mythologie ([HoMe] IV, p.32) et dans le Q ([HoMe] IV, p.132) ; voir également les AB 1 et les AB 2 ([HoMe] IV, p.306, [HoMe] V, p.141). Il n'est pas nécessaire ici de mentionner celles-ci en quelques termes que ce soit, puisqu'il n'y est aucunement suggéré que Húrin soit retourné en Hithlum (ou qu'il se soit rendu à Brethil) avant d'arriver à Nargothrond.
J'ai décrit (p.103) comment le manuscrit des Annales Grises (AG) s'interrompt de manière étrangement abrupte, au pied d'une page, et dit qu'il "m'a toujours semblé étrange que mon père eut abandonné les Annales Grises là où il le fit, sans au moins noter l'inscription qui était gravée sur la pierre". Quelque temps plus tard (voir ibid.) il porta grossièrement sur le manuscrit l'inscription se trouvant sur la pierre, ainsi que les mots de conclusion du conte, tirés de la dernière partie du Narn (NE).
L'explication en devint simple quand je découvris, mal rangées parmi des documents divers, des pages manuscrites qui constituent de manière très évidente la suite des Annales Grises (la première de ces pages porte en effet un numéro consécutif à celui de la dernière page du manuscrit principal) ; il est clair que cette suite avait déjà été égarée du temps de mon père. La conclusion originelle était en fait exactement la même que dans l'ajout qui fut fait aux AG au moment où il supposa que la fin originelle était perdue, si ce n'est que le titre de l'œuvre était alors Glaer nia Chîn Húrin, comme dans le NE (p.160, §349). Mon père ajouta par la suite les mots "et qui fut écrit par les Hommes", comme dans la conclusion ajoutée aux AG (p.103), et, plus tard encore, il changea le titre en Narn i Chîn Húrin, ainsi qu'il le fit dans le NE.
Le texte "égaré" s'interrompait là, en ce qui concerne l'écriture peu changeante du manuscrit principal, mais il se poursuivait alors sur la même page, dans une encre et une écriture différentes avec, à côté de l'entrée suivante, la date 500 écrite et enlevée par deux fois.
Certains disent qu'un jour Morwen, dans sa folle errance, arriva à cette pierre et la lut, puis mourut, bien que par chance elle ne comprît pas le conte qu'elle portait, et qu'en cela elle se trouvât moins tourmentée que Húrin. Car tout ce que Morgoth savait des effets de sa malédiction, Húrin le savait également ; mais mensonges et malice se mêlaient à la vérité, et celui qui voit à travers les yeux de Morgoth, qu'il le veuille ou non, voit toutes les choses déformées. [ Ecrit plus tard dans la marge : Un destin quelconque doit être imaginé pour Morwen. Morwen et Húrin se sont-ils rencontrés de nouveau ?] 1
A cet endroit l'encre et, à un degré moindre, le style de l'écriture, changent de nouveau. La narration suivante est le premier récit de la libération de Húrin depuis le Quenta de 1930.
500 Morgoth s'efforça particulièrement de recouvrir d'une lumière noire tout ce que Thingol et Melian avaient réalisé (car il les haïssait et les craignait énormément) ; et quand enfin il estima que le temps était venu, au cours de l'année qui suivit la mort de ses enfants, il libéra Húrin de sa captivité et le laissa partir où bon lui semblait. Il feignit d'agir ainsi par générosité envers un ennemi vaincu, mais en vérité son dessein était que Húrin favorisât sa malice. Et bien que Húrin n'accordât que peu de confiance à tout ce que Morgoth pouvait dire ou faire, il partit affligé, aigri par les mensonges du Seigneur Sombre.
Vingt-huit ans Húrin fut-il emprisonné en Angband, et à sa libération il était dans sa soixantième année, 2 mais grande était encore la force qui se trouvait en lui, malgré le poids de son affliction, car cela correspondait au dessein de Morgoth qu'il en fût ainsi. Il fut envoyé sous escorte jusqu'aux marches orientales de Hithlum, et là on le laissa partir librement.
Qui l'aurait connu [dans] sa jeunesse ne pouvait toutefois se méprendre sur lui, bien qu'il fût devenu effrayant à regarder : ses cheveux et sa barbe étaient blancs et longs, mais il y avait une lueur cruelle dans ses yeux. Il marchait droitement, et pourtant il tenait un grand bâton noir ; mais il portait une épée à la ceinture. Un grand émerveillement et une grande peur frappèrent le pays quand le bruit courut, en Hithlum, que le Seigneur Húrin était revenu. Les Orientaux étaient décontenancés, craignant que leur Maître puisse de nouveau se montrer déloyal et qu'il rende le pays aux Occidentaux, et qu'ils puissent à leur tour être réduits en l'esclavage. Car les guetteurs avaient rapporté que Húrin était ressorti d'Angband.
"Il y a eu une grande chevauchée," dirent-ils, "des soldats noirs du Thangorodrim à travers l'Anfauglith, et avec eux venait cet homme, comme quelqu'un tenu en honneur."
Par conséquent les chefs des Orientaux n'osèrent pas poser les mains sur Húrin, et le laissèrent aller à sa guise. Ce en quoi ils furent sages ; car le restant de son propre peuple le rejeta, puisqu'il arrivait d'Angband comme quelqu'un qui serait ligué avec Morgoth et tenu par lui en honneur ; et en effet tous les prisonniers évadés étaient suspectés d'espionnage et de tromperie durant ces jours, comme il a été relaté. Ainsi la liberté ne fit qu'accroître l'amertume du cœur de Húrin ; car quand bien même l'aurait-il souhaité, il ne pouvait soulever aucune rébellion contre les nouveaux seigneurs du pays. Et tout ce qu'il rassembla comme suite était une petite compagnie d'hommes errants ou de hors-la-loi qui se tapissaient dans les collines ; mais ils n'avaient effectué aucune action d'importance contre les Envahisseurs depuis le passage de Túrin, quelques cinq années plus tôt.
Húrin apprit alors des hors-la-loi le récit véridique des actes de Túrin dans la demeure de Brodda ; et il regarda Asgon 3 et ses hommes, puis dit : "Les Hommes ont changé ici. Dans l'esclavage ils se sont découverts des cœurs d'esclaves. Je ne désire plus être un seigneur parmi eux, ni ailleurs en Terre du Milieu. Je quitterai ce pays et errerai seul, à moins que d'aucuns parmi vous ne m'accompagnent, pour trouver ce que nous pourrons. Car désormais je n'ai plus de but, sauf si l'opportunité se présente à moi de venger les préjudices subis par mon fils."
Asgorn 4 et six autres désespérés voulurent partir avec lui ; et Húrin les conduisit jusqu'aux salles de Lorgan, qui se nommait toujours lui-même Seigneur de Hithlum. Lorgan eut vent de leur arrivée et prit peur, et il rassembla d'autres chefs dans sa maison, ainsi que leurs hommes, pour se défendre. Mais Húrin, arrivant aux portes, observa les Esterons 5 avec mépris [NdT : en anglais Eastrons ; comme il peut être vu dans la note reliée, il s'agit ici de la première apparition de ce mot, le terme par ailleurs utilisé étant Easterlings "Orientaux". Il existe en français un autre terme qui est "Levantins", mais qui est historiquement et géographiquement trop connoté pour être utilisé ici].
"N'ayez crainte !" dit-il. "Je n'aurais nécessité aucun compagnon, si j'étais venu vous combattre. Je suis seulement venu prendre congé du seigneur du pays. Je n'ai plus de goût pour ce dernier, depuis que vous l'avez souillé. Tenez-le tant que vous le pouvez, jusqu'à ce que votre Maître vous renvoie aux corvées d'esclaves qui vous siéent mieux."
Alors Lorgan ne fut pas mécontent de penser qu'il serait aussi vite et aussi facilement débarrassé de sa crainte de Húrin, sans se mettre en travers de la volonté d'Angband ; et il s'avança.
"Comme vous voulez, mon ami," dit-il. "Je ne vous ai causé aucun tort, et je vous ai laissé faire, et de ceci j'ai espoir que vous ferez un récit véridique, si vous retournez au Maître."
Húrin lui jeta un regard de colère. "Ne me donne pas de l'ami, esclave et bouseux !" dit-il. "Et ne crois pas les mensonges que j'ai entendus : que je sois jamais entré au service de l'Ennemi. Un Adan je suis et je reste, et il n'y aura jamais d'amitié entre les miens et les tiens."
Alors, entendant qu'en fin de compte Húrin n'avait pas la faveur de Morgoth, ou qu'il l'avait abjurée, nombre des hommes de Lorgan tirèrent leur épée pour en finir avec lui. Mais Lorgan les retint ; car il était prudent, et plus rusé et malfaisant que les autres, et par conséquent plus prompt à deviner les desseins du Maître.
"Pars donc, barbe grise, vers ta mauvaise fortune," dit-il. "Car c'est là ton destin. Tous les actes de ceux de votre espèce ne sont que folie, violence et autodestruction. Que le sort te soit néfaste !"
" Tôl acharn !" dit Húrin. "La vengeance arrive. Je ne suis pas le dernier des Edain, que le sort me soit néfaste ou bien propice." Et là-dessus il partit, et quitta le pays de Hithlum.
501 Aucun conte ne narre les errances de Húrin, jusqu'à ce qu'il gagnât enfin Nargothrond, vers la fin de cette année. Il est dit qu'il avait alors rassemblé autour de lui d'autres fugitifs et sans maîtres dans les terres sauvages, et qu'il arriva dans le sud accompagné de cent hommes ou plus. Mais la raison pour laquelle il se rendit à Nargothrond n'est pas certaine, si ce n'est que son destin et le sort des Joyaux l'avaient conduit là. Certains ont dit que
A cet endroit, la "suite perdue" des Annales Grises s'interrompt, au pied d'une page ; mais on trouve une page supplémentaire, rédigée avec une écriture totalement différente (une écriture rapide en italiques que mon père utilisa fréquemment dans la période postérieure à la publication du Seigneur des Anneaux), qui fait clairement le lien avec la phrase abandonnée, "Certains ont dit que". Avec la première extension des Annales, celle concernant Morwen (pp.251-2), et ensuite le récit narrant le retour de Húrin en Hithlum, cette page constitue un lien complémentaire et final dans la série d'ajouts qui furent effectués à des intervalles dont la durée ne peut être déterminée.
[Certains ont dit que] il ne savait peut-être pas que Glaurung était mort, et qu'il espérait, dans son cœur à la dérive, se venger de cette chose maléfique - car Morgoth voulait celer la mort de Glaurung, s'il le pouvait, car sa perte était à la fois un grief pour lui et une blessure faite à son orgueil, et parce qu'il voulait taire (en particulier à Húrin) tout ce qu'il y avait eu de plus vaillant et de plus triomphant dans les actes de Túrin. Pourtant ce peut difficilement être le cas, 6 la mort de Glaurung étant si étroitement liée à la mort de ses enfants et à la révélation de leur funeste situation ; alors que la rumeur de l'attaque de Glaurung sur Brethil s'était répandue un peu partout. Morgoth avait certainement confiné les hommes en Hithlum, comme il était en son pouvoir de le faire, et peu de nouvelles leur parvinrent de ce qui se passait dans d'autres régions ; mais dès que Húrin passa au sud ou croisa dans les terres sauvages quelque vagabond que ce fût, il entendit des récits sur la bataille du ravin du Taiglin.
Il semble plutôt qu'il ait été conduit là-bas par la recherche de nouvelles concernant Túrin ; il ne s'était pas encore rendu à Brethil, ni en Doriath.
Il partit d'abord à la recherche d'un chemin d'accès à Gondolin, et de l'amitié de Turgon (laquelle aurait été grande en vérité) ; mais il ne le trouva pas. Son destin s'y opposait (car la malédiction de Morgoth était toujours et encore sur lui) ; et en outre, depuis Nírnaeth, Turgon avait usé de tout son art pour dissimuler son royaume. Ce fut alors que Húrin, trouvant
Ici le texte s'interrompt brutalement ; mais sur la même page, et clairement à la même époque, mon père rédigea ce qui suit :
Húrin part chercher Gondolin. Echoue. Passe par Brethil, et son angoisse s'accroît. Ils ne l'admettront pas – disant que les Halethrim ne veulent plus être pris dans l'ombre qui repose sur sa famille. Mais Ë ^ [? nouveau] Seigneur 7 donne le heaume du dragon à Húrin. Son cœur brûle à l'encontre de Thingol. Il le passe [Doriath] et poursuit vers Nargothrond. Pourquoi ? Pour rechercher des nouvelles, pillage, – il admirait Felagund.
Des nouvelles de la chute de Nargothrond parvinrent aux fils de Fëanor ; et affligèrent Maeðros, mais ne déplurent pas toutes à Celeg[orn] et Curufin. Mais quand ils entendirent les nouvelles de la chute du dragon, beaucoup alors s'interrogèrent au sujet de son trésor, et qui était le maître ? Quelque seigneur Orc, pensaient les hommes. Mais les Nains de [ sic] Comment Mîm le trouva-t-il ? Il doit appartenir à une race différente. 8
Ces deux bouts de texte, plus particulièrement le dernier, sont simplement une consignation d'idées émergentes. Dans le premier se trouve ce qui est probablement la référence la plus ancienne à l'histoire selon laquelle Húrin rechercha l'entrée de Gondolin, mais ne la trouva pas. Dans le second, apparaît une nouvelle articulation de l'histoire, orale, du Heaume du Dragon, de même qu'un autre détail nouveau (l'admiration de Húrin pour Felagund, et l'effet des nouvelles de la chute de Nargothrond sur les fils de Fëanor) ; et l'on voit pour la première fois évoquée une histoire sur les aventures de Húrin à Brethil, avant qu'il ne parte pour Nargothrond.
Avant d'en arriver à l'histoire totalement finalisée de Húrin à Brethil, il reste un autre texte à prendre en considération. Quand mon père se consacra à son dernier travail sur le Narn i Chîn Húrin, il réalisa plusieurs synopsis de la trame de l'histoire, présentés sous forme d'annales. Ces textes, dans une large part, ne sont pas pertinents ici puisqu'ils se réfèrent en premier lieu à l'histoire évolutive de Túrin ; mais l'un d'eux, qui commence avec la naissance de Túrin, se poursuit au-delà de sa mort et rapporte, même si très succinctement, l'histoire de Húrin après sa libération par Morgoth.
Je donne ici la conclusion de ce texte (certainement quelque peu plus tardif qu'aucun écrit présenté jusqu'ici dans la Troisième Partie), le reprenant un peu avant la mort de Túrin, puisqu'il y a nombre de détails intéressants dans les annales 490-9 qui renvoient aux récits donnés dans le NE et dans les AG. Le texte fut écrit de manière lisible mais très hâtive.
Túrin devient un grand capitaine à Nargothrond, sous le nom de Iarwaeth, et est appelé Mormegil "Epée Noire". [ Modifié plus tard pour se lire : Túrin devient un grand capitaine à Nargothrond. Il dit seulement qu'il avait été seigneur de Cúarthol, et se présente sous le nom de Thuringud, l'Ennemi Caché ; mais il est appelé Mormegil, "Epée Noire".
Gwindor révèle son vrai nom à Finduilas, et Túrin est en colère. 9
494 Morgoth amène les Esterons à haïr plus encore les Elfes et les Edain, et envoie des Orcs pour les aider et les motiver. Lorgan, entendant parler de la beauté de Niënor, est avide de la prendre de force. Morwen et Niënor fuient le pays et arrivent à Doriath. Elles cherchent des nouvelles de Túrin. 10
495 Tuor s'échappe de Hithlum par Cirith Ninniach et arrive à Nivrost. Il rencontre Gelmir et Arminas. Ulmo lui rend visite sur les rivages près du Mont Taras, et lui envoie Voronwë. Tuor et Voronwë partent à la recherche de Gondolin, qu'ils gagnent en hiver. L'hiver 495-6 est l'Hiver Cruel, avec du gel et de la neige de novembre à mars (5 mois).
Gelmir et Arminas arrivent à Nargothrond et mettent en garde contre des forces se rassemblant dans le Pays Etroit et sous l'Eryd-wethian [ sic]. Ils sont rejetés par Túrin.
Handir de Brethil tué dans une bataille avec les Orcs aux Gués du Taeglin [ sic]. Son fils Brandir le boiteux est choisi comme Chef, bien qu'un certain nombre aurait préféré ses cousins Hunthor ou Hardang.
Túrin et Orodreth défaits dans la Bataille de Tum-halad par la terreur provoquée par Glaurung. Gwindor tué également. Glaurung dévaste Nargothrond, et trompe Túrin.
Túrin rompt sa parole à Gwindor de tenter de sauver Finduilas, qui est enlevée. Au lieu de cela, sous le sortilège de Glaurung, il se rend à Dorlómin pour chercher Morwen et Niënor.
Finduilas est tuée par les Orcs près des Gués du Taeglin, et ensevelie par les Hommes de Brethil à Haudh-en-Elleth.
Tuor voit Túrin près des lieux dévastés d'Eithil Ivrin, mais ne sait pas qui il est.
Glaurung prend possession de Nargothrond. 11
496 Tôt dans l'année, Túrin arrive à Dorlómin. Il tue Brodda dans son palais. Mort de Sador. Túrin s'enfuit avec Asgon et d'autres Edain hors-la-loi vers les Montagnes, et alors quitte Dorlómin de lui-même. Il arrive en fin de compte à Brethil et apprend le sort réservé à Finduilas.
Morwen et Niënor arrivent à Nargothrond, mais leur escorte (conduite par Mablung) est dispersée, et Morwen se perd dans les terres sauvages, mais Niënor est ensorcelée par Glaurung, et perd la mémoire, et se précipite dans les terres sauvages.
Niënor arrive à Brethil, et est nommée Níniel. 12
496- Sous le nom de Turambar, Túrin devient le plus grand guerrier de Brethil, et les hommes ne prêtent aucune attention à Brandir. Brandir tombe amoureux de Níniel, mais elle aime Turambar.
497 Dior le Semi-Elfe épouse Lindis d'Ossiriand. 13
498 Túrin épouse Níniel (à l'automne). 14
499 Glaurung attaque Brethil. Túrin part à son encontre avec Hunthor et Dorlas. Le cœur de Dorlas faillit et il les abandonne. Hunthor est tué par une pierre qui tombe. Túrin tue Glaurung. Avant de mourir, Glaurung révèle à Túrin et à Niënor qui ils sont. Túrin tue Brandir. Niënor se jette dans le Taeglin. [ Ce qui suit est constitué d'ajouts isolés au texte :] Túrin tue Brandir et s'ôte la vie. / Les hommes de Brethil érigent la Talbor ou Pierre Dr[essée] à leur mémoire. / Mîm arrive à Nargothrond et prend possession du trésor. 15
500 Naissance d'Elrún et d'Eldún, fils jumeaux de Dior.
Morgoth relâche Húrin. Húrin se rend en Hithlum. 16
501 Húrin quitte Hithlum et, accompagné d'Asgon et de six hommes, descend dans le Pays Etroit.
Húrin abandonne ses compagnons et cherche en vain une entrée vers Gondolin, mais les espions de Morgoth apprennent ainsi dans quelle région elle est située.
Húrin arrive à la Pierre et trouve là Morwen, qui meurt. Húrin est jeté en prison par Hardang, le Chef de Brethil, mais il est secouru par Manthor, son parent (cousin de Hardang). Hardang et Manthor sont tués dans une émeute et Obel Halad est incendié. Húrin retrouve Asgon et rassemble d'autres hommes, puis prend la direction de Nargothrond. 17
502 Tuor épouse Idril, fille de Turgon.
Húrin arrive à Nargothrond et tue Mîm le petit nain. Lui et ses hommes emportent le trésor de Glaurung et l'amènent en Doriath. Húrin est admis par compassion. 18
Cette trame de synopsis s'achève ici, au pied d'une page manuscrite. J'en arrive à présent au substantiel ensemble d'écrits menant à un texte final que mon père intitula en fin de compte Les Errances de Húrin (auparavant Du Destin de Húrin et de Morwen). Le titre final ne semble pas être en totale adéquation avec le contenu de l'œuvre, qui traite entièrement de l'histoire de Húrin à Brethil ; il a peut-être été voulu pour un cadre plus large, afin d'intégrer l'histoire ultérieure de Húrin, racontée avec la même précision, qui ne fut jamais écrite (voir p.310, note 57, et également l'autre titre donné ci-dessous).
On trouve tout d'abord un brouillon de manuscrit et des travaux grossiers qui y sont associés (souvent d'une extrême irrégularité). De nombreuses pages de brouillon sont les versos de documents universitaires datés de 1954, d'autres sont des documents de 1957. Ensuite il y a un tapuscrit réalisé par mon père sur sa dernière machine à écrire (voir [HoMe] X, p.300), considérablement corrigé à la main et dont certains passages substantiels ont été rejetés et remplacés par un texte nouveau tapé à la machine ; et enfin un tapuscrit amanuensis ne présentant presque aucune valeur intrinsèque. Le travail peut être daté avec une belle certitude de la fin des années 1950.
Le tapuscrit de mon père, tel que tapé, ne portait aucun titre, mais il écrivit à l'encre sur la copie originale :
Du destin de Húrin et de Morwen
Lien avec le Collier des Nains, "Sigil Elu-naeth"
Collier de l'Affliction de Thingol
Le texte commence ainsi :
Ainsi s'achevait le conte de Túrin l'infortuné ; et il a toujours été tenu pour l'un des pires méfaits de Morgoth parmi les Hommes dans l'ancien monde. Certains disent que, dans sa folle errance, Morwen arriva à un moment donné à la pierre gravée et qu'apprenant que ses enfants étaient morts, même si elle ne comprit pas de quelle manière s'était achevé leur conte, elle s'assit à côté de la pierre, attendant la mort ; et là Húrin la trouva-t-il en fin de compte, comme il est raconté plus tard.
Moins heureux que le sien fut le sort de Húrin.
Ce passage provient, pour ce qui est de sa première phrase, du Q ([HoMe] IV, p.131), et ensuite de la première suite des Annales Grises (pp.251-2), avec l'ajout que Húrin trouva Morwen à côté de la pierre (cf. p.258, annale 501). Le passage fut retiré du tapuscrit et remplacé par ce qui suit, écrit sur un document datant de 1957 :
Ainsi s'achevait le conte de Túrin l'Infortuné, la pire des œuvres de Morgoth parmi les Hommes dans l'ancien monde. Mais Morgoth ne dormait pas, et il ne se lassait pas du mal, et ce ne fut pas la fin de ses démêlés avec la Maison de Hador, contre laquelle sa malice était insatisfaite, bien que Húrin se trouvât sous la surveillance de son Œil, et que Morwen errât désemparée dans les terres sauvages.
Mauvaise fut la fortune de Húrin.
En en-tête de ceci mon père écrivit par la suite Les Errances de Húrin, et le tapuscrit amanuensis final se vit donner également ce titre (voir p.258). Le tapuscrit se poursuit, à partir de "Moins heureux que le sien fut le sort de Húrin" :
Car tout ce que Morgoth savait des effets de sa malédiction, Húrin le savait également ; mais les mensonges se mêlaient à la vérité, et tout ce qui était bon s'en trouvait dissimulé ou perverti. Celui qui voit à travers les yeux de Morgoth, qu'il le veuille ou non, voit toutes les choses déformées.
Ce que Morgoth tentait particulièrement de faire, c'était de recouvrir d'une lumière noire tout ce que Thingol et Melian avaient réalisé, car ils les craignait et les haïssait énormément ; et, par conséquent, quand il estima que le temps était venu, au cours de l'année qui suivit la mort de Túrin, il libéra Húrin de ses liens, lui offrant de se rendre où bon lui semblait.
Il affecta d'être mû en cela par la pitié éprouvée pour un ennemi sévèrement vaincu, s'émerveillant devant son endurance. "Une telle ténacité," dit-il, "aurait dû être affichée pour une meilleure cause, et aurait dû être autrement récompensée. Mais tu ne m'es plus d'aucune utilité, Húrin, dans le déclin de ta courte vie." Et il mentait, car son but était que Húrin favorisât encore sa malice contre les Elfes et les Hommes, avant de mourir.
Alors, bien que Húrin n'accordât aucune confiance à tout ce que Morgoth pouvait dire ou faire, sachant qu'il était sans pitié, il reprit sa liberté et partit affligé, aigri par les tromperies du Seigneur Sombre. Vingt-huit ans Húrin fut-il détenu en Angband...
Dans ce passage mon père resta fidèle, tout en la développant quelque peu, à la suite des Annales Grises (p.252) ; à partir de cet endroit il la reprit sans la modifier ou presque jusqu'à "Et là-dessus il partit, et quitta le pays de Hithlum" (p.254).19 Il existe ainsi deux textes extrêmement similaires, et dans leur plus grande largeur tout sauf identiques, de ce court récit qui peut être nommé "Húrin en Hithlum" ; mais le premier d'entre eux est la continuation des Annales, et le second représente le commencement d'une histoire entièrement nouvelle de Húrin à Brethil – provoquant un report de l'histoire de "Húrin à Nargothrond", qui en l'occurrence ne fut jamais atteinte. Dès lors, constatant que le second texte de "Húrin en Hithlum" a une finalité complètement différente, il devient clairement hors de question de considérer l'histoire de Húrin à Brethil comme une extension supplémentaire des Annales. Comme on le verra, mon père avait, de manière très évidente, cessé l'écriture d'annales du Beleriand : ce travail était à présent abandonné – ou peut-être son intention était-elle de le laisser en suspens jusqu'à ce que la nouvelle histoire ait été achevée, avec l'envergure qu'il jugeait satisfaisante.
Je donne à présent le texte suivant des Errances de Húrin (continuant après les mots "Et là-dessus il partit, et quitta le pays de Hithlum"). L'œuvre est d'une complexité particulière en ce qu'alors que mon père avait bien avancé dans l'histoire, il en arriva à une compréhension plus intime (selon les mots qui auraient pu être les siens) de la situation à Brethil à l'époque de l'apparition de Húrin ; et ces nouvelles idées prirent le pas avant qu'elle n'ait pu être achevée dans une forme première. En d'autres termes, l'histoire grandissait et évoluait alors qu'il écrivait, mais dans ce cas-ci mon père ne l'abandonna pas et ne recommença pas depuis le début : il revint à des parties antérieures de l'histoire et les restructura. En majeure partie, le texte tel qu'effectivement tapé pouvait convenir, mais nécessitait des corrections continuelles par rapport aux noms et à d'autres détails. Il n'est pas aisé de trouver une façon de le présenter qui soit parfaitement satisfaisante et facilement compréhensible, mais après de nombreux essais j'en ai conclu que la meilleure méthode est de donner, en même temps que le texte, la forme finale obtenue dans le tapuscrit, mais de l'interrompre (pp.265 et s.) à l'endroit où les nouvelles idées apparaissent pour la première fois et d'exposer le développement. Deux passages sont concernés : la forme révisée du premier est signalée par des astérisques simples aux pp.262-3, et celle du second par des astérisques doubles aux pp.264-5.
Il est dit que les chasseurs de Lorgan suivirent ses traces et qu'ils restèrent sur sa piste jusqu'à ce qu'avec ses compagnons il escaladât les montagnes. Quand Húrin se tint de nouveau sur les hauteurs il aperçut au loin, au milieu des nuages, les pics du Crisaegrim, et il se remémora Turgon ; et son cœur désira retourner au Royaume Caché, s'il le pouvait, car là-bas au moins on se souviendrait de lui avec honneur. Il n'avait rien entendu de ce qui s'était passé à Gondolin, et ne savait pas que Turgon avait à présent endurci son cœur contre la sagesse et la pitié, et qu'il n'autorisait plus personne à entrer ou à partir, pour quelque motif que ce fût. 20 Par conséquent, ignorant que tous les accès étaient irrémédiablement fermés, il résolut de tourner ses pas vers le Crisaegrim ; mais il ne dit rien à ses compagnons de ce qu'il comptait faire, car il était toujours tenu par son serment de ne révéler à personne qu'il connaissait ne serait-ce que la région où résidait Turgon.
Toutefois il avait besoin d'aide ; car il n'avait jamais vécu dans les terres sauvages, alors que les hors-la-loi étaient rompus à la rude vie de chasseurs et de rabatteurs, et ils avaient emmené avec eux autant de nourriture que possible, bien que l'Hiver Cruel eût grandement épuisé leurs réserves. Par conséquent Húrin leur dit : "Nous devons à présent quitter ce pays ; car Lorgan ne me laissera plus en paix désormais. Descendons dans les vals du Sirion, où le Printemps est enfin arrivé !"
Alors Asgon 21 les guida à l'une des anciennes passes qui menaient à l'est hors de Mithrim, et ils partirent des sources du Lithir et descendirent, jusqu'à arriver aux chutes où il se jetait dans le Sirion, à l'extrémité méridionale du Pays Etroit. 22 Ils avançaient à présent avec une grande précaution ; car Húrin plaçait bien peu de confiance en la "liberté" que Morgoth lui avait accordée. Et à juste titre : car Morgoth était informé de tous ses mouvements, et bien que pour un temps il fût dissimulé dans les montagnes, sa descente fut rapidement repérée. A partir de là il fut suivi et espionné, avec cependant tellement d'habileté qu'il n'en eut que rarement vent. Toutes les créatures de Morgoth évitaient de se montrer à sa vue, et il ne fut jamais pris en embuscade ni attaqué. 23
Ils voyagèrent vers le sud, sur la rive ouest du Sirion, et Húrin menait un débat intérieur sur la façon de se séparer de ses compagnons, au moins le temps qu'il pût chercher un accès à Gondolin sans trahir sa parole. Ils arrivèrent finalement au Brithiach ; et là Asgon dit à Húrin : "Vers où allons-nous nous diriger, seigneur ? Au-delà de ce gué les chemins vers l'est sont trop périlleux pour des hommes mortels, si les contes ne mentent pas."
"Alors rendons-nous à Brethil, qui est à portée de main," dit Húrin. "J'ai là-bas une affaire en souffrance. Dans cette contrée périt mon fils."
Cette nuit-là ils s'abritèrent donc au sein d'un petit groupe d'arbres, premiers avant-postes de la Forêt de Brethil sur sa lisière septentrionale, à peu de distance seulement au sud du Brithiach. Húrin était étendu un peu à l'écart des autres ; et le lendemain, avant les premières lueurs du jour, il se leva pendant qu'ils dormaient profondément, de lassitude, et il les abandonna puis traversa le gué et entra en Dimbar.
Quand les hommes s'éveillèrent, il était déjà parti loin, et il y avait une légère brume matinale autour de la rivière. Comme le temps passait et qu'il ne revenait pas et qu'il ne répondait à aucun appel, ils commencèrent à craindre qu'il n'eût été enlevé par quelque bête ou ennemi rampant. "Nous sommes devenus négligents dernièrement," dit Asgon. "Le pays est tranquille, trop tranquille, mais des yeux se cachent sous les feuilles et des oreilles derrière les pierres."
Ils suivaient sa piste quand la brume se leva ; mais elle menait au gué et disparaissait là, et ils étaient désorientés. "S'il nous a abandonnés, retournons vers notre propre pays," dit Ragnir. 24 Il était le plus jeune de la compagnie, et n'avait que peu de souvenirs des jours ayant précédé Nirnaeth. "L'esprit du vieil homme s'égare. Il parle aux ombres dans son sommeil, avec des voix étranges."
"Rien d'étonnant à cela, si c'est le cas," dit Asgon. "Mais qui d'autre pourrait se tenir aussi droit que lui, après tant de tourments ? Nenni, il est notre seigneur légitime, quoi qu'il puisse faire, et j'ai juré de le suivre."
"Même à l'est, au-delà du gué ?" dirent les autres.
"Nenni, il y a peu d'espoir dans cette direction," dit Asgon, "et je ne pense pas que Húrin la suivra longtemps. De ses intentions nous ne connaissons en tout et pour tout que le fait qu'il fallait se rendre rapidement à Brethil, et qu'il avait quelque chose à y faire. Nous nous trouvons à la lisière même. Cherchons-le ici."
"Avec la permission de qui ?" dit Ragnir. "Les hommes ici n'aiment pas les étrangers."
"Ici résident des hommes bons," dit Asgon, "et le [Maître >] Seigneur de Brethil est apparenté à nos anciens seigneurs." 25 Les autres étaient cependant dubitatifs, car aucune nouvelle n'était sortie de Brethil depuis quelques années. "Il se peut que les Orcs y règnent, pour ce que nous en savons," dirent-ils.
"Nous découvrirons vite comment vont les choses," dit Asgon. "Les Orcs sont à peine pire que les Esterons, je pense. Si nous devions rester des hors-la-loi, je préfèrerais me tapir dans les belles forêts que dans les froides collines."
Par conséquent Asgon fit demi-tour et revint vers Brethil ; et les autres le suivirent, car il avait le cœur robuste et les hommes disaient qu'il était né sous une bonne étoile. Avant la fin de ce jour ils avaient pénétré loin dans la forêt, et leur arrivée fut remarquée ; car les Haladin étaient plus prudents que jamais et surveillaient étroitement leurs frontières. Dans le [milieu de la nuit >] gris du matin, alors que tous les intrus sauf un étaient endormis, leur camp se trouva encerclé, et leur guetteur fut immobilisé et bâillonné dès qu'il cria.
Alors Asgon se leva en sursaut, et cria à ses hommes de ne tirer aucune arme. "Voyez à présent," cria-t-il, "nous venons en paix ! Nous sommes des Edain venant de [Mithrim > Hithlum >] Dorlómin."
*"Cela se peut," dirent les gardiens des marches. "Mais le matin est crépusculaire. Notre capitaine vous jugera mieux quand la lumière sera meilleure."
Alors, étant maintes fois surpassés en nombre, Asgon et ses hommes furent faits prisonniers, et leurs armes furent saisies et leurs mains liées. Ainsi furent-ils amenés devant Ebor, leur capitaine ; et il leur demanda leur nom et d'où ils venaient. .
"Ainsi vous êtes des Edain du Nord," dit-il. "Votre parler le confirme, ainsi que votre équipement. Peut-être recherchez-vous des amitiés. Mais las ! De mauvaises choses nous sont arrivées ici, et nous vivons dans la peur. Mon seigneur Manthor, Maître de la Marche du Nord, n'est point ici, et je dois par conséquent suivre les ordres du Halad, en tant que Capitaine de Brethil. Vous allez être envoyés à lui sans délai et sans autre discours. Puissiez-vous vous y rendre rapidement !"
Ebor parlait ainsi avec courtoisie, mais il n'escomptait pas grand chose. Car le nouveau Chef était à présent Hardang, fils de Hundad. A la mort de Brandir, qui ne laissait pas d'enfants, il avait été fait Halad, car il appartenait aux Haladin, la parentèle de Haleth, au sein de laquelle tous les chefs étaient choisis. Il n'avait pas aimé Túrin, et à présent il ne portait aucun amour à la Maison de Hador, n'étant aucunement de son sang. Il n'avait pas non plus une grande amitié pour Manthor, qui appartenait aussi aux Haladin.
Asgon et ses hommes furent amenés à Hardang par des chemins tortueux, et ils eurent les yeux bandés. Ainsi arrivèrent-ils finalement au palais des Chefs à Obel Halad ; 26 puis on leur rendit la vue, et les gardes les menèrent à l'intérieur. Hardang était assis sur un grand fauteuil [NdT : en anglais chair. fauteuil est ici à prendre dans son sens de "siège du dirigeant"], et il les regardait de manière peu avenante.
"De Dorlómin vous venez, me dit-on," dit-il. "Mais la raison de votre venue, je l'ignore. * Peu de bien est parvenu à Brethil, venant de ce pays ; et je n'en recherche aucun à présent : c'est un fief d'Angband. Une froide bienvenue obtiendrez-vous ici, en vous faufilant de la sorte pour espionner nos chemins !"
Asgon contint sa colère, mais répondit haut et fort : "Nous ne sommes pas venus sournoisement, seigneur. Nous sommes aussi habiles que vos gens dans les bois, et nous ne nous serions pas si aisément laissés capturer, aurions-nous su qu'il y avait matière à avoir peur. Nous sommes des Edain, et nous ne servons point Angband mais sommes loyaux à la Maison de Hador. Nous pensions que les Hommes de Brethil étaient de ceux-là, et qu'ils étaient amicaux envers tous les hommes loyaux."
"Envers ceux à la loyauté éprouvée," dit Hardang. "Le seul fait d'être des Edain n'est point suffisant. Et quant à la Maison de Hador, elle est ici bien peu aimée. Pourquoi les gens de cette Maison devraient-ils venir ici à présent ?"
A cela Asgon ne répondit pas ; car devant l'inimitié du [Maître >] Chef il jugea préférable de ne pas encore évoquer Húrin.
"Je vois que vous ne parlerez pas de tout ce que vous savez," dit Hardang. "Ainsi soit-il. Je dois juger sur ce que je vois ; mais je serai juste. Ceci est mon jugement. Túrin, fils de Húrin, demeura ici un certain temps, et il délivra le pays du Serpent d'Angband. Au nom de cela, je vous laisse la vie. **Mais il a bafoué Brandir, Chef légitime de Brethil, et l'a tué sans justice ni pitié. Par conséquent je ne vous hébergerai point ici. Vous serez chassés par où vous êtes entrés. Partez à présent, et si vous revenez ce sera pour mourir !"
"Alors ne récupérerons-nous point nos armes ?" dit Asgon. "Nous renverrez-vous dans les terres sauvages sans arc ou acier, pour périr parmi les bêtes ?"
"Aucun homme de Hithlum ne portera plus jamais une arme à Brethil," dit Hardang. "Pas avec ma permission. Maintenant emmenez-les."
Mais alors qu'on les faisait sortir du palais, Asgon cria : "C'est là la justice des Esterons, pas celle des Edain ! Nous n'étions pas ici avec Túrin, que ce fût pour le bien ou pour le mal. Nous servons Húrin. Il vit encore. Tapis que vous êtes dans votre forêt, avez-vous oublié Nirnaeth ? Dans votre ressentiment, le tiendrez-vous également en déshonneur s'il arrive ?"
"Si Húrin arrive, dites-vous ?" dit Hardang. "Quand Morgoth dormira, peut-être !"
"Nenni," dit Asgon. "Il est revenu. Avec lui sommes-nous venus jusqu'à vos frontières. Il a ici une affaire en souffrance, a-t-il dit. Il viendra !"
"Alors je serai là pour le rencontrer," dit Hardang. "Mais pas vous. A présent partez !" Son ton semblait méprisant, mais son visage pâlit dans une peur soudaine que quelque étrange chose se fût produite, présageant encore pire à venir. Alors une grande peur de l'ombre de la Maison de Hador se saisit de lui, de telle sorte que son cœur s'obscurcit. Car ce n'était pas un homme doté d'une grande âme, comme l'étaient Hunthor et Manthor, descendants de Hiril.
Asgon et sa compagnie eurent de nouveau les yeux bandés, afin qu'ils ne repérassent pas les sentiers de Brethil, et ils furent raccompagnés à la Marche du Nord. Ebor fut mécontent quand il eut vent de ce qui s'était passé à Obel Halad, et il leur parla de manière plus courtoise.
"Las !" dit-il, "vous devez impérativement repartir. Mais voyez ! Je vous rends vos équipements et armes. Car c'est ce que mon seigneur Manthor ferait en tous cas. J'aimerais qu'il soit là ! Mais il est à présent, parmi nous, l'homme le plus valeureux ; et sur l'ordre de Hardang il est le Capitaine des gardes aux Gués du Taiglin. C'est là que nous craignons le plus une attaque, et de grands combats. Bien, je ferai tout cela – à sa place ; mais je vous le demande, n'entrez plus à Brethil, car si vous le faites, nous pourrions nous sentir contraints d'obéir au mot que Hardang a désormais fait passer à toutes les marches : de vous tuer à vue."
Alors Asgon le remercia, et Ebor les conduisit aux bords de Brethil, et là il leur souhaita grande célérité.
"Bien, ta bonne étoile a joué," dit Ragnir, "car au moins nous n'avons pas été tués, bien que nous en ayons été proches. Que ferons-nous à présent ?"
"Je désire toujours trouver mon seigneur Húrin," dit Asgon, "et mon cœur me dit qu'il viendra quand même à Brethil."
"Où nous ne pouvons retourner," dit Ragnir, "à moins que nous ne recherchions une mort plus rapide que la famine."
"S'il vient il arrivera, je suppose, par la marche du nord, entre le Sirion et le [Taiglin >] Taeglin," dit Asgon. "Descendons vers les Gués du [Taiglin >] Taeglin. Là-bas il est plus probable que nous puissions entendre des nouvelles."
"Ou des cordes d'arcs," dit Ragnir. Ils suivirent néanmoins le conseil d'Asgon, et partirent vers l'ouest, gardant de loin, et autant qu'ils le purent, un œil sur les bords sombres de Brethil.
Mais Ebor était troublé, et il communiqua rapidement avec Manthor, rapportant la venue d'Asgon et ses paroles étranges concernant Húrin. Mais à ce sujet la rumeur courait désormais à travers tout Brethil. Et Hardang s'assit à Obel Halad, dans le doute, et tint conseil avec ses amis. **
Dernière édition par Eru le 23 Juil 2007 18:10; édité 19 fois |
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Eru
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Sexe: Inscrit le: 27 Jan 2006 Messages: 642 Localisation: Partout, comme il se doit
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Posté le: 19 Juil 2007 20:11 Sujet du message: |
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Dans le texte qui précède, deux passages sont des substitutions, dans le tapuscrit, de passages plus courts qui furent rejetés. Le premier d'entre eux, signalé par les astérisques au début et à la fin, va de "'Cela se peut,' dirent les gardiens des marches", p.262, à "'Mais la raison de votre venue, je l'ignore'", p.263. Le passage rejeté se présente comme suit :
"Peut-être," répondit le capitaine des gardes ; "mais le matin est crépusculaire. D'autres vous jugeront dans une lumière meilleure."
Alors, étant maintes fois surpassés en nombre, Asgorn et ses hommes furent faits prisonniers, et leurs armes furent saisies et leurs mains liées ; et de cette manière furent-ils finalement amenés devant le nouveau Maître des Haladin.
Il s'agissait de Harathor, frère de ce Hunthor qui périt dans le ravin du Taeglin. Par la mort de Brandir, qui ne laissa pas d'enfants, il avait hérité de la charge, car il descendait de Haldad. Il ne portait aucun amour à la maison de Hador, et n'était aucunement de son sang ; et il dit à Asgorn, quand les prisonniers se tinrent devant lui : "De [Hithlum >] Dorlómin vous venez, me dit-on, et votre parler le confirme. Mais la raison de votre venue, je l'ignore.
Pour la référence dans les passages suivants je nommerai ce passage A1 et son remplacement A2. Le second passage de substitution, signalé par deux astérisques au début et à la fin, va de "Mais il a bafoué Brandir", p.264 à "Et Hardang s'assit à Obel Halad, dans le doute, et tint conseil avec ses amis.", p.265. Ici le passage rejeté se lit :
"... Mais il a bafoué Brandir, Maître légitime de Brethil, et il le tua sans justice ni pitié. Au nom de cela je vous priverai de la liberté. Vous serez maintenus enchaînés ; et je ne fléchirai point jusqu'à ce qu'une bonne raison se présente à moi."
Il ordonna alors qu'on les emmenât et qu'on les enfermât dans une grotte, et qu'on les y surveillât jour et nuit. Mais alors qu'on les faisait sortir, Asgorn cria :
"C'est là la justice des Esterons, pas celle des Edain ! Nous n'étions pas ici avec Túrin, que ce fût pour le bien ou pour le mal. Húrin nous servons, qui vit encore. Il se peut que, tapis dans votre petite forêt, vous ne vous rappeliez point Nirnaeth ni ses grands accomplissements. Le tuerez-vous pour apaiser vos griefs, s'il vient ?"
"Si Húrin vient, dites-vous ?" dit Harathor. "Quand Morgoth dormira, peut-être."
"Nenni," dit Asgorn. "Il est revenu, et nous sommes arrivés avec lui jusqu'à vos frontières. Il a ici une affaire en souffrance, a-t-il dit. Il viendra !"
"Alors nous l'attendrons. Et vous aussi," dit Harathor, avec un sourire torve. Mais ensuite son cœur se troubla, craignant qu'Asgorn n'ait dit la vérité et que quelque étrange chose se fût produite, présageant pire à venir. Car il appréhendait l'ombre de la Maison de Hador, craignant qu'elle ne terrassât ses sujets, et il n'était pas un homme doté d'une grande âme, comme son frère Hunthor [plus tard > comme les descendants de Haldir et de Hiril, sa sœur].
Le texte rejeté passe alors directement à "A présent Húrin, entrant en Dimbar", p.271. Le passage qui vient d'être donné, je le nommerai B1, et son remplacement B2.
Parmi les brouillons manuscrits se trouve le texte suivant, que je nommerai "C" : dans celui-ci mon père réfléchit au développement de l'histoire. Rédigé très hâtivement et grossièrement, avec de nombreuses abréviations que j'ai clarifiées, il précéda les deux passages de substitution A2 et B2, et leur servit de base.
Les Errances de Húrin.
? Où doit intervenir la déclaration qu'Asgorn et sa compagnie sont en prison. Ils ne semblent pas convenir, pourtant leur venue à Brethil est nécessaire pour "jeter l'ombre", en suscitant la peur et la haine dans le cœur de Harathor.
Je fais allusion au fait que les deux emprisonnements [i.e. celui d'Asgorn et de ses hommes et celui de Húrin, raconté plus tard] sont trop répétitifs ; et Harathor devient aussi trop subitement hargneux. Son jugement est que, parce que Glaurung a été tué, leurs vies doivent être épargnées ; mais à cause du meurtre de Brandir, ils doivent être chassés : il n'accueillera aucun membre de la Maison de Hador.
Asgorn dit que c'est un traitement cruel. Il demande la restitution de leurs armes, "ou comment sinon sont-ils supposés survivre dans les terres sauvages ?" Mais Harathor dit qu'aucun homme de Dorlómin ne portera une arme à Brethil. Asgorn, alors qu'on les fait sortir, demande s'il traitera Húrin avec ces mêmes manières d'Orc. "Nous laisserons les choses suivre leur cours," dit Harathor.
[Ce paragraphe fut retiré aussitôt écrit : [Manthor, capitaine >] Le capitaine / de la garde du Taiglin leur rend leurs armes, et leur dit adieu de manière plutôt courtoise ; mais il les prévient que "l'état de guerre" a été déclaré (ce qui donne au Maître / au Gardien le droit de donner des ordres à tous ceux qui ont des gardes à effectuer) et que s'ils traversent de nouveau Brethil, lui ou n'importe quel autre capitaine ou guetteur leur tirera dessus. Ils partent mais se cachent pour surveiller les gués, mais manquent Húrin, qui est entré par Dimbar. Húrin ne devrait pas entrer par le gué du Taiglin, ni être trouvé à côté de Hauð-en-Elleth. (C'est sans importance dans ce cas, et cela surcharge le Hauð.)]
Asgorn et compagnie ont les yeux bandés quand ils sont emmenés à Obel Halad, et ils sont mis dehors par le même chemin qu'il ont emprunté pour entrer (afin qu'ils n'en apprennent pas plus sur les chemins de Brethil). Ils se tapissent par conséquent dans cette région, près des lisières, et manquent ainsi Húrin qui avait traversé le Brithiach et était arrivé aux Gués du Taiglin.
La région près de Brithiach et, sur une certaine distance, le long du Sirion, était le pays de Manthor (frère de Hunthor, qui tomba dans le ravin). Mais Manthor, en tant qu'un des principaux guerriers des Haladin, et de leur parentèle, était à la tête des forces principales maintenues près des Gués du Taiglin. (Manthor n'était pas aimé de Harathor, car beaucoup avaient voulu l'élire Gardien – cela étant...loi pour le faire. Et peut-être que Manthor désirait aussi la Garde.) Le capitaine des gardes près de Brithiach était Enthor [> était par conséquent un des principaux hommes de main de Manthor (désigné par lui), nommé Ebor], frère cadet de Hunthor et de Manthor. Ainsi Manthor eut rapidement vent de ce qui était arrivé : car tous ceux de sa famille avaient été des partisans et des admirateurs de Túrin, et ils étaient fiers de leur parenté avec la Maison de Hador. Enthor [> Ebor] envoya donc des messagers à Manthor pour lui dire que Húrin pourrait venir, s'étant enfui d'Angband.
Dans la dernière partie du Narn (NE) l'on peut suivre l'émergence de Hunthor (< Torbarth) depuis son origine en Albarth, au départ simplement comme l'un de ceux qui se portèrent volontaires pour accompagner Túrin lors de l'attaque contre Glaurung, et mentionné uniquement parce qu'il était tombé et s'était noyé à Cabed-en-Aras. Dans le premier de ces passages rejetés (A 1, p.265), le nouveau seigneur de Brethil, après la mort de Brandir, est Harathor, "frère de ce Hunthor qui périt dans le ravin du Taeglin" ; et de lui il est expressément dit qu'il "ne portait aucun amour à la maison de Hador, et n'était aucunement de son sang". Ces mots, répétés dans la révision A 2 (p.263), sont d'une grande importance dans l'histoire.
Un élément essentiel dans l'histoire antérieure du Peuple de Haleth était l'entrelacement de la lignée de leurs seigneurs avec celle de la Maison de Hador, qui se produisit par le "double mariage" du fils de Hador, Galion, avec la fille (non nommée) de Haleth le Chasseur, et de sa fille Glorwendil avec le fils de Haleth, Hundor (AG, §171 et commentaire). Ce double mariage fut conservé dans l'histoire des Edain, plus tard transformée, quand la place de Haleth le Chasseur dans la généalogie fut prise par Halmir (p.236) ; les filiations qui en résultent peuvent être présentées ainsi :
Mais la complexité fut encore accrue par l'introduction d'une autre connexion avec la Maison de Bëor, dans le mariage de Beldis avec Handir de Brethil (voir les tableaux pp.231, 237) :
Ainsi Túrin était le cousin issu de germain de Brandir du côté "hadorien", et il était aussi son cousin issu de germain du côté haladin ; alors que dans la lignée "bëorienne" il était le fils du cousin issu de germain de Brandir – une situation généalogique dont se délecterait le cœur d'Hamfast Gamgee. En mettant en avant ces relations dans une note isolée de cette époque, mon père observa que "Túrin serait plus volontiers accepté par les Haladin quand son vrai nom et son lignage seraient connus ou devinés", puisqu'il était apparenté à leurs seigneurs de ces différentes manières. Harathor, d'un autre côté, "ne portait aucun amour à la maison de Hador, et n'était aucunement de son sang" (même s'il était aussi le cousin issu de germain de Túrin, sa grand-tante Hareth étant la grand-mère de Túrin).
Le tableau généalogique des Haladin (p.237) appartient à cette étape : Harathor est présenté comme le septième seigneur des Haladin, succédant à Brandir, et comme le frère de Hunthor : ils sont les fils de Hundad, fils de Hundar qui mourut lors de Nírnaeth.
L'hostilité du nouveau seigneur envers la Maison de Hador était depuis le début une idée primordiale dans l'histoire de Húrin à Brethil ; mais dans le dernier paragraphe de l'essai C (p.267), nous voyons l'émergence, au sein du clan plus large, d'une famille qui, à l'inverse, tirait de la fierté de sa parenté avec la Maison de Hador, et qui avait ainsi un état d'esprit différent de celui du nouveau seigneur.
Dans C, l'importance de Hunthor franchit encore une étape : il devient le défunt frère de Manthor (et doit par conséquent, comme on le verra un peu plus tard, cesser d'être le frère de Harathor). Manthor était en fait déjà entré dans l'histoire dans le brouillon originel des EH, mais il ne faisait pas son apparition jusqu'à ce que Húrin fût découvert à côté du Hauð-en-Elleth (p.275, dans la version finale), en tant que capitaine de la garde dans cette région-là ; or dans C il devient un parent de Húrin, et un tenant des valeurs et des vertus des Edain. L'on peut voit comment cette parenté avec la Maison de Hador fut introduite à partir de la correction apportée à la conclusion du passage rejeté B 1 (p.266) : "[Harathor] n'était pas un homme doté d'une grande âme, comme son frère Hunthor" > "... comme les descendants de Haldir et de Hiril, sa sœur".* Hiril intègre ici la lignée du Peuple de Haleth, et l'arbre généalogique est élargi par un quatrième enfant de Halmir : Haldir, Hundar, Hareth et Hiril. Dans le remplacement B 2 (p.264), la phrase devient "ce n'était pas un homme doté d'une grande âme, comme l'étaient Hunthor et Manthor, descendants de Hiril". (Que la mère de Manthor fût la fille de Hiril, cela est établi plus loin dans le texte des EH, p.289.)
Dans C, Harathor était toujours ainsi nommé, mais il devait être sur le point de recevoir un nouveau nom, et devait déjà avoir reçu un nouveau lignage, le distinguant de ceux aux sympathies "hadoriennes", Hunthor et Manthor. Le nouveau nom, Hardang, apparaît dans le texte de substitution A 2 (p.263) – et l'apparition de ce nom dans le bout de synopsis extrait des papiers du Narn démontre en passant que, même s'il n'était pas achevé, le travail de mon père sur Les Errances de Húrin était très avancé quand le texte fut écrit. Il est dit là (p.256) que quand Brandir le Boiteux fut choisi comme Chef de Brethil, "un certain nombre aurait préféré ses cousins Hunthor ou Hardang", et (p.258) que Manthor était un parent de Húrin et un cousin de Hardang.
Cette nouvelle "famille au sein du clan plus large" fut introduite par des modifications effectuées grossièrement sur l'arbre des Haladin (p.237), duquel je donne les composantes sous forme condensée :
La date de naissance avancée pour Hardang est 470, celle de Hunthor 467, et celle de Manthor 469.
Il apparaît également à partir de C (p.267) qu'une nouvelle conception de l'organisation sociale des Hommes de Brethil avait été introduite, et avec elle une nouvelle signification du nom Haladin : de Manthor il est dit qu'il est "un des principaux guerriers des Haladin, et de leur parentèle", et que "beaucoup avaient voulu l'élire Gardien". En rapport avec cela, une note isolée (rédigée sur le verso de celle concernant les parentés de Túrin, à laquelle il est fait référence p.268) affirme :
Le titre des chefs de Brethil ne devrait pas être Seigneur ou Maître. Ils étaient élus au sein de la famille de Haldad – appelée les Haladin, ce qui signifie "gardiens". Pour hal(a) = dans l'ancienne langue de la maison de Bëor et de celle de Haldad "surveillance, garde". Halad était un gardien. (Haldad = chien de garde.)
Ces nouvelles conceptions apparaissent dans la révision A 2 (p.263), où Hardang est dit avoir été fait Halad, "car il appartenait aux Haladin, la parentèle de Haleth, au sein de laquelle tous les chefs étaient choisis". Il est dit également, reprenant le propos de C, que Hardang n'avait pas d'amitié pour Manthor, "qui appartenait également aux Haladin". Contrastant avec cela, dans la première forme du passage (p.265) Harathor est nommé "le nouveau Maître des Haladin", où Haladin désigne encore clairement l'ensemble du peuple.
Dans le dernier paragraphe de C (p.267), un frère cadet de Hunthor et de Manthor fait son apparition, Enthor, "capitaine des gardes près de Brithiach" (dans les ajouts effectués au tableau généalogique des Haladin, ce nom Enthor était donné à l'époux de Hiril, qui ne fut pas nommé autrement ; et l'époux de Meleth est apparemment nommé Agathor). La suppression du nom Enthor dans cette phrase, et son remplacement par "un des principaux hommes de main de Manthor (désigné par lui), nommé Ebor" suggèrent que mon père voulait enlever les mots "frère cadet de Hunthor et Manthor", mais qu'il omit de le faire ; ceci est étayé par le fait qu'Ebor, quand il apparaît dans la révision A 2 (p.263), fait référence à "Mon Seigneur Manthor, Maître de la Marche du Nord", qui n'était pas là. Manthor n'était pas là parce que, comme affirmé dans C, il était "à la tête des forces principales maintenues près des Gués du Taiglin" ; Asgon et ses compagnons entrèrent dans Brethil par le nord, près du Brithiach, et ils repartirent par le même chemin, rencontrant de nouveau Ebor et récupérant leurs armes.
Le seul point obscur concerne l'incapacité du groupe d'Asgon à retrouver Húrin à son retour. Mon père était partagé à propos de cela. Le quatrième paragraphe de C, rejeté (p.267), le montre (étant décidé qu'Asgorn et ses hommes ne seraient pas emprisonnés) adoptant le point de vue qu'ils étaient jetés hors de Brethil près des Gués : c'est "le capitaine de la garde du Taiglin" qui leur rend leurs armes ; et ils restent tapis dans ce voisinage. Ils manquent ainsi Húrin, "qui était entré par Dimbar" (i.e. entra dans Brethil par le nord après avoir traversé le Brithiach, comme Asgorn l'avait fait). Húrin, écrivit-il, ne devait pas pénétrer dans Brethil par les Gués et être trouvé étendu à côté du Hauð-en-Elleth (telle que figurait déjà l'histoire dans le brouillon de manuscrit).
Mais immédiatement et de manière incompréhensible, il eut une meilleure opinion de ceci, et (dans le cinquième paragraphe) il conserva l'histoire déjà existante selon laquelle Húrin fut trouvé par les gardes près des Gués ; il disait à présent qu'Asgorn et ses hommes étaient éconduits de Brethil dans la même région que celle par laquelle ils étaient entrés, et qu'ils se cachaient "dans cette région, près des lisières" – d'où leur échec à rencontrer Húrin. Mais dans le passage de remplacement B 2 (p.265), il les fait décider de ne pas rester près des lisières septentrionales de la forêt, et ils descendent vers les Gués.
Je reviens à présent au texte, interrompu à la fin du second passage réécrit (B 2), p.265. Il faut garder à l'esprit qu'à partir de cet endroit le tapuscrit appartient à l'étape précédant les importantes modifications dans la narration, introduites dans les deux passages de substitution dont il est fait propos plus haut. Ainsi pendant longtemps "le Maître de Brethil" reste Harathor ; le terme Halad n'avait pas encore été imaginé, et sa demeure n'était pas encore Obel Halad. Plutôt que de réécrire le texte existant après l'apparition des nouvelles conceptions, mon père jugea suffisant de le corriger. Ces corrections sont très nombreuses, mais pour la plupart répétitives et systématiques (comme celle de "Maître" par "Halad" ou "Chef"), et consigner chaque cas dans le texte le rendrait illisible. J'ai par conséquent ignoré les noms et les titres rejetés (cela s'applique aussi au court passage pp.263-4, situé entre les deux sections réécrites : là Hardang est en fait une correction de Harathor sur le tapuscrit).
A présent Húrin, entrant en Dimbar, fit appel à sa force et poursuivit seul vers le pied sombre de l'Echoriad. 27 Le pays entier était froid et désolé ; et quand enfin il s'éleva abruptement devant lui et qu'il ne put apercevoir aucun chemin menant plus loin, il s'arrêta et regarda autour de lui avec peu d'espoir. Il se tenait à présent au pied d'un grand éboulement de pierres, sous un mur de roche à pic, et il ne savait pas que c'était tout ce qui restait à voir de l'ancien Chemin d'Evasion : la Rivière Asséchée était bloquée et la porte voûtée était ensevelie. 28
Alors Húrin leva les yeux vers le ciel gris, pensant que par chance il pourrait une fois de plus apercevoir les Aigles, comme il l'avait fait longtemps auparavant, dans sa jeunesse. 29 Mais il ne vit que les ombres projetées par l'Est, et des nuages tournoyant autour des inaccessibles pics ; et le vent sifflait sur les pierres. Mais la vigilance des Aigles avait à présent redoublé, et ils remarquèrent bien Húrin, loin en-dessous, esseulé dans la lumière vacillante. Et puisque cela semblait être de grandes nouvelles, Sorontar alla lui-même en informer Turgon.
Mais Turgon dit : "Nenni ! C'est une croyance révolue ! A moins que Morgoth ne dorme. Vous avez fait erreur."
"Nenni, il n'en est pas ainsi," répondit Sorontar. "Si les Aigles de Manwë avaient pour habitude de se tromper de la sorte, Seigneur, vous dissimuler aurait été vain."
"Alors vos paroles présagent le mal," dit Turgon ; "car elles ne peuvent signifier que le fait que même Húrin Thalion s'est soumis à la volonté de Morgoth. Mon cœur est hermétique." Mais après avoir donné congé à Sorontar, Turgon resta longuement assis dans ses pensées, et il était troublé, se rappelant les exploits de Húrin. Et il ouvrit son cœur, et envoya les Aigles chercher Húrin, et l'amener, s'ils le pouvaient, à Gondolin. Mais il était trop tard, et ils ne le revirent plus jamais, que ce fût dans la lumière ou dans l'ombre.
Car Húrin se tenait en fin de compte, désespéré, devant le silence figé de l'Echoriad, et le soleil couchant, transperçant les nuages, teintait de rouge ses cheveux blancs. Alors il cria à haute voix dans les terres sauvages, ne se souciant d'aucune oreille, et il maudit l'impitoyable pays : "dur comme les cœurs des Elfes et des Hommes". Et il se tint finalement sur une grande pierre et, écartant largement les bras, regardant en direction de Gondolin, il lança un appel d'une voix puissante : "Turgon, Turgon ! Rappelle-toi le Marais de Serech !" Et de nouveau : "Turgon ! Húrin t'appelle. Ô Turgon, n'entendras-tu point depuis tes demeures celées ?"
Mais il n'y eut aucune réponse, et tout ce qu'il entendit fut le vent dans les herbes sèches. "Elles sifflaient exactement ainsi dans le Serech au coucher du soleil," dit-il. Et, alors qu'il parlait, le soleil passa derrière les Montagnes de l'Ombre, et une obscurité tomba autour de lui, et le vent cessa, puis le silence régna dans les solitudes.
Il y eut pourtant des oreilles qui entendirent les mots prononcés par Húrin, et des yeux qui remarquèrent bien ses gestes ; et tout fut bientôt rapporté au Trône Sombre dans le Nord. Alors Morgoth sourit, et il apprit clairement à présent dans quelle région résidait Turgon, bien qu'à cause des Aigles aucun de ses espions ne pût encore parvenir à distance de vue du pays situé derrière les montagnes encerclantes. Ce fut le premier mal qu'accomplit la libération de Húrin. 30
Quand l'obscurité tomba Húrin trébucha de la pierre et tomba, comme s'évanouissant, dans un profond sommeil de chagrin. Mais dans son sommeil il entendit la voix de Morwen se lamentant, et souvent prononçait-elle son nom, et il lui sembla que sa voix sortait de Brethil. Par conséquent, quand il se réveilla, avec l'arrivée du jour, il se leva et s'en retourna ; et il revint au gué puis, tel celui qui serait conduit par une main invisible, [il longea la rivière Taeglin, jusqu'à ce que, avant la tombée du troisième jour, il atteignît l'endroit >] il longea les lisières de Brethil jusqu'à arriver, le quatrième jour de son périple, au Taeglin, et toute sa maigre nourriture était alors épuisée, et il était affamé. Mais il continua tel l'ombre d'un homme poussé par un vent sombre, et il arriva aux Gués de nuit, et là il traversa et entra dans Brethil.
Les sentinelles de nuit le virent, mais ils furent emplis d'effroi, à tel point qu'ils n'osèrent ni bouger ni crier ; car ils pensaient avoir vu un fantôme sorti de quelque ancien tertre de bataille, qui marchait avec des ténèbres autour de lui. Et par la suite, pendant de nombreux jours, les hommes craignirent de se trouver la nuit près des Gués, sauf en grande compagnie et avec des torches allumées.
Mais Húrin poursuivit sa route, et au soir du sixième jour il arriva enfin à l'endroit / où Glaurung avait été brûlé, et vit la haute pierre dressée près du bord de Cabed Naeramarth.
Mais Húrin ne regarda pas la pierre, car il savait ce qui y était inscrit, mais aussi car ses yeux avaient vu qu'il n'était pas seul. Assise dans l'ombre de la pierre se trouvait une silhouette, recroquevillée sur ses genoux. Quelque infortuné vagabond brisé par l'âge, semblait-il, trop épuisé pour remarquer son arrivée ; mais ses haillons étaient les restes d'un vêtement de femme. Finalement, comme Húrin se tenait là, silencieux, elle rejeta son capuchon en loques et releva lentement la tête, hâve et affamée comme un loup longtemps pourchassé. Grise était-elle, le nez acéré et des dents cassées, et d'une main décharnée elle serra son manteau sur sa poitrine. Mais soudainement ses yeux plongèrent dans les siens, et alors Húrin la reconnut ; car bien qu'ils fussent à présent hagards et emplis de peur, une lueur flamboyait toujours en eux, difficile à supporter : la lumière elfique qui longtemps auparavant lui avait valu son nom, Eðelwen, la plus fière des femmes mortelles durant les jours d'antan.
"Eðelwen ! Eðelwen !" cria Húrin ; et elle se leva puis trébucha en avant, et il la prit dans ses bras.
"Vous arrivez enfin," dit-elle. "J'ai attendu si longtemps".
"Ce fut une route sombre. Je suis venu comme je l'ai pu," répondit-il.
"Mais vous arrivez tard," dit-elle, "bien trop tard. Ils sont perdus."
"Je sais," dit-il. "Mais tu ne l'es point."
"Presque," dit-elle. "Je suis à bout de forces. Je partirai en même temps que le soleil. Ils sont perdus." Elle s'agrippa à son manteau. "Il reste peu de temps," dit-elle. "Si vous savez, dites-moi ! Comment l'a-t-elle trouvé ?"
Mais Húrin ne répondit pas, et il s'assit à côté de la pierre avec Morwen dans les bras ; et ils ne parlèrent plus. Le soleil déclina, et Morwen soupira et étreignit sa main, puis ne bougea plus ; et Húrin sut qu'elle s'était éteinte.
Ainsi disparut Morwen la belle et la fière ; et Húrin posa son regard sur elle dans le crépuscule, et les rides de douleur et de privation cruelle paraissaient avoir été effacées. Froid et pâle et figé était son visage. "Elle n'a pas été vaincue," dit-il ; et il lui ferma les yeux puis s'assit à ses côtés, immobile, alors que la nuit tombait. Les eaux de Cabed Naeramarth déferlaient, rugissantes, mais il n'entendait aucun son et ne voyait rien, et il ne ressentait rien, car au fond de lui son cœur était de pierre, et il pensait rester assis là jusqu'à ce que la mort le prît lui aussi.
Alors un vent glacial se leva et une pluie cinglante frappa son visage ; et soudainement il se déchaîna et, depuis une noire profondeur, une colère monta en lui telle une fumée, outrepassant la raison, de telle sorte que son seul désir fut de chercher à venger ses torts et ceux de sa parentèle, accusant, dans son angoisse, tous ceux qui avaient jamais eu à faire avec elle.
Il se dressa et souleva Morwen ; et soudainement il se rendit compte que la porter était au-delà de ses forces. Il était vieux et affamé, et éteint comme l'hiver. Il la reposa doucement à côté de la pierre dressée. "Repose ici encore un peu, Eðelwen," dit-il, "jusqu'à mon retour. Un loup même ne te ferait plus de mal. Mais les gens de ce rude pays regretteront le jour où ici tu mourus !"
Alors Húrin s'en fut, titubant, et il repartit vers le gué du Taeglin ; et là il chut à côté du Hauð-en-Elleth, et des ténèbres le submergèrent, et il jut comme qui serait plongé dans le sommeil. Au matin, avant que la lumière ne l'eût tiré totalement de son sommeil, il fut trouvé par les gardes auxquels Hardang avait ordonné de surveiller particulièrement cet endroit.
Ce fut un homme nommé Sagroth qui le vit le premier, et il le regarda avec curiosité et eut peur, car il pensait savoir qui était ce vieil homme. "Venez !" cria-t-il aux autres, qui suivaient. "Regardez ici ! Ce doit être Húrin. Les intrus ont dit vrai. Il est venu !"
"Comme toujours on peut te faire confiance pour dénicher les ennuis, Sagroth !" dit Forhend.
"Le Halad ne sera point content de telle trouvaille. Que faire ? Peut-être Hardang serait-il mieux disposé d'entendre que nous avons arrêté l'importun à ses frontières, et que nous l'avons jeté dehors."
"Le jeter dehors ?" dit Avranc. C'était le fils de Dorlas, 31 un jeune homme petit et sombre, mais fort, ayant la faveur de Hardang, comme son père l'avait eue. "Le jeter dehors ? Quel bien cela apporterait-il ? Il reviendrait ! Il est capable de marcher – toute la route depuis Angband, s'il est qui vous supposez. Voyez ! Il a l'air effrayant et possède une épée, mais il dort profondément. Est-il besoin de le réveiller, pour ajouter de l'affliction ? [ Ajouté :] Si vous voulez contenter le Chef, Forhend, il faut en finir avec lui ici-même."
Telle était l'ombre qui s'abattait à présent sur le cœur des hommes, comme le pouvoir de Morgoth se répandait, et la peur courut un peu partout ; mais tous les cœurs n'avaient pas encore été assombris. "Honte à vous !" cria Manthor, le capitaine, qui, arrivant par derrière, avait entendu ce qu'ils avaient dit. "Et à toi plus que tout, Avranc, pour jeune que tu sois ! As-tu seulement entendu parler des exploits de Húrin de Hithlum, ou les tiens-tu uniquement pour fables locales ? Que faire, en effet ! L'occire dans son sommeil est donc votre conseil. De l'enfer lui-même vient cette pensée !"
"Et c'est de là qu'il vient," répondit Avranc. "S'il est réellement Húrin. Qui peut savoir ?"
"On peut rapidement le savoir," dit Manthor ; et, s'approchant de Húrin alors qu'il gisait à terre, il s'agenouilla, puis souleva sa main et l'embrassa. "Réveillez-vous !" cria-t-il. "L'aide n'est pas loin. Et si vous êtes Húrin, il n'y a aucune aide que je jugerais suffisante."
"Et aucune aide qu'en retour il ne paiera par le mal", dit Avranc. "Il vient d'Angband, je le dis."
"Ce qu'il peut faire nous l'ignorons," dit Manthor. "Ce qu'il a fait nous le savons, et notre dette reste impayée." Alors il appela de nouveau d'une voix forte : "Salut Húrin Thalion ! Salut, Capitaine des Hommes !"
Là-dessus Húrin ouvrit les yeux, se souvenant de paroles mauvaises qu'il avait entendues dans la brume qui précède le réveil, et il vit des hommes autour de lui, armes à la main. Il se redressa avec raideur, cherchant à tâtons son épée ; et il les fixa avec colère et mépris. "Malédiction !" cria-t-il. "Tueriez-vous un vieil homme dans son sommeil ? Vous ressemblez à des Hommes, mais sous cette peau je suppose que vous êtes des Orcs. Venez donc ! Tuez-moi réveillé, si vous l'osez. Mais cela ne satisfera point votre noir Maître, je pense. Je suis Húrin, fils de Galdor, un nom dont les Orcs au moins se souviendront."
"Nenni, nenni," dit Manthor. "Ne rêvez pas. Nous sommes des Hommes. Mais ces jours sont de maléfiques jours de doute, et nous sommes durement pressés. L'endroit est périlleux. Ne nous accompagnerez-vous point ? Nous pouvons au moins vous trouver de quoi manger et vous reposer."
"Du repos ?" dit Húrin. "Vous ne sauriez me procurer telle chose. Mais de la nourriture, j'en prendrai car j'en ai besoin."
Alors Manthor lui donna un peu de pain, de viande et d'eau ; mais il sembla s'étouffer avec, et il les recracha. "A quelle distance se trouve la demeure de votre seigneur ?" demanda-t-il. "Jusqu'à ce que je l'aie rencontré, la nourriture que vous avez déniée à ma bien-aimée ne descendra pas dans ma gorge."
"Il divague et se gausse de nous," maugréa Avranc. "Qu'avais-je dit ?" Mais Manthor le considéra avec pitié, bien qu'il ne comprît pas ses mots. "C'est une longue route pour qui est épuisé, seigneur," dit-il ; "et la demeure de Hardang Halad est celée à la vue des étrangers."
"Alors menez-moi là-bas !" dit Húrin. "J'irai comme je pourrai. J'ai à faire dans cette demeure."
Ils se préparèrent vite à partir. Manthor laissa l'essentiel de sa forte compagnie à sa tâche ; mais il partit lui-même avec Húrin, et emmena Forhend. Húrin marcha comme il put, mais au bout d'un certain temps il commença à tituber et à tomber ; et toujours il se releva et persévéra, et il ne voulut pas les laisser le soutenir. De cette manière arrivèrent-ils enfin, après maintes haltes, à la demeure de Hardang à Obel Halad, loin dans la forêt ; et il avait eut connaissance de leur arrivée car Avranc, sans qu'on le lui ait demandé, avait couru devant et ramené les nouvelles avant eux ; et il ne manqua pas de rapporter les paroles extravagantes de Húrin à son réveil, ainsi que le fait qu'il ait recraché leur nourriture.
Ainsi en fut-il qu'ils trouvèrent la demeure bien gardée, avec de nombreux hommes dans [l'atrium clôturé >] la cour extérieure, et des hommes aux portes. A la porte de [l'atrium >] la cour, le capitaine des gardes les arrêta. "Livrez-moi le prisonnier !" dit-il.
"Prisonnier !" dit Manthor. "Je n'ai aucun prisonnier, mais un homme que vous devriez honorer."
"Ce sont les mots du Halad, pas les miens," dit le capitaine. "Mais vous pouvez venir aussi. Il a également des choses à vous dire."
Ils menèrent alors Húrin devant le Chef ; et Hardang ne le salua pas, mais s'assit sur son grand fauteuil et toisa Húrin de la tête aux pieds. Mais Húrin lui retourna son regard, et se tint aussi droit qu'il le put, bien qu'il s'appuyât sur son bâton. Ainsi resta-t-il un moment, silencieux, jusqu'à ce qu'il s'écroule sur le sol. "Ô ! dit-il. "Je vois qu'il y a si peu de sièges à Brethil qu'un invité est contraint de s'asseoir par terre."
"Invité ?" dit Hardang. "Je n'ai convié personne. Mais amenez un tabouret au vieux manant. S'il ne dédaigne pas le prendre, alors qu'il recrache notre nourriture."
Manthor était marri de ce manque de courtoisie et, entendant un rire dans l'ombre derrière le grand fauteuil, il regarda et s'aperçut qu'il s'agissait d'Avranc, et la colère obscurcit son visage.
"Pardon, seigneur," dit-il à Húrin. "Il y a ici un malentendu." Alors, se tournant vers Hardang, il se redressa. "Ma compagnie a-t-elle donc un nouveau capitaine, mon Halad ?" dit-il. "Car sinon je ne saisis point comment une personne qui a abandonné son service et désobéi à mes ordres pourrait se trouver ici sans être châtiée. Il a apporté les nouvelles avant moi, je vois ; mais il semble qu'il ait oublié le nom de l'invité, sinon il n'aurait pas été permis que Húrin Thalion restât debout."
"Le nom m'a été donné," répondit Hardang, "ainsi que ses paroles incendiaires, qui viennent le confirmer. Ainsi sont ceux de la Maison de Hador. Mais dans ma maison il appartient d'abord à l'étranger de se présenter, et j'attendais de l'entendre. Ainsi que d'en entendre sur l'affaire qui l'amène ici – puisqu'il affirme en avoir une. Mais pour ce qui est de votre charge, de tels sujets n'ont pas à être débattus devant des étrangers."
Il se tourna alors vers Húrin, qui pendant ce temps était assis, courbé, sur le petit tabouret ; ses yeux étaient clos, et il semblait ne faire aucun cas de ce qui se disait. "Bien, Húrin de Hithlum," dit Hardang, "qu'en est-il de votre affaire ? Y a-t-il matière à urgence ? Ou ne vous accorderez-vous point un temps de réflexion et de repos, pour en parler plus tard, plus à votre aise ? Entre-temps nous pouvons vous trouver quelque nourriture moins détestable." Le ton de Hardang était à présent plus amène, et il se leva tout en parlant ; car c'était un homme prudent, et [ enlevé : dans son cœur il n'était pas très assuré d'être à sa place sur le fauteuil du Maître ; et] il avait perçu l'indignation sur les visages d'autres personnes se trouvant aux côtés de Manthor.
Húrin se remit alors subitement sur pied. "Bien, Sire Roseau du Marais," dit-il. "Vous ployez ainsi à chaque souffle d'air, n'est-ce pas ? Prenez garde que le mien ne vous aplatisse pas. Allez réfléchir à comment vous rendre plus ferme, avant que je ne vous revoie ! Railleur de cheveux gris, pingre de nourriture, affameur de vagabonds. Ce tabouret vous convient mieux." Là-dessus, il jeta le tabouret sur Hardang, de telle sorte qu'il le heurta au front ; et alors il se retourna pour sortir de la maison.
Certains hommes s'écartèrent, que ce fût par pitié ou par crainte de son courroux ; mais Avranc courut devant lui. "Pas si vite, manant de Húrin !" cria-t-il. "Au moins je ne doute plus de votre nom. Vous tenez vos manières d'Angband. Mais nous n'apprécions pas les orqueries dans le palais. Vous avez attaqué le Chef sur son fauteuil, et un prisonnier vous serez désormais, quel que soit votre nom."
"Je vous remercie, Capitaine Avranc," dit Hardang, qui était toujours assis sur son fauteuil, pendant qu'on étanchait le sang qui coulait de son front. "A présent, que le vieux fou soit mis aux fers et surveillé de près. Je le jugerai plus tard."
Ils passèrent alors des lanières autour des bras de Húrin, et une bride autour de son cou, puis ils l'emmenèrent ; et il n'opposa plus de résistance, car le courroux l'avait l'abandonné, et il marcha comme dans un rêve, les yeux fermés. Mais Manthor, bien qu'Avranc le regardât de travers, passa son bras autour des épaules du vieil homme et le dirigea afin d'éviter qu'il ne trébuchât.
*Avant que Hiril ne fût présentée comme la seconde fille de Halmir, sa fille Hareth se nommait tout d'abord Hiriel (p.235, note de bas de page).
Dernière édition par Eru le 23 Juil 2007 17:53; édité 18 fois |
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Eru
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Sexe: Inscrit le: 27 Jan 2006 Messages: 642 Localisation: Partout, comme il se doit
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Posté le: 20 Juil 2007 10:47 Sujet du message: |
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Mais quand Húrin fut enfermé dans une grotte [ enlevé : près de celle où Asgorn et ses hommes étaient toujours emprisonnés] et qu'il ne put rien faire de plus pour l'aider, Manthor retourna au palais. Il trouva là Avranc qui était en discussion avec Hardang et, bien qu'ils se tussent à son arrivée, il saisit les derniers mots qu'Avranc avait prononcés, et il lui sembla qu'Avranc exhortait à mettre à mort Húrin sur le champ.
"Alors, Capitaine Avranc," dit-il, "les choses vont bien pour vous aujourd'hui ! Je vous ai déjà vu vous amuser à cela : harceler un vieux blaireau et le tuer quand il se met à mordre. Pas si vite, Capitaine Avranc ! Vous non plus, Hardang Halad. Il ne s'agit pas exclusivement d'une affaire seigneuriale. La venue de Húrin, ainsi que son accueil ici, concerne le peuple entier, et il entendra tout ce qui est dit, avant qu'un quelconque jugement ne soit rendu."
"Vous êtes libre de partir," dit Hardang. "Retournez à votre devoir sur les marches, jusqu'à ce que le Capitaine Avranc vienne prendre le commandement."
"Nenni, seigneur," dit Manthor, "Je n'ai aucun devoir. Je quitte votre service dès aujourd'hui. J'ai confié la charge à Sagroth 32, un forestier quelque peu plus âgé et plus sage que celui que vous nommez. Je retournerai en temps voulu à mes propres marches. * 33 Mais à présent je vais en appeler au peuple."
Alors qu'il se dirigeait vers la porte, Avranc saisit son arc pour abattre Manthor, mais Hardang le retint. "Pas encore," dit-il. Mais Manthor n'en eut pas conscience (bien que certains dans le palais l'eussent remarqué), et il sortit et envoya tous les volontaires qu'il put trouver comme messagers pour ramener tous les seigneurs domaniaux et quiconque d'autre pouvant se libérer. [Enlevé : Il était coutume chez les Haladin 34 d'appeler également les épouses à tenir conseil, pour tous les sujets sauf la guerre, et leurs voix comptaient autant que celles de leurs époux.]
Or une rumeur courait frénétiquement à travers les bois, et les fables prenaient de l'ampleur à force d'être racontées ; et certains disaient ceci et d'autres cela, et la plupart évoquait le Halad en termes élogieux et présentait Húrin comme quelque cruel chef Orc ; car Avranc avait aussi de nombreux messagers. Il y eut bientôt un grand rassemblement de gens, et la petite ville 35 autour du Palais des Chefs foisonna de tentes et de tonnelles. 36 Mais tous les hommes portaient des armes, par peur qu'un soudain signal d'alarme ne vînt des marches.
Quand il eut envoyé ses messagers, Manthor se rendit à la prison de Húrin, et les gardes ne voulurent pas le laisser entrer. "Allons !" dit Manthor. "Vous savez bien qu'il est dans nos bonnes us que tout prisonnier ait un ami qui puisse venir à lui et voir comment il se porte et lui donner conseil."
"L'ami est choisi par le prisonnier," répondirent les gardes ; "mais ce sauvage n'a point d'amis."
"Il en a un," dit Manthor, "et je demande la permission de me proposer à son choix."
"Le Halad nous interdit de laisser entrer quiconque à part les gardes," dirent-ils. Mais Manthor, qui était au fait des lois et coutumes de son peuple, répliqua : "Nul doute. Mais en ceci il n'a aucun droit. Pourquoi l'arrivant est-il enchaîné ? Nous n'attachons pas les vieillards et les vagabonds simplement parce qu'ils parlent de manière mauvaise dans leur délire. Celui-ci est emprisonné pour avoir agressé Hardang, et Hardang ne peut être juge et partie, mais doit soumettre sa doléance au jugement du Peuple [ enlevé : et quelqu'un d'autre doit s'asseoir sur le fauteuil pour l'entendre]. En attendant il ne peut dénier tout conseil et toute assistance au prisonnier. S'il était sage il verrait que de cette manière il ne fait pas avancer sa propre cause. Mais peut-être une autre bouche parla-t-elle en son nom ?"
"En vérité," dirent-ils. "Avranc a transmis l'ordre."
"Alors oubliez-le," dit Manthor. "Car Avranc avait d'autres ordres, comme de rester en poste sur les marches. A vous de choisir, entre un jeune scélérat et les lois du Peuple."
Alors les gardes le laissèrent entrer dans la grotte ; car Manthor était très estimé à Brethil, et les hommes n'aimaient pas les [maîtres >] chefs qui tentaient de bafouer le peuple. Manthor trouva Húrin assis sur un banc. Il avait des entraves aux chevilles, mais ses mains étaient libres ; et il y avait de la nourriture devant lui, qu'il n'avait pas touchée. Il ne leva pas les yeux.
"Salut, seigneur !" dit Manthor. "Les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû, ni comme j'aurais ordonné qu'elles se passent. Mais à présent vous avez besoin d'un ami."
"Je n'ai aucun ami, et je n'en veux aucun dans ce pays," dit Húrin.
"Un se tient devant vous," répondit Manthor. "Ne me méprisez point. Pour l'instant, las !, l'affaire entre Hardang Halad et vous doit être soumise au jugement du Peuple, et il serait bon, comme le permettent nos lois, d'avoir un ami pour vous conseiller et plaider votre cause."
"Je ne plaiderai point, et de conseil je n'ai nul besoin," dit Húrin.
"De ce conseil au moins avez-vous besoin," dit Manthor. "Maîtrisez votre ire pour le moment, et prenez quelque nourriture, afin d'être fort devant vos ennemis. Je ne connais pas l'affaire qui vous mène ici, mais elle avancera plus vite si vous n'êtes point affamé. Ne vous ôtez point la vie tant qu'un espoir subsiste !"
"M'ôter la vie ?" cria Húrin, puis il se leva en chancelant et s'appuya contre le mur, et ses yeux étaient rouges. "Vais-je être traîné, entravé, devant un ramassis d'hommes des bois pour entendre quelle mort ils m'offriront ? Je m'ôterai la vie avant, si on me laisse les mains libres." Alors, vif comme une vieille bête prise au piège, il bondit soudainement en avant, et avant que Manthor ne pût l'en empêcher il arracha un poignard de sa ceinture. Il s'affala alors sur le banc.
"Vous auriez pu avoir le poignard en présent," dit Manthor, "bien que nous ne considérions point le suicide comme un acte noble pour ceux qui n'ont pas perdu la raison. Cachez le poignard et conservez-le pour un meilleur usage ! Mais avec prudence, car c'est une lame cruelle, qui vient d'une forge des Nains. A présent, seigneur, ne me prendrez-vous point pour ami ? Ne dites rien ; mais si vous partagez maintenant le repas avec moi, je prendrai cela pour un oui."
Alors Húrin le regarda, et la colère abandonna ses yeux ; et ensemble ils burent et mangèrent en silence. Et quand tout fut fini, Húrin dit : "Par votre voix m'avez-vous vaincu. Jamais, depuis le Jour de la Terreur, n'ai-je entendu voix d'homme si honnête. Las ! Las ! Cela me fait repenser aux voix dans la maison de mon père, il y a bien longtemps, quand l'ombre paraissait être loin."
"Cela pourrait bien être," dit Manthor. "Hiril, mon aïeule, était la sœur de ta mère, Hareth."
"Alors tu es à la fois parent et ami," dit Húrin.
"Mais point le seul," dit Manthor. "Nous sommes peu nombreux et possédons peu de biens, mais nous sommes aussi des Edain, et liés par maintes attaches à votre peuple. Votre nom a longtemps été tenu en honneur ici ; mais aucune nouvelle de vos exploits ne serait parvenue jusqu'à nous, si Haldir et Hundar n'étaient pas partis à Nirnaeth. Là-bas tombèrent-ils, mais de leur compagnie [sept >] trois revinrent, car ils furent secourus par Mablung de Doriath et soignés de leurs blessures. 37 Les jours sont devenus sombres depuis lors, et nombre de cœurs ont été envahis par les ténèbres, mais point tous."
"Pourtant la voix de votre Chef sort des ténèbres, dit Húrin, "et votre Peuple lui obéit, y compris dans des actes de déshonneur et de cruauté."
"La douleur obscurcit vos yeux, seigneur, si je puis me permettre. Mais afin que cela ne s'avère point vrai, tenons conseil ensemble. Car je vois devant nous le risque qu'un mal se produise, que ce soit pour toi ou pour mon peuple, bien que la sagesse puisse peut-être le conjurer. D'une chose je dois te prévenir, bien que cela puisse ne pas te plaire. Hardang est un homme moindre que ses pères, mais je n'ai vu aucun mal en lui jusqu'à ce qu'il eût vent de ta venue. Tu amènes avec toi une ombre, Húrin Thalion, au sein de laquelle des ombres, moindres, s'épaississent."
"Sombres paroles venant d'un ami !" dit Húrin. "Longtemps ai-je vécu dans l'Ombre, mais je l'ai endurée et n'ai jamais cédé. S'il la moindre obscurité pèse sur moi, c'est seulement celle d'une insurpassable douleur qui m'a dérobé à la lumière. Mais dans l'Ombre je ne joue aucun rôle."
"Néanmoins je t'affirme," dit Manthor, "qu'elle te suit. Je ne sais comment tu as conquis la liberté ; mais Morgoth ne t'a point oublié dans ses pensées. Prends garde."
"Ne radote pas, vieux radoteur, diriez-vous," répondit Húrin. "J'accepterai tout cela de vous, parce que votre voix est honnête et que nous sommes parents, mais rien de plus ! Parlons d'autre chose, ou taisons-nous."
Alors Manthor fut patient, et resta longtemps avec Húrin, jusqu'à ce que le soir amenât l'obscurité dans la grotte ; et ils mangèrent une fois de plus ensemble. Manthor ordonna alors qu'une torche fût amenée à Húrin ; et il prit congé jusqu'au lendemain, et gagna sa tonnelle le cœur lourd.
Le lendemain il fut proclamé que la Chambre du Peuple se tiendrait le matin suivant, car parmi les chefs cinq cents déjà étaient arrivés, et ce chiffre était considéré, de par la coutume, comme le quorum à atteindre pour estimer que le Peuple était réuni au complet. Manthor partit trouver Húrin de bonne heure ; mais les gardes avaient été remplacés. Trois hommes de la garde particulière de Hardang se tenaient à présent à la porte, et ils étaient inamicaux.
"Le prisonnier est endormi," dit leur chef. "Et c'est bien ; cela calmera peut-être ses esprits."
"Mais je suis son ami attitré, comme cela fut proclamé hier," dit Manthor.
"Un ami le laisserait en paix, tant qu'il peut l'avoir. Pour quel bien le réveilleriez-vous ?"
"Pourquoi ma venue le réveillerait-elle plus facilement que le pied d'un geôlier ?" dit Manthor. "Je souhaite voir comment il dort."
"Pensez-vous que tous les hommes mentent, hormis vous-même ?"
"Nenni, nenni ; mais je pense que certains feindraient volontiers d'oublier nos lois quand celles-ci ne conviennent pas à leur dessein," répondit Manthor.
Néanmoins il lui sembla que débattre plus avant servirait peu le cas de Húrin, et il partit. Ainsi en fut-il qu'entre eux maintes choses ne furent exprimées que trop tard. Car quand il revint le jour déclinait. Il n'était désormais plus fait obstacle à son entrée, et il trouva Húrin reposant sur un grabat ; [ajouté :] et il nota avec colère que ses poignets étaient à présent également entravés, reliés par une courte chaîne.
"Un ami retardé est un espoir dénié," dit Húrin. "Je t'ai espéré longuement, mais à présent le sommeil me pèse et mes yeux se voilent."
"Je suis venu au milieu de la matinée," dit Manthor, "mais ils ont affirmé qu'alors tu dormais."
"Assoupi, assoupi dans un espoir défaillant," dit Húrin ; "mais ta voix aurait pu me ramener. J'ai été comme ça depuis que j'ai rompu mon jeûne. De ce tien conseil au moins ai-je tenu compte, mon ami ; mais la nourriture me fait plus de mal que de bien. Je dois dormir à présent. Mais viens dans la matinée !"
Manthor s'étonna mystérieusement de cela. Il ne pouvait voir le visage de Húrin, car peu de lumière subsistait, mais se penchant il écouta sa respiration. Le visage sinistre, il se redressa alors et plaça sous son manteau toute la nourriture qui restait, puis sortit. "Alors, comment avez-vous trouvé le sauvage ?" dit le garde principal. "Abruti de sommeil," répondit Manthor. "Il devra avoir les yeux bien ouverts demain. Réveillez-le de bonne heure. Amenez de la nourriture pour deux, car je viendrai et déjeunerai avec lui." 38
Le jour suivant, bien avant l'heure fixée au milieu de la matinée, la Chambre commença à se réunir. Près d'un millier de gens était à présent arrivé, pour la plupart les hommes [ enlevé : et les femmes] les plus âgés, 39 puisque la surveillance sur les marches devait toujours être maintenue. Le Cercle de la Chambre fut bientôt comble. Il avait la forme d'un grand croissant, avec sept étages de bancs herbeux s'élevant à partir d'un sol plat creusé dans le flanc opposé de la colline. Une grande clôture était disposée autour de lui, et la seule entrée était une lourde porte située dans la palissade qui fermait l'extrémité ouverte du croissant. Au milieu de la rangée de sièges la plus basse était posée [ajouté :] l'Angbor ou Pierre de Jugement, / une grande pierre plate sur laquelle le Halad 40 devait s'asseoir. Ceux qui étaient amenés pour être jugés se tenaient devant la pierre et faisaient face à l'assemblée.
Il y avait une grande agitation de voix ; mais lorsqu'un cor retentit le silence tomba, et le Halad entra, et il avait avec lui maints hommes de sa livrée. La porte fut close derrière lui, et il marcha lentement vers la Pierre. Alors il fit face à l'assemblée et consacra la Chambre, comme le voulait la coutume. Il nomma d'abord Manwë et Mandos, à la manière que les Edain avait apprise des Eldar, et alors, parlant dans l'ancienne langue du Peuple, qui n'était plus à présent d'usage courant, il déclara que la Chambre était dûment constituée, étant la trois cent unième Chambre de Brethil, appelée à rendre un jugement dans une affaire grave.
Quand, comme c'était la coutume, toute l'assemblée cria dans la même langue "Nous sommes prêts", il s'installa sur [la pierre >] l'Angbor, et s'adressa dans le parler du Beleriand 41 aux hommes qui se tenaient près de lui : "Faites retentir le cor ! Que le prisonnier soit amené devant nous !" 42
Le cor retentit deux fois, mais pendant un moment personne n'entra, et l'on pouvait entendre le son de voix irritées à l'extérieur de la clôture. Finalement la porte s'ouvrit brutalement, et six hommes entrèrent en tenant Húrin entre eux.
"Je suis amené dans la violence et la maltraitance," cria-t-il. "Je ne me rendrai dans aucune Chambre sur terre, entravé comme un esclave, pas même si des rois Elfes étaient assis ici. Et puisque je suis ainsi enchaîné, je dénie toute autorité et toute justice à vos sentences." Mais les hommes le posèrent sur le sol devant la Pierre et le maintinrent là par la force.
Or quand un homme était amené devant lui, c'était la coutume de la Chambre que le Halad en fût l'accusateur, et qu'il exposât brièvement le crime dont il était accusé. Suite à quoi il était de son droit de rejeter l'accusation, par lui-même ou par la bouche de son ami, ou de présenter une défense pour ce qu'il avait fait. Et quand toutes ces choses avaient été dites, si un point était douteux ou qu'il était nié par l'autre côté, il était alors fait appel à des témoignages.
Par conséquent Hardang 43 se leva à présent et, se tournant vers l'assemblée, il commença à citer les charges. "Ce prisonnier," dit-il, "que vous voyez devant vous, se nomme lui-même Húrin fils de Galdor, autrefois de Dorlómin, mais pendant longtemps d'Angband, d'où il vint ici. Quoi qu'il en soit." 44
Mais là-dessus Manthor se leva et vint devant la Pierre. "Avec votre permission mon seigneur Halad, et celle du Peuple !" cria-t-il. "En tant qu'ami du prisonnier je réclame de droit de demander : L'accusation qui porte sur lui est-elle une affaire qui touche le Halad en personne ? Ou le Halad a-t-il un quelconque grief contre lui ?"
"Grief ?" cria Hardang, et la colère embruma son esprit de telle sorte qu'il ne vit pas où Manthor voulait l'amener. "Un grief en effet ! Ceci n'est pas une façon nouvelle de se couvrir la tête, destinée à la Chambre. J'arrive ici avec des blessures qui viennent d'être pansées."
"Las !" dit Manthor. "Mais s'il en est ainsi, je déclare que cette affaire ne peut être traitée de cette manière. Dans notre loi nul homme ne peut se faire le procureur pour un préjudice qu'il a lui-même subi ; il ne peut pas plus s'asseoir sur le siège du jugement pendant que cette accusation est entendue. N'est-ce point là la loi ?"
"C'est la loi," répondit l'assemblée.
"Alors," dit Manthor, "avant que cette accusation ne soit entendue, un autre que Hardang, fils de Hundad, doit être assigné à la Pierre."
Là-dessus maints noms furent criés, mais la plupart des voix, et les plus fortes, réclamèrent Manthor. "Nenni," dit-il, "Je me suis engagé pour l'une des parties et ne puis être juge. En outre c'est le droit du Halad de désigner en tel cas celui qui devra prendre sa place, comme sans nul doute il le sait bien."
"Je vous remercie," dit Hardang, "bien que je n'aie point besoin d'un homme de loi auto-proclamé pour me l'apprendre." Il regarda alors autour de lui, comme s'il se demandait qui il allait désigner. Mais il était dans une colère noire et toute sagesse lui faillit. S'il avait désigné n'importe lequel des chefs présents là, les choses auraient pu se passer autrement. Mais, dans un moment de déraison, il choisit, et à l'étonnement de tous les hommes il cria : "Av | | |