Les Aratars : Voir le sujet - [Traduction - HoMe X] Le Quenta Silmarillion tardif
Les Aratars Index du Forum Les Aratars
Forum créé par les Gremlin's
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil  AbréviationAbréviation   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 
 Retour au siteRetour au site Les Aratars 

Aller à la page 1, 2  Suivante
 
[Traduction - HoMe X] Le Quenta Silmarillion tardif

Utilisateurs enregistrés: Aucun
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.    Les Aratars Index du Forum -> Annúminas
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3471
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:19     Sujet du message: [Traduction - HoMe X] Le Quenta Silmarillion tardif Répondre en citant

Ce qui suit est la traduction intégrale officieuse de la 1ère partie du Quenta Silmarillion tardif (HoMe X, Morgoth's Ring, Partie Trois, pp. 141 et suivantes, Ed. HarperCollins, 2002) par Eru, Incanus, Nowhere Man et Dior, avec l'aide graphique appréciée de Taraudhel. Le texte a été divisé sur la base des chapitres le composant :
N.B. :
  • Le texte en taille normale est le texte de Tolkien, celui en taille petite est de Christopher Tolkien. Les notes sont de Christopher Tolkien sauf si autrement précisé.
  • Les numéros de pages donnés sont ceux donnés par Christopher Tolkien et renvoient aux éditions en sa possession (donc la plupart du temps aux éditions originales anglaises).
  • Une différence de choix de traduction explique que l'anglais Orcs est traduit par "Orques" ou "Orcs" selon les les textes traduits.
  • Les pages indiquées sans référence à un livre renvoient aux pages de HoMe X, le volume contenant ce texte.
  • Les autres volumes des HoMes sont référencés par de simples chiffres romains, les pages l'étant par des chiffres arabes (ex. : XI.226 renvoie à HoMe XI, p. 226).


_____________________



LE QUENTA SILMARILLION TARDIF


(I) La Première Phase


Dans ce livre, comme expliqué dans l'Avant-propos, mon récit du développement du Silmarillion dans les années suivant l'achèvement du Seigneur des Anneaux se restreint à la partie "valinorienne" de la narration - c'est-à-dire, à la partie correspondant aux Annales d'Aman.
Comme avec les Annales de Valinor (Aman) (p. 47), mon père ne commença pas la révision du Quenta Silmarillion comme un nouveau projet sur des feuilles blanches, mais reprit le manuscrit QS originel et le tapuscrit (intitulé "Eldanyárë") dérivé de celui-ci (voir V.199-201) et les couvrit de corrections et d'extensions. Comme on l'a déjà vu (p. 3), il nota que la révision avait atteint la fin du conte de Beren et Lúthien le 10 mai 1951. Les chapitres furent très différemment traités, certains étant bien plus développés que d'autres et conduisant à plusieurs textes supplémentaires.
Un tapuscrit de secrétaire fut ensuite réalisé, fournissant un texte raisonnablement clair et uniforme à partir des matériaux à présent complexes et difficiles. Ceci fut réalisé par la même personne que celle ayant effectué le tapuscrit de l'Ainulindalë D (p. 39) et semble avoir été paginé de manière continue par rapport à lui. J'appellerai ce tapuscrit "LQ1" (pour "Later Quenta 1", i.e. "le premier texte continu du Quenta Silmarillion tardif"). Il semble quasiment certain qu'il fut réalisé en 1951(-2).
LQ1 fut corrigé, en différentes périodes d'une étendue variant grandement. Un nouveau tapuscrit, en copie principale et carbone, fut réalisé professionnellement par la suite, incorporant toutes les modifications faites au LQ1. Ce texte, je l'appellerai "LQ2". Dans une lettre à Rayner Unwin du 7 décembre 1957 (Lettres n° 204), mon père disait :
    À présent, je vois très clairement que je dois inévitablement, en préambule à tout « remodelage »*, faire des copies de tout le matériau qui peut l’être. Et je vais mettre cela en chantier dès que possible. Mais je crois que la meilleure manière de procéder (à ce stade, alors que l’essentiel de ce que j’ai écrit consiste en des exemplaires uniques et irremplaçables) est d’installer un dactylographe dans mon bureau, au college, et de ne laisser échapper à ma garde aucun matériau avant que tout ne soit copié.
Il semble probable que ce fut juste après ceci que LQ2 fut réalisé. Il convient de noter qu'il fut dactylographié sur la même machine que celle utilisée pour le tapuscrit des Annales d'Aman (existant aussi en copie principale et carbone), et les deux textes peuvent très bien appartenir à la même période - disons 1958. LQ2 (comme LQ1) n'a naturellement aucune valeur textuelle en soi, mais il reçut des corrections soignées dans le Chapitre 1 Des Valar (par après, cependant, uniquement des notes éparses).
Finalement, mon père se tourna vers une nouvelle rédaction narrative sur le Sujet du Premier Âge avant la Dissimulation de Valinor. Le premier chapitre, Des Valar, grandement modifié à ce moment, fut séparé du Quenta Silmarillion proprement dit sous le titre Valaquenta; alors que le sixième chapitre, Des Silmarils et de l'Enténèbrement de Valinor (numéroté 4 dans QS, V.227), et une partie du septième, De la fuite des Noldor (numéroté 5 dans QS), furent très fortement étendus et donnèrent naissance à de nouveaux chapitres avec ces titres :
    De Finwë et Míriel
    De Fëanor et du Désenchaînement de Melkor
    Des Silmarils et de l'Inquiétude des Noldor
    De l'Enténèbrement de Valinor
    Du Vol des Silmarils
    De la Querelle des Voleurs
Ce nouveau travail exemplifie le "remodelage" que mon père prévoyait dans la lettre à Rayner Unwin citée ci-dessus. Il représente (avec beaucoup d'autres écrits d'une nature principalement spéculative) une seconde phase dans son travail tardif sur Le Silmarillion. La première phase incluait la nouvelle version du Lai de Leithian, l'Ainulindalë tardive, les Annales d'Aman et les Annales Grises, le Conte de Tuor ultérieur, et la première vague de révision du Quenta Silmarillion, la plupart de ce travail étant laissé inachevé. Les années 1953-5 virent la préparation et la publication du Seigneur des Anneaux; et il semble raisonnable de penser qu'il se passa encore un bon moment avant qu'il ne se penchât à nouveau sur Le Silmarillion, ou au moins sur ses premiers chapitres.
Dans ces chapitres substantiellement réécrits de la "seconde phase", il était en train de se diriger fortement vers une nouvelle conception de l'œuvre, un nouveau mode bien plus complet de narration - envisageant, comme il semble, une "ré-expansion" complète de la forme encore bien condensée (malgré une bonne partie d'élargissement lors de la révision de 1951) qui remontait via QS et Q à l'"Esquisse de la Mythologie" de 1926, qui avait réalisé un bref résumé de l'étendue du Livre des Contes perdus (sur cette évolution, voir IV.76).
Il a été difficile de trouver une méthode satisfaisante de présentation pour l'évolution tardive du Silmarillion. En premier lieu, les chapitres doivent manifestement être traités séparément, étant donné que l'étendue du développement tardif, ainsi que l'histoire textuelle, varie si fortement. Tout aussi clairement, une documentation complète de chaque modification du début à la fin (c'est-à-dire, détaillant l'ordre précis des changements à travers les textes successifs) est hors de question. Après un certain nombre d'essais, le plan que j'ai suivi se base sur cette considération : vu qu'une grande partie du développement peut être attribuée à une période relativement courte (la "révision de 1951"), le mieux semble de prendre LQ1, marquant la fin de ce stade, comme le "texte commun". Mais alors que j'imprime LQ1 en entier tel qu'il fut dactylographié (aussi loin que le chapitre 5 : les chapitres 6-8 sont traités différemment), j'inclus également dans le texte les corrections et expansions lui ayant été apportées subséquemment, indiquées comme telles. Ceci donne immédiatement un aperçu de l'état de l'œuvre à la fois dans LQ1, à la fin de la "première phase", et dans LQ2, au début de la "seconde phase" quelques sept années plus tard. Au-delà de ceci, le traitement de chaque chapitre varie selon les spécificités de son histoire. Les dernières versions étendues de certains chapitres appartenant à la "seconde phase" sont traitées séparément (pp. 199 et suivantes).
Des difficultés particulières se rencontrent dans le dernier travail sur Le Silmarillion, en ce qu'une bonne partie du matériau tapuscrit ne fut pas réalisée par mon père, et il semble souvent avoir corrigé ces textes sans remonter aux précédents dont ils étaient issus; alors que quand ils étaient à la fois en copie principale et en carbone, il les conservait souvent en des endroits différents (par crainte de perte), et une copie est souvent corrigée différemment de l'autre, ou l'une n'est pas corrigée quand l'autre l'est. En outre, il était susceptible de corriger un texte après que des textes ultérieurs en avaient été dérivés.

* Ce mot se réfère à une lettre de Lord Halsbury, qui avait dit : "je vois bien que vous attend un vrai combat pour le remodeler en une forme permettant la publication" (cité plus tôt dans la lettre de mon père à Rayner Unwin).
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3471
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:19     Sujet du message: Répondre en citant

1. DES VALAR


Dans mon édition de "QS" dans le Volume V de cette histoire, le texte des premiers chapitres (1, 2, 3(a), 3(b), 3(c)) est repris du tapuscrit que mon père réalisa à partir du manuscrit QS en (comme je l'ai avancé, V.200) décembre 1937 - janvier 1938, et qui incorporait certaines révisions apportées aux chapitres d'ouverture sur le manuscrit. Ce texte, je m'y référerai en tant que "le tapuscrit QS". À la fois le manuscrit et le tapuscrit furent utilisés pour la "révision de 1951". Mais ce fut ce dernier qui fut la copie à partir de laquelle LQ1 fut réalisé, quelques quatorze ans les séparant. Comme déjà expliqué, les changements effectués subséquemment à LQ1 sont indiqués tels quels dans le texte.
Il n'y a à présent pas de page de titre au LQ1 (voir p. 200), qui commence avec la note d'Ælfwine (avec les vers en vieil anglais) et la note du traducteur en une copie presque exacte du vieux tapuscrit QS (V.203-4), la seule différence étant Pengoloth pour Pengolod (à la première occurrence, changé en Pengolodh, représentant le "th" voisé). La page, comme celle du tapuscrit QS, est titrée Eldanyarë (Histoire des Elfes).
Les numéros de paragraphe sont ceux du QS (V.204-7), avec "10a" et "10b" utilisés pour indiquer les passages additionnels au texte du QS, et appartenant à des époques différentes, à la fin du chapitre.



Ici commence le Silmarillion ou Histoire des Silmarils

1. Des Valar

§1 Au commencement, Eru, [ajouté : l'Unique,] qui dans la langue elfe est nommé Ilúvatar, créa les Ainur à partir de sa pensée; et il firent une grande musique devant lui. De cette Musique le Monde fut créé; car Ilúvatar rendit visible le chant des Ainur, et ils le contemplèrent comme une lumière dans les ténèbres. Et nombreux des plus puissants parmi eux devinrent amoureux de sa beauté et de son histoire qu'ils virent commencer et se déployer comme dans une Vision. Par conséquent, Ilúvatar donna à leur vision l'Existence, et la fixa au milieu du Vide, et le Feu secret fut envoyé pour brûler au cœur du Monde.
Alors ceux des Ainur qui voulaient entrer dans le Monde au commencement du Temps, vois ! il fut leur tâche de l'achever et par leur labeur d'accomplir la Vision qu'ils avaient vue. Longtemps œuvrèrent-ils dans les régions d'Ëa, qui sont vastes au-delà de la pensée des Elfes et des Hommes, jusqu'à ce qu'au temps fixé fut créée Arda, le Royaume de la Terre. Alors ils revêtirent l'habit de la Terre et y descendirent et y demeurèrent; et ils y sont.
§2 Ces esprits, les Elfes les nomment les Valar, ce qui signifie les Puissances, et les Hommes les ont souvent appelés dieux. De nombreux esprits moindres de leur propre espèce amenèrent-ils dans leur sillage, à la fois grands et petits; et certains d'entre eux, les Hommes les ont confondus avec les Elfes, mais injustement [lire à tort], car ils furent créés avant le Monde, alors que les Elfes et les Hommes s'éveillèrent pour la première fois sur Terre, après l'arrivée des Valar. Pourtant, dans la création des Elfes et des Hommes, et dans l'attribution à chacun de leurs dons particuliers, nul parmi les Valar ne prit part. Ilúvatar seul fut leur auteur; c'est pourquoi ils sont appelés les Enfants d'Ilúvatar [> Eru].
§3 Les chefs des Valar étaient neuf. Tels étaient les noms des Neuf Dieux [> dieux] dans la langue elfe telle qu'elle était parlée en Valinor; bien qu'ils aient d'autres noms ou des noms altérés dans la langue des Gnomes [> Sindar], et que leurs noms parmi les Hommes soient nombreux : Manwë et Melkor, Ulmo, Aulë, Mandos, Lorien [> Lorion], Tulkas, Ossë, et Oromë.
§4 Manwë et Melkor étaient frères dans la pensée d'Ilúvatar / et les plus puissants de ces Ainur qui vinrent dans le Monde. Mais Manwë est le seigneur des dieux, et prince des airs et des vents, et souverain du ciel. Avec lui demeure en tant qu'épouse Varda, la créatrice des étoiles [> Le plus puissant de ces Ainur qui vinrent dans le Monde était Melkor; mais Manwë était plus cher au cœur d'Ilúvatar et comprenait le plus clairement ses desseins. Il fut désigné pour être, dans la totalité du temps, le premier de tous les rois : seigneur du royaume d'Arda et souverain de tout ce qui y réside. Et là, son plaisir est dans les vents du monde et dans toutes les régions de l'air. Avec lui en Arda demeure en tant que compagne Varda, l'enflammeuse des étoiles], immortelle dame des hauteurs, dont le nom est sacré. Fionwë et Ilmarë sont leur fils et leur fille [cette phrase barrée]. Le suivant en puissance et le plus proche de Manwë en amitié est Ulmo, seigneur des eaux. Il demeure seul dans les Mers extérieures, mais détient le gouvernement de toutes les eaux, mers, et fleuves, fontaines et sources, à travers la terre. Assujetti à lui est Ossë, le maître des mers autour des terres des Hommes; et sa femme est Uinen, la dame de la mer. Ses cheveux s'étendent dans toutes les eaux sous les cieux.
§5 Aulë a de la puissance mais un peu moins [> un peu moins de puissance] qu'Ulmo. Il est un forgeron et un maître des arts; et sa compagne est Yavanna, la pourvoyeuse de fruits et l'amoureuse de toutes les choses qui croissent. En majesté, elle suit Varda, sa sœur, parmi les reines des Valar. Elle est belle et grande, et souvent les Elfes la nomment-ils Palúrien, la Dame de la Vaste Terre.
§6 Les Fanturi [> Fëanturi] étaient frères, et sont nommés Mandos et Lorien [> Lorion]. Pourtant, ce ne sont pas là leurs vrais noms, mais plutôt les noms des lieux de leurs demeures. Car leurs vrais noms sont rarement prononcés, sauf en secret : lesquels sont Námo et Irmo. Dixit Rúmil. Nurufantur est aussi appelé l'aîné, [> lesquels sont Námo et Irmo. Námo, l'aîné, est] le maître des maisons des morts, et le rassembleur des esprits des tués. Il n'oublie rien, et sait tout ce qui sera, sauf seulement ce qu'Ilúvatar a caché; mais il parle seulement à la demande de Manwë. Il est l’Homme de sentence des Valar. Vairë la tisseuse est son épouse, qui tisse toutes les choses qui ont existé dans le temps dans ses tapisseries historiées, et les halls de Mandos, qui s'élargissent au fur et à mesure que les âges passent, en sont habillés. Olofantur, le plus jeune de ces frères, était aussi appelé, [> Irmo, le plus jeune de ces frères, est] le maître des visions et des rêves. Ses jardins dans le pays des dieux sont les plus beaux de tous les lieux dans le monde, et remplis de nombreux esprits. Estë la pâle est son épouse, qui ne marche pas de jour, mais dort sur une île sur le sombre lac de Lorien [> Lorion]. De là, ses fontaines apportent du rafraichissement aux habitants de Valinor; pourtant, elle ne se rend pas aux conseils des Valar, et n'est pas comptée parmi leurs reines.
§7 Le plus fort de bras, et le plus grand en actes de prouesse, est Tulkas, qui est surnommé Poldórëa le Vaillant. Il n'est pas vêtu dans ses loisirs, qui sont principalement dans la lutte; et il ne chevauche nul coursier, car il peut distancer toutes les choses qui vont sur leurs pieds, et il est inépuisable. Sa chevelure et sa barbe sont dorées, et sa chair rose; ses armes sont ses mains. Il se soucie peu du passé ou du futur, et est de peu d'utilité comme conseiller, mais est un ami intrépide. Il a beaucoup d'amour pour Fionwë, fils [> Ëonwë, héraut] de Manwë. Son épouse est Nessa, sœur d'Oromë; elle a le bras souple et le pied léger, et danse en Valinor sur les pelouses d’un vert ne s'altérant jamais.
§8 Oromë est un seigneur puissant, et d'un peu moins de force que Tulkas, ou de colère, s'il est provoqué. Il aimait les contrées de la Terre, lorsqu'elles étaient encore sombres, et il ne les quitta pas volontiers et vint en dernier en Valinor; et il se rend encore par moments à l'est par delà les montagnes. Jadis, il était souvent vu dans les collines et sur les plaines. Il est un chasseur, et il aime tous les arbres; raison pour laquelle il est appelé Aldaron, et par les Gnomes [> Sindar] Tauros [> Tauron], le seigneur des forêts. Il aime les chevaux et les chiens, et ses cors sont forts dans les clairières et les bois que Yavanna a plantés en Valinor; mais il ne les fait pas sonner en Terre du Milieu depuis la disparition des Elfes, qu'il aimait. Vána est son épouse, la toujours-jeune, la reine des fleurs, qui a la beauté à la fois du ciel et de la terre sur son visage et dans toutes ses œuvres; elle est la sœur cadette de Varda et de Palúrien.
§9 Mais plus puissante qu'elle est Niënna, la sœur de Manwë et de Melkor. Elle demeure seule. La pitié est dans son cœur, et le deuil et les pleurs viennent à elle; l'ombre est son royaume et son trône est caché. Car ses halls sont à l'ouest de l'Ouest, près des frontières du Monde et Ténèbres [lire des Ténèbres]; et elle vient rarement à Valmar, la cité des dieux, où tout est heureux. Elle se rend plutôt aux halls de Mandos, qui sont plus proches et pourtant plus au nord; et tous ceux qui vont en Mandos l’implorent. Car elle est une guérisseuse de blessures, et tourne la souffrance en remède et la peine en sagesse. Les fenêtres de sa maison donnent vers l'extérieur depuis les murs du Monde.
§10 En dernier tous nomment Melkor. Mais les Gnomes [> Noldor], qui souffrirent tant de ses actes maléfiques, ne prononceront pas son nom, et ils l'appellent Morgoth, le dieu noir [> le Noir Ennemi], et Bauglir, le Contraignant. Une grande puissance lui fut attribuée par Ilúvatar, et il était du même âge que Manwë, et il avait une partie de tous les pouvoirs des autres Valar; mais il les tourna vers des usages maléfiques. Il convoitait le monde et tout ce qui y était, et désirait la suzeraineté de Manwë et les royaumes de tous les dieux; et l'orgueil et la jalousie et l'envie crûrent toujours dans son cœur, jusqu'à ce qu'il devint différent de ses frères. La colère le consumait, et il engendrait la violence et la destruction et l'excès. Dans la glace et le feu se trouvait son plaisir. Mais les ténèbres utilisa-t-il le plus dans toutes ses œuvres maléfiques, et il les transforma en crainte et en un nom d'effroi chez les Elfes et les Hommes.
§10a Ainsi peut-il être vu qu'il y a neuf Valar, et sept reines des Valar de puissance non moindre; car alors que Melkor et Ulmo demeurent seuls, il en va de même de Niënna, tandis qu'Estë n'est pas comptée parmi les Souverains. Mais les Sept Grands du Royaume d'Arda sont Manwë et Melkor, Varda, Ulmo, Yavanna, Aulë, et Niënna; car bien que Manwë soit leur chef [> roi], en majesté ils sont pairs, surpassant en comparaison tous les autres, qu'ils soient des Valar et de leur espèce, ou de tout autre ordre qu'Ilúvatar a conçu [> a fait exister].
§10b [Tout ce qui suit fut ajouté au tapuscrit à l'encre : Avec les Valar étaient d'autres esprits dont l'existence commença également avant le monde : ceux-ci sont les maiar, du même ordre que les Grands mais de puissance et de majesté moindres. Parmi eux, Ëonwë, le héraut de Manwë, et Ilmarë, demoiselle de Varda, étaient les principaux. De nombreux autres y en a-t-il qui n'ont pas de noms chez les Elfes et les Hommes, car ils apparaissent rarement sous forme visible. Mais grande et belle était Melian du peuple de Yavanna, qui [barré : en son nom] entretenait jadis les jardins d'Estë, avant qu'elle ne vînt en Terre du Milieu. Et sage était Olórin, conseiller d'Irmo : ennemi secret des maux secrets de Melkor, car ses brillantes visions éloignaient les fantasmes des ténèbres.
À propos de Melian, beaucoup est conté par la suite; mais d'Olórin, ce conte ne parle pas. Dans les jours d'après, il aima chèrement les Enfants d'Eru, et prit pitié de leurs peines. Ceux qui lui prêtaient l'oreille s'élevaient du désespoir; et dans leurs cœurs, le désir de guérir et de renouveler s'éveillait, ainsi que des pensées de belles choses qui n'avaient pas encore existé mais pouvait encore être créées pour l'enrichissement d'Arda. Rien ne fit-il ni ne possédait-il, mais il allumait les cœurs des autres, et en leur plaisir il était heureux. Mais tous les maiar n'étaient pas fidèles aux Valar; car certains furent dès le commencement attirés par le pouvoir de Melkor, et d'autres corrompit-il plus tard à son service. Sauron était le nom par lequel le principal de ceux-ci fut par après appelé, mais il n'était pas seul.]

*


Tous les changements indiqués dans le texte du LQ1 donné ci-dessus furent repris dans le second tapuscrit complet et continu LQ2, effectué quelques sept ans plus tard (pp. 141-2), qui introduisit quelques erreurs. On ne peut dire quand les modifications furent apportées au LQ1, bien que la plupart d'entre elles ont l'air d'avoir été faites au même moment.
Le tapuscrit LQ2 fut corrigé bien plus entièrement et prudemment dans ce chapitre que dans aucun autre subséquent, bien qu'en de nombreux cas seulement sur une des deux copies. Je donne ici la liste de ces modifications :*
§1 Après "le Feu secret fut envoyé pour brûler au cœur du Monde" fut ajouté : "et il fut appelé Eä", avec "Que cela soit !" dans une note de bas de page (barrée sur la copie principale).
§2 "et certains d'entre eux, les Hommes les ont confondus avec les Elfes, mais injustement" > "ceux-ci sont les Maiar, que les Hommes ont souvent confondus avec les Elfes, mais à tort" ("injustement" [NdTr : "wrongfully", pour "wrongly"] était une erreur de la part du dactylographe de LQ1).
§3 Sur la forme Lorien avec une voyelle courte, voir p. 56 note 2. Le dactylographe ne comprit pas les corrections de mon père au nom dans LQ1, qui n'étaient pas claires, et dactylographia dans les trois occurrences (§§3, 6) Lorien, Lorin, Lorion. Aux deux premières, mon père corrigea le nom en Lorinen, mais le barra, probablement immédiatement; sa forme finale dans LQ2 était Lóriën (ainsi marqué).
§4 "dans toutes les régions de l'air." > "... air; par conséquent, il est surnommé Súlimo."
Le dactylographe du LQ2 omit le mot "enflammeuse" après "Varda", produisant ainsi "Varda des étoiles"; mon père changea "étoiles" en "Étoiles", montrant qu'il n'avait pas observé l'erreur.
§5 Dans "elle [Yavanna] suit Varda, sa sœur," les mots "sa sœur" furent barrés (cf. sous §8 ci-dessous).
§6 L'ouverture du paragraphe fut à nouveau réécrite, pour se lire : "Les Fëanturi étaient frères, et sont appelés le plus souvent Mandos et Lóriën. Pourtant ce sont là justement les noms des lieux de leurs demeures; car leurs vrais noms sont Námo et Irmo. Námo, l'aîné, demeure en Mandos, et est le gardien des Maisons des Morts"
"(Vairë la tisseuse est) son épouse' > "sa compagne".
"Ses jardins dans le pays des dieux sont les plus beaux" > "En Lorien sont ses jardins dans le pays des dieux, et ils sont les plus beaux".
"(Estë la pâle est) son épouse" > "sa compagne" (copie principale uniquement).
"une île sur le sombre lac de Lorion" > "une île sur le lac ombragé d'arbres de Lórellin".
§7 "Poldórëa" > "Astaldo".
"Son épouse est Nessa" > "Sa compagne est Nessa".
§8 La première partie de ce paragraphe fut substantiellement modifiée, mais presque tout le nouveau texte apparaît sur la copie carbone uniquement :
    Il aimait les contrées de la Terre du Milieu, et il ne les quitta pas volontiers et vint en dernier en Valinor; et souvent jadis, il revenait à l'est par-delà les montagnes, et retournait avec sa troupe dans les collines et sur les plaines. C’est un chasseur de monstres et de bêtes féroces, et il aime les chevaux et les chiens, et il aime tous les arbres; et Tauron l'appelaient les Sindar, le seigneur des forêts. Le Valaróma était le nom de son grand cor, dont le son était comme le lever du Soleil en écarlate, et l'éclair pur fendant les nuages. Par dessus tous les cors de sa troupe était-il entendu dans les bois que Yavanna fit pousser en Valinor; car là, il y entraînerait ses gens et ses bêtes à la poursuite des créatures maléfiques de Melkor. Mais le Valaróma ne retentit plus en Terre du Milieu depuis le changement du monde et la disparition des Elfes, qu'il aimait.
"elle [Vána] est la sœur cadette de Varda et de Palúrien" > "elle est la sœur cadette de Yavanna" (copie principale uniquement).
§9 "Niënna, la sœur de Manwë et de Melkor" > " la sœur de Námo" (copie principale uniquement).
§10 "Bauglir" > "Baugron" (copie principale uniquement).
"la suzeraineté de Manwë" > "la royauté de Manwë" (copie principale uniquement).
§10b "Avec les Valar étaient d'autres esprits" > "Avec les Valar, comme il a été dit, étaient d'autres esprits" (copie principale uniquement).
"ceux-ci sont les maiar" > "les Maiar" (copie principale uniquement); maiar > Maiar à nouveau à la fin.
J'ai montré tous ces changements dans un détail non nécessaire étant donné qu'ils servent à indiquer la nature de beaucoup du matériau constituant "le Silmarillion tardif".


Commentaire sur le Chapitre 1, "Des Valar"


§1 La nouvelle ouverture du Silmarillion apparut avec la première phase de la révision, et il est évident qu'elle suivait et était dépendante de la nouvelle version de l'Ainulindalë, avec sa nouvelle conception de la Création du Monde :
    Ilúvatar rendit visible le chant des Ainur ... [Les Ainur virent l'histoire du Monde] se déployant comme dans une Vision. Par conséquent Ilúvatar donna à leur vision l'Existence ... il fut leur tâche de l'achever et par leur labeur d'accomplir la Vision qu'ils avaient vue.
La première forme de la nouvelle ouverture, écrite sur le manuscrit QS, avait "Longtemps œuvrèrent-ils dans les régions d'Aman", utilisant ce nom dans le sens qu'il portait dans les textes tardifs de l'Ainulindalë ("les Halls d'Aman", le Monde); dans le tapuscrit QS (voir p. 143), Aman fut corrigé en (qui apparaît dès lors dans LQ1).
§2 Le nom Maiar, introduit dans l'ajout fait à la fin du LQ1 (§10b) et apparaissant dans ce paragraphe dans LQ2, est trouvé en premier dans le brouillon préliminaire des Annales d'Aman (Mairi > Maiar, p. 49 et note 4). Voir en outre sous §10b ci-dessous.
§3 Le changement éphémère de Lorien en Lorion se retrouve également en AAm* (la seconde version, abandonnée, de l'ouverture d'AAm), p. 65, §1.
§4 Sur le changement au LQ1 par lequel Melkor devient "le plus puissant de ces Ainur qui vinrent dans le Monde" (et ne possédant pas que des pouvoirs égaux à ceux de Manwë), voir p. 65, §2.
Sur la perte de la phrase originelle "Fionwë et Ilmarë sont leur fils et leur fille", fortement barrée à l'encre sur LQ1, voir sous §10b ci-dessous. Ainsi de même dans le texte final D de l'Ainulindalë, la référence à Fionwë et Ilmarë en tant que le fils et la fille de Manwë et Varda fut fortement barrée en noir (p. 34, §6).
§5 Sur le rejet dans LQ2 de l'affirmation selon laquelle Yavanna était la sœur de Varda, voir sous §8 ci-dessous.
§6 Dans la toute première phase de la révision, une note marginale fut ajoutée à côté des noms Mandos et Lorien, qui, telle qu'introduite dans le tapuscrit QS, se lit :
    Pourtant ceux-ci ne sont pas leurs vrais noms, et ils sont plutôt les noms des lieux de leurs demeures. Car leurs vrais noms sont rarement prononcés, sauf en secret : lesquels sont Núr et Lís. Dixit Rúmil.
(Dans les Contes perdus, Mandos est le nom du Dieu, et également le nom de ses halls; il est aussi dit (I.76) que Vefántur (Mandos) appelait ses halls d'après son propre nom, Vê.) Núr et Lís furent ensuite corrigés en Námo et Irmo. Le dactylographe du LQ1 incorpora ceci dans le corps du texte, ce qui n'était manifestement pas l'intention de mon père. Ce dactylographe en fit de même ailleurs, et mon père restaura ensuite le passage dans son statut originel comme note marginale; mais dans ce cas, il le laissa, se débarrassant des mots "Dixit Rúmil" (et de l'ancien nom Nurufantur; de même avec Olofantur subséquemment).
Au bas de la page portant ce passage dans la copie carbone du LQ2, il écrivit au crayon la chose suivante (se référant aux noms Námo et Irmo) : "Jugement (de ce qu'est le) Désir (de ce qui pourrait ou devrait être)".
Ce qui est dit à la fin du paragraphe à propos d'Estë se trouve en AAm (p. 49, §3), où il est également dit qu'elle était "la principale des Maiar". Ceci fut répété en AAm* (p. 65, §3), où Nessa est ajoutée à Estë comme "les plus grandes des Maiar".
Le changement d'"épouse" en "compagne" fut fait sur LQ2 pour les passages de Vairë, Estë et Nessa (§§6-7), pour celui de Vána (§8), il fut simplement oublié, alors que Varda était devenue la "compagne" de Manwë lors d'un changement effectué sur LQ1 (§4), et que Yavanna était déjà la "compagne" d'Aulë dans QS (§5). Le même changement fut fait sur le tapuscrit d'AAm (p. 69), et son importance est observée à partir des commentaires marginaux accompagnant : "Notez que 'compagne' signifie seulement une 'association'. Les Valar n'avaient pas de corps, mais pouvaient revêtir des formes." À ce moment, le passage en AAm concernant les Enfants des Valar fut retiré (voir sous §10b ci-dessous).
§8 En AAm (§133, pp. 111, 124), la forme était toujours Tauros (dans le discours de Fëanor au sommet de Túna), et ne fut pas corrigée.
Le nom Valaróma (apparaissant dans le passage élargi sur LQ2) apparaît en AAm, p. 101, §116) et, par correction de Rombaras, dans l'Ainulindalë D (p. 35, §34).
L'affirmation en §5 selon laquelle Yavanna est la sœur de Varda n'apparaît pas dans QS, mais elle était simplement dérivée de ce que, dans QS §8, Vana est "la sœur cadette de Varda et de Palúrien". Ceci remonte au Q (IV.79, 167), mais pas plus loin. Varda et Yavanna étaient encore sœurs en AAm (p. 49, §3), mais l'idée fut abandonnée lors de corrections au LQ2.
§9 Que Niënna était la sœur de Manwë et de Melkor ("frères dans la pensée d'Ilúvatar") remonte aux toutes premières Annales de Valinor (IV.263), et subsista en AAm (p. 49, §3; cf. p. 93, §88, où Niënna soutint la prière de Melkor pour le pardon "en raison de sa parenté"). Avec le changement dans LQ2 par lequel elle devient "sœur de Námo", omettant Irmo, son frère, cf. AAm* (p. 65, §3), où elle n'est nommée que "sœur de Manwë", omettant Melkor.
§10 Le nom Baugron (changé de Bauglir dans LQ2) ne se retrouve nulle part ailleurs. Il ne fut pas adopté dans le Silmarillion publié.
§10a La signification de ce passage est plus évidente avec un tableau; les noms en italiques sont "les Sept Grands du Royaume d'Arda".

Manwë

Varda

Melkor

Ulmo

Aulë

Yavanna

Niënna

Mandos

Vairë

Lorien

(Estë)

Tulkas

Nessa

Ossë

Uinen

Oromë

Vána


§10b Fionwë et Ilmarë furent retirés en §4 en tant qu'enfants de Manwë et de Varda, et en §7, Fionwë devient Ëonwë, "héraut de Manwë"; ici Ilmarë devient "demoiselle de Varda". Ceci est un aspect d'un développement important dans la conception des Puissances d'Arda, l'abandon de l'idée ancienne et longtemps ancrée des "Enfants des Valar, les Fils des Valar". Elle était toujours présente en AAm (p. 49, §4), où les Valarindi, "la descendance des Valar", étaient "comptés avec" les Maiar (mais en AAm*, ils sont distingués des Maiar, p. 66, §4). Sur le texte tapuscrit d'AAm, le concept des Enfants des Valar fut barré (voir sous §6 ci-dessus).
Melian est une Maia (comme en AAm §40), et elle est "du peuple de Yavanna" (dans QS §31, "elle était apparentée, avant que le monde ne fût créé, à Yavanna"). Et ici Olórin (Gandalf), en tant que "conseiller d'Irmo", apparaît dans Le Silmarillion.
En AAm (p. 52, §17), Sauron ("un grand artisan de la maison d'Aulë") est de même dit avoir été le principal des Maiar qui se tournèrent vers Melkor.

Il se peut que la (relativement) lourde correction effectuée sur le texte LQ2 de ce chapitre était le préliminaire à sa forme finale et élargie appelée le Valaquenta (pp. 199 et suivantes).

* Sans aucun doute, beaucoup des corrections au LQ1 dans son ensemble relèvent de la "seconde phase" de la révision (p. 142), alors que LQ2 et les corrections lui ayant été faites sont des éléments constituants de cette phase; mais il est visiblement bien plus commode et clair de les exposer ensemble en relation au texte primaire LQ1.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Nowhere Man

Membre


Membre

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 31 Aoû 2005
Messages: 128


MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:24     Sujet du message: Répondre en citant

2. DE VALINOR ET DES DEUX ARBRES

La situation textuelle de ce chapitre diffère de celle du chapitre 1 en ce qu'ici, après les modifications apportées aux textes pré-Seigneur des Anneaux (le manuscrit QS et le tapuscrit QS dérivé) suivirent deux tapuscrits réalisés par mon père avant QT 1, et dans le premier de ceux-là l'ouverture du chapitre diffère grandement de la forme qu'elle avait dans QS. Je ne distinguerai cependant pas les « couches » de l'histoire textuelle avant que ne soit atteint le tapuscrit dicté de QT 1, bien que certains points précis soient abordés dans le commentaire.
Le développement ultérieur de ce chapitre à partir de QS fut dans les faits limité à la révision de 1951, étant donné que la réécriture et l'expansion subséquentes correspondant au développement du Valaquenta à partir du chapitre 1 ne furent pas entreprises dans ce cas. Je pense qu'il est concevable (bien qu'il n'y ait aucune preuve dans un sens ou dans l'autre) qu'ayant réécrit le chapitre 1 et en ayant fait le Valaquenta, mon père ait reporté la réécriture du chapitre 2 parce que ses vues sur le traitement du mythe des Deux Arbres à la lumière de la cosmologie tardive étaient trop incertaines.
Voici le texte de QT 1, avec les (très rares) changements ultérieurs qui lui furent apportés indiqués comme tels. Les numéros de paragraphe correspondent à ceux de QS (V.208 – 10).


2. De Valinor et des Deux Arbres

§11 Au commencement du Royaume d'Arda Melkor contesta la suzeraineté à son frère Manwë et aux Valar, et tout ce qu'ils édifiaient il l'entravait ou le marrissait, s'il le pouvait. Mais il s'enfuit devant l'assaut de Tulkas, et il y eut la paix. Mais puisque Melkor avait corrompu la lumière en une flamme destructrice, lorsqu'il fut parti et ses feux tamisés les Valar perçurent que la Terre était dans les ténèbres, exceptée la lueur des innombrables étoiles que Varda avait faites durant les âges sans nom des travaux d'Eä. À la prière de Yavanna, Aulë forgea donc deux puissantes Lampes [ajouté : Illuin et Ormal] pour qu'Arda fût éclairée ; et les Valar les placèrent sur de hauts piliers au nord et au sud de la Terre du Milieu, et à la lumière des Lampes ils ordonnèrent leur royaume, et le désir de Yavanna porta ses fruits, et des choses vivantes apparurent et crurent abondamment.
À cette époque, la demeure des Valar était sur une île dans un grand lac au centre de la Terre du Milieu qu'Aulë avait bâti. Là la lumière des Lampes se mêlait et la croissance était la plus vive et la plus belle ; et voyez ! du mélange d'Illuin et d'Ormal naquit le Vert, et c'était chose nouvelle ; et la Terre du Milieu se réjouit, et les Valar louèrent le nom de Yavanna. Mais Melkor, mis au courant de ces travaux et plein de fureur et d'envie, revint en secret en Arda hors des Ténèbres et rassembla ses forces dans le Nord, et il marrit les travaux de Yavanna, si bien que la croissance de la Terre fut corrompue et de nombreuses choses monstrueuses naquirent. Alors entrant soudainement en guerre contre les Valar il jeta bas les Lampes, et la nuit revint, et dans la chute des piliers d'Illuin et Ormal les mers s'élevèrent et de nombreuses terres furent submergées.
§12 Dans les ténèbres et la confusion des mers les Valar ne purent encore vaincre Melkor ; car sa force avait crû avec sa malveillance, et il avait maintenant à son service de nombreux autres esprits, et de nombreuses choses maléfiques aussi de sa propre conception. Ainsi échappa-t-il à la fureur des Valar, et loin dans le Nord se bâtit-il une forteresse, et il creusa de grandes cavernes souterraines, et jugea qu'il était à l'abri de toute attaque à jamais. Mais les dieux se retirèrent dans l'extrême Ouest et là firent leur demeure et la fortifièrent ; et ils bâtirent de nombreuses résidences dans cette terre sur les bordures du Monde, qui a pour nom Valinor. Et Valinor était bordée de ce côté-ci par la Grande Mer de l'Ouest*, et à l'est sur ses rives les Valar bâtirent les Pelóri, les Montagnes d'Aman, qui sont les plus hautes de la Terre. Mais sur le côté le plus distant se trouvait la Mer Extérieure, qui entoure le Royaume d'Arda, et est appelée par les Elfes Vaiya. Quelle est la largeur de cette mer, nul ne le sait sinon les dieux, et au-delà sont les Murs du Monde qui l'isolent du Vide et des Ténèbres Primitives.
§13 En leur terre gardée les Valar rassemblèrent toute la lumière et toutes belles choses ; et là sont leurs maisons et leurs jardins et leurs tours. Au milieu de la plaine au-delà des Montagnes était la Cité des Dieux [> leur cité], Valmar la belle aux nombreuses cloches. Mais Manwë et Varda avaient des halls sur la plus haute des Montagnes d'Aman, d'où ils pouvaient regarder la Terre jusque dans l'Est le plus lointain. Taniquetil les Elfes nomment cette montagne sainte, et Oiolossë Blancheur Éternelle, et Elerina [> Elerrina] Couronné d'Étoiles, et de nombreux autres noms encore. Mais les Gnomes [> Sindar] en parlèrent dans leur langue plus tard comme d'Amon Uilos**.
§14 En Valinor Yavanna sanctifia la terre avec de puissants chants, et Nienna l'arrosa de larmes. À ce moment les dieux [> Valar] étaient assemblés, et assis en silence sur leurs trônes de conseil de l'Anneau du Destin non loin des portes d'or de Valmar la Bénie ; et Yavanna Palúrien chanta devant eux et ils regardèrent.
§15 De la terre naquirent deux pousses minces ; et le monde entier était silencieux en cette heure, et il n'y avait aucun autre son que la lente chanson de Palúrien. Sous son chant deux beaux arbres s'élevèrent et crûrent. De toutes les choses que les dieux firent [> qu'elle fit] ils sont les plus renommés, et tous les contes de l'Ancien Monde sont tissés autour de leur destin. L'un avait des feuilles d'un vert sombre dont le revers était comme de l'argent brillant ; et il portait des fleurs blanches comme un cerisier, mais bien plus grandes et belles ; et de chacune de ses innombrables fleurs une rosée de lumière argentée tombait sans cesse, mais la terre en-dessous était tacheté des ombres dansantes de ses feuilles tremblantes. L'autre portait des feuilles d'un vert tendre comme d'un jeune hêtre ; elles étaient bordées d'or luisant. Des fleurs se balançaient sur ses branches comme des grappes de flammes jaunes, chacune formant une corne flamboyante qui répandait une pluie dorée sur le sol ; et des fleurs de cet arbre vinrent une grande lumière et chaleur.
§16 Telperion appelait-on le premier en Valinor, et Silpion, et Ninquelotë, et de nombreux autres noms encore dans les chansons ; mais les Gnomes le nommaient [> mais dans la langue sindarine on l'appelait] Galathilion. Laurelin était appelé l'autre [> appelait-on l'autre], et Malinalda, et Kulurien, et de nombreux autres noms ; mais les Gnomes la nommaient [> mais les Sindar la nommaient] Galadloriel***.
§17 En sept heures la gloire de chaque arbre croissait jusqu'à son apogée et décroissait jusqu'au néant ; et chacun revenait à la vie une heure avant que l'autre ne cessât de luire. Ainsi en Valinor une belle heure de douce lumière advenait deux fois chaque jour, lorsque les deux Arbres luisaient faiblement et leurs rayons d'or et d'argent se mêlaient. Telperion était l'aîné des Arbres et atteignit le premier sa pleine stature et sa floraison ; et cette première heure durant laquelle il brilla seul, blanc miroitement d'une aube argentée, les dieux ne la comptèrent pas dans le récit des heures, mais la nommèrent l'Heure d'Ouverture, et comptèrent à partir d'elle les âges de leur règne en Valinor. Ainsi à la sixième heure du Premier Jour, et de tous les jours de joie qui s'ensuivirent jusqu'à l'Assombrissement, la floraison de Telperion cessa ; et de même à la douzième heure l'épanouissement de Laurelin. Et chaque jour des dieux en Valinor [> Aman] comprenait douze heures, et s'achevait avec le second mélange des lumières, lorsque Laurelin déclinait mais Telperion s'éveillait. Et les rosées de Telperion et les flots de Laurelin, Varda les rassembla dans de grandes vasques comme [rayé : dans] de brillants lacs, qui étaient pour tout le pays d'Aman comme des puits d'eau et de lumière.

* [note de bas de page au texte – voir p. 154] Qui est Garsecg : dixit Ælfwine. [Cette note fut placée à tort dans le texte par le dactylo, et subséquemment replacée comme note de bas de page.]

** [note de bas de page au texte] Dans la langue de cette île d'Hommes Heofonsýl était son nom parmi les rares qui purent jamais l'apercevoir au loin. Dans l'erreur sont-ils pourtant [> Ainsi ai-je écrit erronément], comme les Eldar me l'ont enseigné ; car il s'agit en réalité seulement du nom de la montagne de Númenor, le Meneltarma, qui a sombré à jamais : dixit Ælfwine. [Cette note fut également placée à tort dans le texte par le dactylo. Voir le commentaire sur le §13.]

*** [note de bas de page au texte] D'autres noms de Laurelin chez les Noldor [> dans la langue sindarine] sont [> étaient] Glewellin (qui est le même que Laurelin, chanson d'or), Lasgalen aux vertes feuilles, et Melthinorn arbre d'or ; et son image en Gondolin était nommée Glingal. [Rayé : Autrefois parmi les Noldor] L'Arbre Aîné était aussi appelé Silivros pluie miroitante [> étincelante], Celeborn arbre d'argent, et Nimloth fleur pâle. Mais par la suite Galathilion le Petit fut le nom de l'Arbre Blanc de Túna, et sa descendance eut pour nom Celeborn en Eressëa, et Nimloth en Númenor, le don des Eldar. L'image de Telperion que Turgon fit en Gondolin était Belthil. Dixit Pengolod. [Comme les précédentes, cette note de bas de page fut placée dans le corps du texte par le dactylo de QT 1, mais plus tard replacée là où il le fallait.])

Commentaire sur le chapitre 2, « De Valinor et des Deux Arbres »


Le tapuscrit final (QT 2) de ce chapitre reçut très peu de corrections, et uniquement sur la copie principale (celles qui furent apportées sont indiquées dans le commentaire qui suit). Ainsi le texte de QT 1 donné ci-dessus, avec les corrections montrées, est quasiment le texte final du chapitre.

§11 - 12 Ce chapitre ne connut que peu de changements par rapport au texte de QS (V.208-10), excepté son début, grandement développé – la majeure partie du nouveau matériel est issue de l'Ainulindalë tardive. De nombreux indices permettent de dire que l'histoire beaucoup plus complète d'AAm (voir p. 60, commentaire sur les §§11 – 29) fut écrite après la révision du chapitre du Silmarillion. Ainsi la vieille histoire selon laquelle Melkor ne commença à creuser Utumno qu'après la chute des Lampes est toujours présente (voir p. 61, §20). La phrase du §11 de QT concernant la première conception d'étoiles par Varda fut tout d'abord écrite « ... les âges sans nom des travaux des Grands en Aman » (pour Aman > voir p. 149, §1), ce qui montre qu'elle date d'avant la phrase très proche de AAm (§24) : « la Terre du Milieu restait dans la pénombre sous les étoiles que Varda avait créées au cours des âges oubliés de ses travaux en Ëa » – où elle est employée dans un contexte différent, celui des ténèbres après la chute des Lampes.
§12 La note de bas de page à QS §12 qui donne le nom Utumno à la première forteresse de Melko survécut tout d'abord dans la version révisée, mais fut perdue dans un des tapuscrits et ne fut pas replacée.
Sur le texte final QT 2, mon père écrivit rapidement au crayon une note de bas de page après « jugea qu'il était à l'abri de toute attaque à jamais » :
    Sa principale forteresse était à Utumno dans le Nord de la Terre du Milieu ; mais il bâtit également une forteresse et un arsenal non loin des côtes nord-ouest de la Mer, pour résister à toute attaque venant d'Aman. Elle fut appelée Angband et était commandée par Sauron, lieutenant de Melkor.
Dans QS (§§62, 105), l'histoire voulait que Morgoth, revenu de Valinor, ait bâti Angband sur les ruines d'Utumno ; il est fort possible que cela ait toujours été le cas dans AAm (§127, p. 109), mais la déclaration de QS §62 selon laquelle « Morgoth revint à son ancienne demeure » est absente. Apparaît ici l'idée que Melkor bâtit les deux forteresses dans un temps reculé – et aussi que Sauron était le commandant d'Angband ; cf. la note tardive écrite sur le tapuscrit de AAm (p. 127, §127): « La construction de cette forteresse [Angband] en tant que protection contre un débarquement de l'Ouest devrait venir plus tôt. »
Le passage original de QS concernant Vaiya, la Mer Extérieure, au-delà de laquelle « les Murs du Monde ... isolent [le] Vide et des Ténèbres Primitives », réfléchissant l'Ambarkanta contemporain, survécut dans la révision presque sans changement, excepté que désormais, il est dit que personne sauf les Valar ne connait la largeur de la Mer Extérieure (en contraste avec l'Ambarkanta et ses diagrammes). Au sujet de l'interprétation très difficile de ce passage à la lumière de l'image du monde tardive, voir pp. 62-4. Dans LQ 2, mon père corrigea Vaiya en Ekkaia (d'où son apparition dans le Silmarillion publié). La Mer Extérieure n'a pas de nom elfique dans AAm.
§13 Dans les premiers textes de la révision de 1951, la phrase « et dans la langue de cette île d'Hommes Heofonsýl était son nom parmi les rares qui purent jamais l'apercevoir au loin. » se trouvait dans le corps du texte (comme c'était le cas dans QS, avec Tindbrenting à la place de Heofonsýl), et la note de bas de page commençait à « dans l'erreur sont-ils pourtant, comme les Eldar me l'ont enseigné ». Il semble qu'il s'agisse là de l'agencement naturel. Le dactylo de QT 1, comme souvent ailleurs, plaça la note de bas de page dans le corps du texte ; mais mon père, lorsqu'il corrigea QT 1, plaça le passage entier en note de bas de page – à la différence de ce qu'il fit dans un cas similaire dans le premier chapitre (p. 150, §6), où il laissa la note de bas de page dans le corps du texte. Il semble presque certain qu'il ne se référait pas, dans ces cas, aux textes précédant QT 1 (voir p. 143). – Le nom vieil-anglais Heofonsýl « Pilier du Paradis » apparaît dans les Notion Club Papers comme un nom du Meneltarma (IX.314).
§14 Palúrien > Kementári (changement crayonné apporté à QT 2). Il ne s'agissait que d'un changement fortuit, non effectué dans le §15 (ni dans le §5). Kementári est présent dans le Valaquenta (p. 202).
§16 Telperion (pas Silpion) est le nom principal dans AAm (apparaissant pour la première fois dans le §5, pp. 50, 59) ; dans la tradition du Silmarillion, il devint le nom principal suite à une correction du premier texte tapuscrit de la révision de 1951.
§17 Au sujet de la référence (dans la note sur les noms des Deux Arbres) à Galathilion le Petit, l'Arbre Blanc de Túna, cf. AAm §69 (année 1142, p. 85) : « En cette année Yavanna donna aux Noldor l'Arbre Blanc, Galathilion, image de l'Arbre Telperion ».
Dans la dernière phrase, le mot « vasques » fut changé en « sources » dans QT 2 (cf. « puissantes vasques » en AAm §28, changé dans le tapuscrited en « fontaines brillantes » (p. 69) ; dans AAm* « profonds bassins » (p. 68)).
Sur la copie carbone de QT 2, qui ne reçut aucune autre correction, mon père ajouta la note suivante au mot flots [spilth] dans la dernière phrase :
    censé indiquer que Laurelin est « basé » sur le cytise*. 'jocund spilth of yellow fire' Francis Thompson – qui tira sans doute le mot de Timon d'Athènes** (son vocabulaire dérive largement de l'anglais élisabéthain)
Mon père fait référence à Sister Songs, The Proem, de Francis Thompson :
    Mark yonder, how the long laburnum drips
    Its jocund spilth of fire, its honey of wild flame!
Cf. la description originale de Laurelin dans les Contes Perdus (I.72) : « toutes ses branches furent cachées par de longues grappes oscillantes de fleurs d'or comme une myriade de lampes de flammes suspendues, et de la lumière tombait des pointes de celles-ci et éclaboussait le sol avec un doux bruit. »
Dans les versions antérieures (de Q jusqu'au premier tapuscrit de la révision de 1951), Laurelin était explicitement comparé à « ces arbres que les Hommes d'aujourd'hui appellent Pluie-dorée » - ce dernier étant un nom du cytise, et les mots « une pluie d'or » sont utilisés dans la forme finale du passage (§15). – La référence faite à Timon d'Athènes se base sur l'acte II, scène 2 : « lorsque nos caves pleuraient des flots de vin » [our vaults have wept / With drunken spilth of wine].

* Le cytise (ou faux ébénier – VO laburnum) est une plante aux fleurs jaune doré en grappes. [NdT]
** Drame de William Shakespeare (1607). [NdT]
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Je ne désire pas recevoir de MP !
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3471
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:56     Sujet du message: Répondre en citant

3. DE LA VENUE DES ELFES


La situation textuelle est ici similaire à celle du chapitre précédent, mais plus compliquée. Après des révisions très substantielles portées aux anciens textes pré-Seigneur des Anneaux suit un tapuscrit réalisé par mon père; mais après que LQ1 en fut repris, il lui apporta des changements supplémentaires (la plupart très mineurs, mais une modification majeure en §20), qui furent "perdus", étant donné que LQ2 était une copie directe du LQ1, et il ne compara jamais les textes en détail. Ce tapuscrit, je m'y référerai pour les besoins de cette section en tant que "Texte A". Pour quelque raison, il cesse d'être un tapuscrit aux mots "conseillèrent aux Elfes de se retirer" (près de la fin du §23), qui figurent au pied d'une page, et devient un manuscrit sur la page suivante avec les mots "dans l'Ouest". La portion manuscrite existe en deux formes, la première lourdement corrigée, et la seconde recopiée au propre.
Suit à présent le texte du LQ1 (les modifications "perdues" apportées au Texte A sont données dans le commentaire). Le système de numérotation des paragraphes dans ce chapitre, et ailleurs, nécessite un mot d'explication. Comme en général, j'ai conservé les numéros du QS, introduisant des "numéros de sous-paragraphes" (comme §18a) là où QS n'a rien de correspondant. Là où le texte révisé étend un paragraphe du QS en plus d'un, ou plusieurs (comme dans §§20, 23), seul le premier est numéroté.


3. De la venue des Elfes


§18 Durant tout ce temps, depuis que Melkor avait renversé les Lampes, la Terre du Milieu à l'est des Montagnes était sans lumière. Tant que les Lampes avaient brûlé, la croissance y avait commencé, qui à présent était entravée, car tout était sombre à nouveau. Mais déjà les plus anciens êtres vivants reparaissaient : les algues tapissaient les mers, l'ombre des grands arbres couvrait la terre et de sombres créatures, aussi fortes que jadis, hantaient les collines et les vallées envahies par la nuit. Dans ces contrées et forêts chassait souvent Oromë; et là aussi, par moments, Yavanna venait, chantant tristement; car elle était peinée par l'obscurité de la Terre du Milieu et mécontente qu'elle fut abandonnée. Mais les autres Valar y venaient rarement; et au nord, Melkor développait sa puissance, et rassemblait ses démons autour de lui. Ceux-ci étaient les premières des créatures qu'il avait créées : ils brûlaient comme des flammes enveloppées de ténèbres et, munis de fouets ardents, ils semaient la terreur devant eux. Plus tard, les Noldor les appelèrent Balrogs. En cette sombre époque, Melkor créa d'autres monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espèces, qui agitèrent longtemps le monde. Son royaume s'étendait inexorablement vers le sud sur la Terre du Milieu.
§18a Il arriva que les Valar réunirent un conseil, et Yavanna s'adressa à eux et leur dit : "Voyez, vous, les Puissants d'Arda, la Vision d'Eru fut brève et trop tôt disparue, de sorte que nous ne pouvons prédire au jour près le moment qui doit venir. Mais soyez-en sûrs : l'heure approche, bientôt notre espoir sera comblé, bientôt les Enfants vont s'éveiller. Mais ce n'est pas en Aman qu'ils s'éveilleront. Laisserons-nous alors les terres qui leur sont destinées dans la désolation, sous le règne du mal? Les laisserons-nous dans les ténèbres quand nous sommes dans la lumière? Permettrons-nous qu'ils adorent Melkor comme roi alors que Manwë est là-haut, sur la Montagne sacrée ?"
Et Tulkas alors s'écria : "Que non ! Mettons-nous vite en guerre ! N'y a-t-il pas trop longtemps que nous nous reposons, nos forces ne sont-elles pas revenues ? Un seul réussira-t-il toujours à nous mettre en échec ?"
Mais Mandos parla, à la demande de Manwë, et il dit : "En vérité, la venue des Enfants est pour bientôt, mais ils ne sont pas encore là. De plus, il est ordonné que les Premiers-Nés feront leurs premiers pas dans les ténèbres et lèveront les yeux vers les Étoiles. La vraie lumière sera le signe de leur déclin. Et dans le besoin, toujours Varda invoqueront-ils."
§19 Et Varda ne dit rien, mais, quittant le conseil, elle se rendit sur la montagne du Taniquetil et regarda au loin; et elle considéra l'obscurité et fut émue.
Alors Varda récolta la rosée d'argent dans les réservoirs de Telperion et elle en fit de nouvelles étoiles, plus brillantes, pour la venue des Premiers-Nés. Depuis lors, celle qui s'appelait Tintallë depuis les temps reculés où Eä avait été créée, l'Enflammeuse, fut appelée par les Elfes Elentári, Reine des Étoiles. À cette époque elle fit naître Karnil et Luinil, Nénar et Lumbar, Alkarinquë et Elemmírë, et elle rassembla d'autres de ses œuvres plus anciennes pour en faire des signes au Firmament que les dieux peuvent lire : Wilwarin, Telumendil, Soronúmë, Anarríma, et Menelmakar avec sa ceinture étincelante qui annonce l'Ultime Bataille à venir. Loin au nord, comme un défi à Melkor, elle fit une ronde de sept étoiles majeures, Valakirka, la Faucille des Dieux, comme l'annonce de sa ruine. De nombreux noms ces étoiles reçurent-elles, mais au nord, dans les Jours Anciens, les Hommes les appelaient le Buisson Ardent : dixit Pengolod [> (dixit Pengoloð)].
§20 On raconte que, lorsque Varda eut achevé son œuvre, et il fallut longtemps, quand Menelmakar s'élança dans le ciel et que la flamme bleue d'Helluin perça les nuées au-dessus des murailles du monde, à ce moment même naquirent les Enfants de la Terre, les Premiers-Nés d'Ilúvatar. Ils se nommèrent les Quendi, que nous appelons Elfes (dixit Ælfwine); mais Oromë les nomma dans leur propre langue Eldar, le peuple des étoiles, et ce nom a depuis été porté par tous ceux qui le suivirent sur le chemin vers l'occident. Au début ils étaient plus forts et plus puissants qu'ils ne le sont devenus, mais non plus beaux, car si la beauté des Quendi dans leur jeunesse fut au-delà de tout ce qu'a créé Ilúvatar, cette beauté n'est pas morte, elle se survit dans l'Ouest, et la douleur et la sagesse l'ont enrichie.
Et Oromë fut rempli d'amour et d'émerveillement en regardant les Elfes, comme s'ils étaient apparus de manière soudaine et inattendue. Car il en sera toujours [ainsi] des Valar. Car tout ce qui a pu être prédit avant le Monde par la musique ou prévu grâce à une vision, quand cela arrive véritablement sur Eä, paraît alors quelque chose de nouveau et d'étrange.
Ainsi fut-il qu'Oromë tomba par chance sur les Quendi durant ses errances, alors qu'ils demeuraient encore en silence sur le [lire à côté du] lac éclairé par les étoiles, Kuiviénen, l'Eau de l'Éveil, à l'est de la Terre du Milieu. Il séjourna quelque temps parmi eux et les assista dans la création de leur langue; car ceci fut leur première œuvre sur Terre, et à jamais très chère à leurs cœurs, et la belle langue elfe fut douce aux oreilles des Valar. Puis Oromë retraversa en hâte les terres et les mers jusqu'en Valinor, rempli de la pensée de la beauté des Elfes, et il apporta les nouvelles à Valmar. Et les dieux se réjouirent, mais furent pourtant étonnés de ce qu'il dit; mais Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil, puis il demanda le conseil d'Ilúvatar. Il descendit alors à Valmar et convoqua un conclave des Éminences, et même Ulmo quitta la Mer Extérieure pour venir au conseil.
Et Manwë dit aux Valar : "Voici l'avis que m'a inspiré Ilúvatar : il nous faut reprendre à tout prix la maîtrise d'Arda et délivrer les Quendi de l'ombre de Melkor." Tulkas en fut content; mais Aulë s'attrista, et on dit qu'il (et d'autres des Valar) avait été auparavant réticent à affronter Melkor, pressentant les souffrances du monde dans cette bataille.
§21 Alors les Valar se préparèrent et sortirent en armes d'Aman, décidés à attaquer la forteresse de Melkor et à en finir. Melkor ne put jamais oublier que cette guerre fut entreprise dans l'intérêt des Elfes et qu'ils furent la cause de sa chute. Pourtant ils n'eurent aucune part à ce qui se passa et peu de choses savent-ils sur la chevauchée des puissances de l'Ouest contre le Nord au début de leur histoire, et sur le feu et les tumultes de la Bataille des Dieux. En ces jours la forme de la Terre du Milieu fut changée et brisée et les mers furent soulevées. Ce fut Tulkas qui enfin affronta Melkor et le renversa, et il fut enchaîné avec Angainor, une chaîne forgée par Aulë, et maintenu en captivité; et le monde connut la paix pendant une grande période. Néanmoins, la forteresse de Melkor à Utumno avait de nombreuses voûtes puissantes et cavernes habilement dissimulées loin sous terre, et celles-ci, les Valar ne les découvrirent pas toutes ni ne finirent par les détruire, et beaucoup d'êtres malfaisants y restèrent cachés; tandis que d'autres se dispersaient dans la nuit pour rôder dans les déserts du monde en attendant une heure propice.
§22 Mais quand la bataille eut pris fin et que de grands nuages s'élevèrent des ruines pour cacher les étoiles, les Valar ramenèrent Melkor en Valinor, pieds et poings liés, les yeux bandés. On le mit en prison dans les halls de Mandos, dont nul ne s'est jamais évadé excepté par la volonté de Mandos et Manwë, qu'il soit Vala, Elfe, ou simple mortel. Vastes sont ces halls, et solides, et ils furent construits au nord du pays d'Aman. Melkor fut condamné à y rester sept [> trois] longs âges, avant de pouvoir de nouveau plaider sa cause ou implorer son pardon.
§23 Les dieux tinrent à nouveau conseil et leurs voix se divisèrent. Les uns (dont Ulmo était le principal) tenaient qu'il fallait laisser les Quendi libres de leurs mouvements en Terre du Milieu où ils emploieraient leurs pouvoirs et leurs talents à guérir leurs blessures et à gouverner la terre. Mais les autres redoutaient pour les Elfes les dangers qui les guettaient sous la clarté trompeuse des étoiles, et de plus ils admiraient tant leur beauté qu'ils désiraient leur compagnie. Finalement les Valar appelèrent les Quendi à venir en Valinor pour qu'ils restent à jamais aux pieds des dieux dans la lumière des Arbres. Alors Mandos, qui n'était pas du tout intervenu dans le débat, rompit le silence et dit : "Les dés sont jetés." Car cet appel fut suivi de grands malheurs qui arrivèrent plus tard; pourtant, ceux qui disent que les Valar se trompèrent, pensant plutôt à la félicité de Valinor qu'à celle de la Terre, et cherchant à tourner la volonté d'Ilúvatar vers leur propre plaisir, parlent avec les langues [lire la langue] de Melkor.
Néanmoins, les Elfes commencèrent par refuser d'obéir à leur appel, car ils n'avaient connu des Valar que leur colère dans leur guerre contre Melkor, et ils en avaient grand-peur. Mais Oromë, qu'ils avaient déjà vu, leur fut une fois de plus envoyé, et il choisit dans leurs rangs des ambassadeurs; et il les emmena à Valmar. Ce furent Ingwë, Finwë et Elwë, qui plus tard devinrent rois des Trois Clans des Eldar; et à leur arrivée ils furent remplis d'admiration pour la gloire et la majesté des Valar, et de désir pour la lumière et la splendeur des Arbres. Par conséquent, ils s'en retournèrent et conseillèrent aux Elfes de se retirer dans l'Ouest, et la majeure partie du peuple entendit leur conseil. Ceci le firent-ils de leur plein gré, et pourtant ils furent influencés par la majesté des dieux, avant que leur sagesse ne fût arrivée à maturité. Les Elfes qui obéirent à l'appel et suivirent les trois rois sont appelés les Eldar, du nom qu'Oromë leur donna; car il fut leur guide et les mena enfin en Valinor. Mais beaucoup préféraient les grands espaces sous les étoiles de la Terre du Milieu à ce qu'on leur avait dit des Arbres, et ils restèrent en arrière. Ceux-ci sont appelés les Avari, les Révoltés.
§24 Les Eldar s'apprêtèrent au grand départ de leurs premières demeures dans l'est. Quand tout fut prêt, Oromë chevaucha à leur tête sur Nahar, son cheval blanc aux sabots dorés; et derrière lui les Eldalië s'organisèrent en trois troupes.
§25 La première, la moins nombreuse et la première à partir, fut conduite par Ingwë, le plus noble seigneur des Elfes. Le premier, il entra en Valinor et prit place aux pieds des Puissants et tous les Elfes respectent son nom, mais il ne revint jamais sur la Terre du Milieu, et n'y jeta jamais plus les yeux. Son peuple s'appelait les Lindar [> Vanyar], les plus beaux des Quendi; ils sont les Hauts Elfes, les préférés de Manwë et de Varda, et peu d'humains leur ont jamais parlé.
§26 Puis vinrent les Noldor, un nom de sagesse.* Ce sont les Elfes Penseurs, les amis d'Aulë. Leur seigneur était Finwë, le plus sage de tous les enfants du monde. Il y a de nombreux chants à la louange des siens car ils ont travaillé et combattu longtemps à grand-peine dans les anciens territoires du Nord.
§27 La plus grande troupe arriva enfin, et comme ils avaient tardé en route et n'étaient pas pleinement décidés à s'exposer à la lumière de Valinor, on les appela les Teleri. Ils aimaient surtout vivre près de l'eau et ceux qui arrivèrent enfin sur la côte ouest tombèrent amoureux de la Mer. En Valinor, ils furent donc appelés les Elfes Marins, les Soloneldi [> Falmari], ceux qui font de la musique près de l'écume des vagues. Ils étaient si nombreux qu'ils avaient deux seigneurs : Elwë Singollo, ce qui signifie robegrise, et son frère Olwë. La chevelure d'Olwë était longue et blanche, et ses yeux étaient bleus; mais la chevelure d'Elwë était grise comme l'argent, et ses yeux pareils aux étoiles; il était le plus grand de tous les Elfes.

[§28 Le paragraphe concernant le peuple de Dân qui quitta la Grande Marche et tourna vers le sud fut déplacé pour suivre le §29; voir le Commentaire.]

§29 Les principaux peuples des Eldalië qui atteignirent enfin les limites de l'Ouest à l'époque des Arbres, on les appela les Kalaquendi, les Elfes de Lumière. Il y eut d'autres Eldar pour s'aventurer dans l'Ouest, mais ils s'égarèrent en route, ou bien firent demi-tour, ou bien encore s'installèrent sur les rivages de la Terre du Milieu. Ils vivaient près de la mer ou exploraient les forêts et les montagnes, mais leur cœur restait à jamais tourné vers l'Ouest. Les Kalaquendi les appelèrent les Alamanyar [> Úmanyar], car ils n'atteignirent jamais le pays d'Aman et le Royaume Béni. Mais les Alamanyar [> Úmanyar] comme les Avari étaient pour eux les Moriquendi, les Elfes de la Nuit, car ils n'avaient jamais vu la Lumière d'avant le Soleil et la Lune.
Les Alamanyar [> Úmanyar] étaient pour la plupart de la race des Teleri. Car les derniers de ce peuple, se repentant de leur voyage, quittèrent la troupe d'Olwë, et Dân était leur chef; et ils tournèrent vers le sud et errèrent longuement au loin; et ils devinrent un peuple à part, différents des autres, sauf qu'ils aimaient l'eau et vivaient près des torrents et des chutes. D'entre les Elfes ce sont eux qui connaissaient le mieux les êtres vivants, les arbres et les herbes, les oiseaux et les animaux. Les Nandor sont-ils appelés. Ce fut Denethor, le fils de Dân, qui reprit enfin la marche vers l'ouest et conduisit une partie de ce peuple par-delà les montagnes jusqu'au Beleriand, avant le premier lever de la Lune.
§30 Il y en eut également d'autres des Teleri qui restèrent en Terre du Milieu. Ceux-ci étaient les Elfes du Beleriand à l'ouest des terres du nord. Ils venaient de la troupe d'Elwë le Gris. Il se perdit dans les bois, et nombre de ses gens le cherchèrent longuement en vain; et ainsi, quand les leurs partirent sur la Mer, ils furent laissés en arrière et n'arrivèrent pas à l'Ouest. Par conséquent, ils sont appelés les Sindar, les Elfes Gris, mais ils se nommèrent Eglath, les Abandonnés. Elwë devint par après leur roi, le plus puissant de tous les Alamanyar [correction en Úmanyar manquante]. Ce fut lui qui fut appelé Thingol dans la langue de Doriath.
    [D’autres noms sont donnés dans les chants et les contes à ces peuples. Les Vanyar sont les Elfes Bénis, et les Elfes Lanciers, les Elfes de l’Air, les amis des Dieux, les Elfes Saints et les Immortels, et les Enfants d’Ingwë; ils sont les Belles Gens et les Blancs.
    Les Noldor sont les Sages, et les Dorés, les Vaillants, les Elfes Épéistes, les Elfes de la Terre, les Ennemis de Melkor, les Habiles de la Main, les Joailliers, les Compagnons des Hommes, les Suivants de Finwë.
    Les Teleri sont les Cavaliers de l’Écume, les Chanteurs du Rivage, les Libres, et les Rapides, et les Elfes Archers; ils sont les Elfes de la Mer, les Charpentiers, les Gardiens des Cygnes, les Rassembleurs de Perles, les Elfes Bleus, le peuple d’Olwë. Les Nandor sont la Troupe de Dân, les Elfes Sylvestres, les Errants, les Elfes à la Hache, les Elfes Verts et les Bruns, le Peuple Caché; et ceux qui arrivèrent enfin en Ossiriand sont les Elfes des Sept Rivières, les Chanteurs Inaperçus, les Sans Roi, les Sans Arme, et le Peuple Perdu, car ils ne sont plus à présent. Les Sindar sont les Lemberi, les Retardataires; ils sont les amis d’Ossë, les Elfes du Crépuscule, les Argentés, les Enchanteurs, les Gardes de Melian, le Clan de Lúthien, le Peuple d’Elwë. Dixit Pengoloð.]

* [Note de bas de page au texte] Les Gnomes peuvent-ils être appelés dans notre langue, dixit Ælfwine. (Le mot qu'il utilise est Witan. Il en est dit plus à ce sujet dans le Dixième Chapitre où le conte parle des Edain.) [Voir le commentaire en §26.]

Commentaire sur le Chapitre 3, "De la venue des Elfes"


LQ1 est ici à nouveau, comme dans le chapitre précédent, quasiment le texte final, car le tapuscrit ultérieur LQ2 fut à peine touché, et il n’y eut plus d’élargissement ou d’extension.
§18 En AAm §30 (p. 70), il est dit que Melkor "créa" les Balrogs en Utumno pendant la longue obscurité après la chute des Lampes; mais dans une interpolation à AAm fut introduite l’idée selon laquelle Melkor, après sa rébellion, ne pouvait rien créer qui eut sa propre vie (§45, voir pp. 74, 78), et en AAm*, la seconde version de l’ouverture d’AAm (p. 79, §30), les Balrogs deviennent les principaux des "esprits maléfiques qui l'avaient suivi, les Úmaiar", qu’en cette époque il multiplia. L’affirmation dans QS §18 selon laquelle les Balrogs étaient "les premières des créatures qu’il avait créées" survécut à travers tous les textes de la révision tardive du Quenta, mais dans la marge d’une des copies du LQ2, mon père écrivit : "Voir Valaquenta pour le vrai récit." Il s’agit d’une référence au passage qui apparaît dans le Silmarillion publié en p. 31 :
    À cette époque il n'était pas seul, car sa grandeur avait attiré à lui de nombreux Maiar qui restèrent avec lui jusque dans les ténèbres, et d'autres qu'il avait pris à son service grâce à la corruption, au mensonge, à des présents perfides. Les plus redoutables de ces esprits étaient les Valaraukar, les fléaux dévastateurs qu'on appelle sur la Terre du Milieu les Balrogs, les démons de la peur.
Mon père corrigea très rapidement à ce moment le texte effectif du LQ2, qui devint :
    Ceux-ci étaient les (ëalar) esprits qui s’associèrent à lui en premier durant les jours de sa splendeur, et qui devinrent presque comme lui dans sa corruption : ils brûlaient comme des flammes enveloppées de ténèbres et, munis de fouets ardents, ils semaient la terreur devant eux. Plus tard, les Noldor les appelèrent Balrogs. En cette sombre époque, Melkor éleva d'autres monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espèces, qui agitèrent longtemps le monde. Son royaume s'étendait inexorablement vers le sud sur la Terre du Milieu. Mais les Orks, moqueries et perversions des Enfants d’Eru, n’apparurent pas avant l’Éveil des Elfes.
Il y a une note de bas de page au mot ëalar dans ce passage :
    "esprit" (non incarné, qui était fëa, S[indarin] fae). ëala "être".
Sur l’origine des Orcs en AAm (et en particulier en ce qui concerne le mot "perversions" dans le passage juste donné), voir pp. 78, 123-4. Orks était la dernière épellation de mon père.
§18a Des mots de Yavanna devant les Valar, et des mots de Tulkas et de Mandos, il n’y a eu aucune suggestion dans la tradition du Quenta; mais cf. AV2 (V.111, annale 1900) : "Yavanna reprochait souvent aux Valar leur intendance négligée". Ceci fut étendu en AAm §§32-3 (p. 71), où la plupart des éléments du présent passage apparaissent, bien que plus brièvement exprimés.
§19 Ici les deux créations d’étoiles sont expressément contrastées, et les noms de Varda Tintallë "l’Enflammeuse" et Elentári "Reine des Étoiles" différenciés dans leur portée. La seconde création d’étoiles est également décrite en AAm §§35-6 (p. 71), mais bien plus brièvement, et bien que la "réunion d’anciennes étoiles" pour former des signes dans les cieux y soit également mentionnée, seules les constellations Menelmakar (Orion) et Valakirka sont nommées. Que Menelmakar prédise la Dernière Bataille est dit dans les deux sources, mais LQ ne le nomme pas comme un signe de Túrin Turambar.
Le nom "Buisson Ardent" pour la Grande Ourse survit toujours dans la tradition du Quenta. Cette observation fut apportée dans une note de bas de page du Texte A (sur lequel voir p. 158), avec l’ajout "dixit Pengolod", mais le dactylographe du LQ1 la plaça comme d’habitude dans le corps du texte, où mon père la laissa.
Dans le Texte A, dans lequel les noms des grandes étoiles et des constellations apparurent en premier lieu, Wilwarin, Karnil, et Alkarinquë furent dactylographiés Vilvarin, Carnil, et Alcarinquë et ensuite modifiés dans les formes du LQ1. Par un changement ultérieur au Texte A, Elentári > Elentárië, non trouvé dans LQ1 et LQ2. – Le nom Elemmíre est apparu en AAm §114 (pp. 100, 106) comme celui de l’Elfe vanyarin qui réalisa l’Aldudénië.
§20 Bien que dans le Texte A mon père ajoutât les mots "dixit Ælfwine" à "que nous appelons les Elfes" (dérivant du QS), il le conserva dans le corps du texte, et seulement sur le tapuscrit final LQ2 écrivit-il une indication selon laquelle ce devrait être une note de bas de page.
L’idée aberrante dans QS que la venue des Elfes ne figurait pas dans la Musique des Ainur (voir V.217) est à présent remplacée par une explication bien plus subtile de l’étonnement d’Oromë. L’affirmation détaillée du lieu de Kuiviénen en AAm §38 (p. 72) est absente ici.
L’histoire du passage concernant Oromë et les Quendi (à partir de "Il séjourna quelque temps parmi eux ... ") est curieuse et complexe. Dans le Texte A tel qu’il le dactylographia, mon père suivit exactement QS en disant qu’Oromë "leur enseigna la langue des dieux, à partir de laquelle ils créèrent ultérieurement la belle langue elfe", et que par après il retourna en Valinor et apporta les nouvelles de l’Éveil des Quendi à Valmar. Il modifia alors ceci par le texte apparaissant dans LQ1 ci-dessus (il "les assista dans la création de leur langue; car ceci fut leur première œuvre sur Terre ..."), et en même temps il ajouta au début du §20 les mots "dans leur propre langue" ("mais Oromë les nomma dans leur propre langue Eldar, le peuple des étoiles"). Sous cette forme, le passage survécut dans LQ2 sans changement supplémentaire.
Sur le Texte A, cependant, mon père barra le passage commençant "Il séjourna quelque temps parmi eux ... " et le remplaça par ce qui suit sur un feuillet attaché au tapuscrit :
    Puis il retraversa en hâte les terres et les mers jusqu'en Valinor, rempli de la pensée de la beauté de ceux longtemps attendus, et il apporta les nouvelles à Valmar. Et les dieux se réjouirent, mais un doute se mêlait à leur plaisir, et il débattirent du conseil qui serait le meilleur à suivre à présent pour garder les Elfes de l’ombre de Melkor. Oromë, sans attendre, retourna à Kuiviénen, et y séjourna parmi les Elfes, et les assista dans la création de leur langue; car ceci fut leur première œuvre sur Terre, et à jamais très chère à leurs cœurs, et la belle langue elfe fut douce aux oreilles des Valar. Mais Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil ...
Cette révision supplémentaire fait retourner Oromë immédiatement en Valinor, et ensuite elle le fait revenir à Kuiviénen, où il assista les elfes dans la création de leur langue. Elle n’apparaît pas dans LQ1 et LQ2 parce que, comme je l’ai dit, celle-ci et d’autres modifications furent faites au Texte A après que LQ1 en fut retiré.
En AAm §39 (p. 72), l’histoire est différente : là les Quendi "commencèrent à parler et à donner des noms à toutes les choses qu'ils percevaient" longtemps avant qu’Oromë ne vînt à eux (335 Années du Soleil après l’Éveil); et rien n’est dit d’un quelconque rôle joué par lui dans l’évolution de la langue elfe.
Dans la phrase " alors qu'ils demeuraient encore en silence sur le lac éclairé par les étoiles", le Texte A a à côté du; sur dans LQ1 (et LQ2) était clairement une erreur introduite par le dactylographe (et de même avec l’omission de ainsi plus tôt dans ce paragraphe, et langues pour langue en §23).
§21 Sur LQ2, mon père changea "la forteresse de Melkor" dans la première phrase en "les forteresses de Melkor", et à la fin du paragraphe, "la forteresse de Melkor à Utumno" en "les forteresses de Melkor". Dans ce cas, il fit aussi les changements au LQ1, mais je ne les ai pas inclus dans le texte imprimé, étant donné qu'ils étaient très tardifs, et relèvent de l'histoire modifiée de l'origine d'Angband : voir le commentaire sur le chapitre 2, §12 (p. 156).
Sur le Texte A, "peu de choses savent-ils sur la chevauchée des puissances de l'Ouest" fut modifié en "ils savent peu", mais ceci, comme le changement majeur apporté au §20, fut réalisé après que LQ1 fut retiré du Texte A.
Réapparaît ici pour la première fois depuis les Contes perdus l'histoire selon laquelle Aulë créa la chaîne Angainor (contée minutieusement dans L'enchaînement de Melko, I.100-1, où la forme était Angaino; dans Le Conte de Tinúviel, II.19, il y a une référence à "la chaîne Angainu que façonnèrent Aulë et Tulkas").
§22 Des modifications furent également faites dans ce paragraphe après que LQ1 fut réalisé : [NdTr : le premier n'affecte pas la traduction française] "from whence" > "whence", et "Vastes sont ces halls, et solides" > "Vastes et solides sont ces halls".
§23 Qu'il y ait eu des opinions différentes des Valar sur l'Appel des Quendi ne fut même pas suggéré dans la tradition du Quenta auparavant. En AAm §53 (p. 81), il y a mention d'un débat, et en §73 (p. 86), il est dit que lors du conseil des Valar, Ulmo "avait principalement parlé contre l'appel, estimant qu'il était mieux pour les Quendi de rester en Terre du Milieu." La croyance selon laquelle les Valar se trompèrent ne leur est pas ici imputée comme une erreur "partant d'une bonne intention" (QS, V.214), et sur ce point est sévèrement répudiée.
Le passage concernant les trois ambassadeurs reste virtuellement inchangé par rapport au QS, mais au cours de la révision (voir sous §27 ci-dessous), il advint un changement interne de référence - là où Elwë devint Thingol, alors qu'il avait précédemment été le frère de Thingol (voir V.217, §23). Il est probable que les phrases "Ce furent Ingwë, Finwë et Elwë, qui plus tard devinrent rois des Trois Clans des Eldar" et "Les Elfes qui obéirent à l'appel et suivirent les trois rois" auraient dû être modifiées lorsque cette transformation eut lieu, et lorsque la Troisième Troupe en vint à avoir deux seigneurs.
Il n'y a pas de mention dans LQ des clans de Morwë et de Nurwë, qui rejetèrent l'appel (AAm §57, p. 81).
Un autre changement très mineur fut fait au Texte A après que LQ1 fut réalisé : "Alors Mandos, qui n'était pas du tout intervenu dans le débat" > "Alors Mandos, qui n'était pas intervenu dans le débat".
§25 Le nom Lindar fut modifié en Vanyar par un changement tardif fait au texte final de l'Ainulindalë (p. 34, §36); en AAm §58 (p. 82), Vanyar apparaît dans le texte tel qu'écrit. - Par un changement au crayon au LQ2, "Hauts Elfes" fut modifié en "Beaux Elfes" (voir V.218, §25).
§26 Dans le Texte A, la phrase d'ouverture de ce paragraphe se lit : "Puis vinrent les Noldor, un nom de sagesse, et les Gnomes peuvent-ils être appelés dans notre langue", avec "Dixit Ælfwine. (Le mot qu'il utilise ..." placé dans une note de bas de page. Le dactylographe du LQ1 plaça tout ceci dans le corps du texte; mais mon père indiqua que ce devrait entièrement aller en note de bas de page, comme cela est fait dans le texte imprimé. Dans les versions en vieil anglais des années trente, Witan n'était pas utilisé, mais Noldelfe, Noldielfe (voir également IV.212). Sur une copie du LQ2, mon père barra "Gnomes" et écrivit par dessus "Chercheurs"; ceci n'apparaît nulle part ailleurs.
À la fin du paragraphe, il ajouta au Texte A : "Sombre est leur teinte et gris sont leurs yeux"; ceci n'apparut pas dans les tapuscrits ultérieurs. Voir I.44.
§27 Par la fin de la révision, représentée par LQ1, la position finale avait été atteinte, comme en AAm §§58, 74 : Elwë Singollo (Robegrise) - qui est Elu Thingol, Roi de Doriath - et son frère Olwë, les deux seigneurs de la troupe des Teleri durant la Grande Marche, jusqu'à ce qu'Elwë fût perdu. Les étapes intermédiaires pour arriver à ceci peuvent être observées dans la version précédente de la fin du Texte A (voir p. 158). En premier vint l'idée qu'il y avait deux seigneurs, parce que le nombre était très grand : Elwë et son frère Sindo ("les cheveux de Sindo étaient aussi gris que l'argent ... mais la chevelure d’Elwë était longue et blanche, et il était le plus grand de toute la race elfe"). Ensuite, Elwë fut changé en Solwë, et Sindo en Elwë; lors de cette étape, Elwë (le Gris) devint un des trois ambassadeurs originels, remplaçant son frère (à présent Solwë) en ceci au même moment où il prit son nom (et devint à sa place "le plus grand de tout le peuple elfe").
§28 Lors du premier stade de la révision de 1951, effectuée sur le tapuscrit originel QS, le peuple de Dân, toujours de la troupe des Noldor, était ainsi décrit :
    Ils ne sont pas comptés parmi les Eldar, ni pourtant parmi les Avari. Les [Nandar >] Nandor qui s'en retournèrent, furent-ils appelés, et y apparenté était le nom de leur premier chef, Nano, qui, dans leur langue, était appelé Dân. Son fils était Denethor, qui les conduisit en Beleriand avant le lever de la Lune. Les Danathrim, Daniens, furent-ils nommés dans ce pays.
Le terme Pereldar "Semi-Eldar" utilisé dans QS avait à présent disparu, et dans ce passage se situe clairement la première apparition du nom Nandor (qui apparaît subséquemment en AAm §62 : voir pp. 83, 89).
Lors du stade suivant (Texte A), le paragraphe fut retiré de sa place précédente et placé à la fin du §29. À ce stade, les Nandor, également appelé les Laiquendi ou Elfes Verts, devinrent des Elfes Teleri de la troupe de Sindo le Gris, et furent placés avec les autres Teleri (suivants de Sindo) qui restèrent en arrière en Beleriand sous le nom Ekelli (d'abord écrit Ecelli), "les Abandonnés". Voir en outre sous §§29-30.
§§29-30 Lors du premier stade de la révision, la forme Lembi "Retardataires" - les Elfes du Grand Voyage qui "s'égarèrent en route" - devint Lemberi, classés avec les Avari comme Moriquendi, Elfes de la Nuit. Le terme Kalaquendi, Elfes de la Lumière, apparaît également dans ce récit (bien qu'apparaissant bien plus tôt, avec Moriquendi, dans le tableau associé au Lhammas, V. 197, et également aux Étymologies). À ce stade, l'ancienne subdivision Ilkorindi (comprenant les Lembi et les Pereldar ou Danas, voir le tableau donné en V.219) n'est pas présente, et la place des Nandor n'est pas définie.
Lors du stade suivant (Texte A), le terme Lemberi ne fut pas employé, et émerge le terme éphémère Ekelli (Ecelli) utilisé (comme l'ancien Ilkorindi) à propos de tous les "Eldar perdus", y inclus les Nandor (voir sous §28); Ekelli était le nom que les Elfes de Valinor leur donnèrent, et signifiait "les Abandonnés, leurs parents qui furent laissés en arrière". Donc :

Ekelli fut ensuite remplacé par Alamanyar ("car ils n'atteignirent jamais le Pays d'Aman"), et les Nandor devinrent des Elfes de la troupe d'Olwë; alors que ceux qui cherchèrent en vain Elwë Singollo (Thingol) sont "par conséquent" appelés Sindar, les Elfes Gris, "mais ils se nommèrent Eglath, les Abandonnés." Donc :

Ce fut ici, indubitablement, que le nom Sindar apparut : les occurrences précédemment dans LQ furent insérées plus tard, et celle en AAm (§74, voir p. 91) fut également plus tardive. Avec le changement d'Alamanyar en Úmanyar dans LQ1, la forme finale (comme indiquée dans le tableau dans le Silmarillion publié, p. 309) fut atteinte.
Donc, quelques importants développements dans la narration émergèrent au cours de la révision de 1951 de la fin de ce chapitre. L'Elwë d'origine, qui dans QS (§30) était le frère de Thingol, devint Olwë, pendant que le nom Elwë était transféré à Thingol - qui devint l'un des trois "ambassadeurs" elfes emmenés par Oromë en Valinor, à la place de son frère; et à la fois Olwë et Elwë étaient les chefs de la troupe telerine lors de la Grande Marche depuis Kuiviénen. L'histoire selon laquelle les Eldar du Beleriand (les Sindar) ne passèrent pas la Mer parce qu'ils furent laissés en arrière, cherchant Elwë Singollo, reprend le passage dans le Lhammas (V.174, cité en p. 90, §71); dans QS, il n'était pas suggéré que les Elfes de Doriath étaient spécialement ceux de la suite de Thingol qui ne voulaient pas abandonner sa recherche.
En AAm, le sujet entier est traité d'un point de vue différent; là, les événements et la géographie du Grand Voyage sont un élément central, mais pas les complexités des noms et de la classification. Il est cependant clair qu'AAm ne fut pas écrit avant que la révision de la tradition du Quenta au sujet de la Séparation des Elfes fût virtuellement achevée : car en AAm, les Nandor sont de la troupe d'Olwë (§62), et les suivants d'Elwë qui furent laissés en arrière s'appelèrent Eglath, le Peuple Abandonné (§71).

Le passage rapportant les noms utilisés en poésie pour les peuples elfes, qui remonte au QS, et qui forme une partie intégrale du Texte A, fut pour quelque raison omis du LQ1; mon père l'écrivit sur le tapuscrit subséquemment (avec Vanyar pour Lindar du Texte A).
Des changements ultérieurs apportés au Texte A modifient "Elfes à la Hache" en "Elfes au Gourdin" comme nom des Nandor, et introduisirent "Elfes à la Hache" comme nom des Sindar (suivant "les Amis d'Ossë"); mais ceux-ci furent "perdus" et n'apparaissent pas dans LQ1 et LQ2. - Le nom Lemberi "Retardataires" (voir sous §§29-30 ci-dessus) réapparaît comme l'un des surnoms des Sindar; et "les Elfes Verts et les Bruns" ré-émerge de l'ancien Conte du Nauglafring (II.237, etc.).
Il reste à noter en dernier que sur LQ2, mon père modifia le titre du chapitre en De la venue des Elfes et de la captivité de Melkor, qui fut repris dans le Silmarillion publié; et aussi que, sur une copie de ce tapuscrit, à côté de la première occurrence d'Úmanyar (§29), il écrivit Alamanyar dans la marge, comme s'il envisageait un retour au nom précédent.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3471
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:57     Sujet du message: Répondre en citant

4. DE THINGOL ET MELIAN


De Thingol et Melian n'était pas un chapitre séparé dans le manuscrit QS et le tapuscrit QS dérivé, bien que dans les deux, il y avait un sous-titre (et dans La Route perdue, V.220, je l'ai traité comme séparé, le numérotant 3(b)). Le premier texte de la révision de 1951 était un manuscrit qui continuait à partir de la fin du manuscrit du "Texte A" de L'arrivée des Elfes (voir p. 158), et ici mon père a pu le vouloir comme un chapitre séparé, bien qu'il n'y ait pas de numéro. Comme dans le précédent chapitre, LQ1 fut issu du "Texte A", et le texte final fut LQ2 (dans lequel le chapitre est numéroté "4").
Le premier paragraphe resta presque inchangé depuis QS, mais le restant fut largement étendu.



De Thingol et Melian


§31 Ainsi advint-il qu'Elu-thingol [> Elwë Singollo] et nombre de ses gens demeurèrent en Beleriand et ne se rendirent pas en Valinor.
Melian était une maia de la race des Valar. Elle vivait dans les jardins d'Olofantur et nulle parmi son peuple n'était plus belle qu'elle, nulle plus sage ni plus douée pour chanter d'une voix ensorcelante. On dit que les dieux quittaient leurs travaux, que les oiseaux de Valinor faisaient taire leurs chants, que les cloches de Valmar restaient muettes et que les sources oubliaient de couler quand, à l'heure